Président du gouvernement fribourgeois Beat Vonlanthen est en charge de l’économie et de l’emploi du canton. Il mène une action très efficace en faveur du développement et du décloisonnement de ce territoire où se conjuguent tradition et modernité.
Propos recueillis par Pierre-Henri Badel
Face aux régions à fort potentiel de croissance telles que l’Arc lémanique et la métropole zurichoise, le canton de Fribourg a-t-il trouvé sa voie, son rythme de croisière? Quel est le principal axe de votre action pour stimuler la croissance?
Beat Vonlanthen: Fribourg s’est taillé une réputation de canton extrêmement dynamique. Nous avons toujours su construire des ponts entre les régions linguistiques d’une part et, d’autre part, entre la tradition et la modernité. Pour stimuler notre croissance, nous misons sur le développement durable et, en particulier, sur les technologies propres dont Fribourg aspire à devenir le leader suisse. L’image de canton rural colle parfois encore à la peau de Fribourg, mais peut-être n’avons-nous pas communiqué suffisamment dans ce domaine.
Dans certains secteurs, le canton de Fribourg ne semble pas aussi intéressé que les autres à approfondir les collaborations intercantonales avec la Suisse romande.
C’est un reproche qui date. En réalité, c’est aujourd’hui tout le contraire. Il suffit de citer la récente création du Greater Geneva Berne Area à laquelle nous avons participé activement, ou, encore les alliances conclues avec Berne, avec Neuchâtel et le canton de Vaud. La collaboration intercantonale est même devenue l’un des axes stratégiques de notre développement économique.
En matière de formation, aussi bien au niveau des HES que de l’Université, on dénonce parfois un certain immobilisme dans le canton de Fribourg.
Les clichés ont la vie dure. Là encore, les choses ont beaucoup évoluées. Nous disposons d’un réseau de centres de formation et de recherche dont la réputation d’excellence a largement dépassé les frontières cantonales, et même suisses à en croire le fort pourcentage d’étudiants européens qui fréquentent notre université notamment. Nous avons par ailleurs pu créer pas moins de 1230 places d’apprentissage supplémentaires entre 2007 et 2009. Ce dynamisme s’exprime aussi dans le secteur de la recherche. En collaboration avec les Hautes écoles du canton, Fribourg a mis sur pieds un outil de promotion de l’innovation extrêmement performant. Ce pôle technologique et scientifique regroupe déjà quatre clusters dans la plasturgie, la Sécurité en informatique, l’Energie et, enfin, les nanotechnologies. A noter que c’est grâce au don de 100 millions de francs d’Adolphe Merkle que Fribourg a pu créer un centre qui fait de lui une référence européenne en matière de nanotechnologies. Notre canton est en effet officiellement reconnu comme une région leader dans le domaine des nanotechnologies par l’Assemblée des régions d’Europe. Je crois donc que l’on est très loin de l’immobilisme.
Que fait concrètement le canton pour se profiler sur la voie de l’écologie?
Le Conseil d’Etat a mis au point une nouvelle stratégie énergétique avec l’objectif de réaliser sur son territoire la société à 4000 W en 2030. Ce terme constitue une déclinaison de la société à 2000 W que les politiques se sont engagés à atteindre à l’horizon 2100, ce qui est pour nous un horizon beaucoup trop lointain. Dans le cadre du plan de relance économique de 2009, le Conseil d’Etat a réalisé une action coup de poing en faveur du développement des nouvelles énergies renouvelables. Avec un montant de 13,6 millions de francs, nous avons pu réaliser 270 projets d’installations solaires, représentant au total 10 000 mètres carrés de surface de capteurs photovoltaïques.
Mais comment concilier le fort ancrage de Fribourg dans l’agriculture avec la haute technologie?
Dans le canton de Fribourg, 9% de la population est effectivement active dans le secteur primaire. Mais c’est une situation dont nous pouvons tirer parti, notamment dans le contexte d’une philosophie de développement durable indispensable pour l’avenir. Nous avons par exemple l’intention de créer un cinquième cluster dédié à l’alimentation et au tourisme. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie du canton visant à développer le tourisme doux.
La capitale fribourgeoise est très bien desservie par les réseaux de transports publics le long de l’axe Lausanne-Berne. En dehors de cet axe, les infrastructures sont encore assez peu performantes, par exemple entre Fribourg et Neuchâtel, ou Fribourg et Bienne. Ou entre Fribourg et la Broye fribourgeoise? Ou entre Bulle et son arrière-pays? N’y a-t-il pas là un besoin urgent de faire évoluer les choses pour stimuler le développement économique du canton?
Le canton a su tirer son épingle du jeu avec la construction des deux autoroutes, à savoir celle qui passe par Fribourg et Bulle (A12) et l’autre, plus récente par Morat et la Broye (A1). Il faut pourtant que nous exploitions mieux notre potentiel dans le secteur ferroviaire. Le canton va de l’avant avec son projet de réalisation d’un RER. Par ailleurs, en accord avec les CFF, une cadence semi-horaire entre Fribourg et tous les sites importants des régions fribourgeoises (Morat, Estavayer-Le-Lac, Chiètres, etc.) sera instaurée d’ici 2014. Et dès 2011 déjà, la liaison entre Bulle et Fribourg sera améliorée, avec une cadence horaire. L’amélioration des lignes ferroviaires coûte cependant extrêmement cher. Je lutte aussi avec les autres cantons romands pour accéder aux liaisons avec les grandes lignes ferroviaires. Par ailleurs, nous avons un grand atout à jouer avec l’aéroport de Payerne qui s’ouvrira à l’aviation civile.
Fribourg est encore souvent qualifié de canton dortoir des fonctionnaires romands de Berne. Qu’en est-il?
A l’extérieur du canton, on connaît bien mal la dynamique qui se développe chez nous en matière d’innovation. Rares sont les personnes qui savent que les voitures de l’avenir, propulsées par hydrogène, sont développées à Fribourg. Et que l’entreprise Belenos, une joint venture entre Swatch group et le Groupe e, développent un système d’accumulation de l’énergie. Le gouvernement cantonal développe une politique volontariste et une stratégie claire pour éviter que Fribourg ne soit la zone calme de la Suisse. Cette stratégie porte déjà ses fruits. Nous le constatons via l’implantation de nouvelles entreprises et la création de postes de travail à haute valeur ajoutée. Le succès de cette stratégie est également souligné par des témoignages de personnalités externes, telles que celle du patron de Novartis, Daniel Vasella, qui avoue que le canton de Fribourg compte aujourd’hui parmi les sites économiques les plus attractifs du monde, ce qui témoigne d’une véritable capacité d’innovation. Pour lui, ce résultat démontre de manière exemplaire ce que l’on peut réaliser lorsque l’on réunit un projet visionnaire et un travail intensif. Hier, Hightech in the green n’était qu’un slogan marketing; aujourd’hui, il définit de manière pertinente la nouvelle réalité.
Quels sont les principaux projets qui permettraient de faire décoller le canton sur le plan économique?
Nous ne sommes pas à la recherche d’un coup spectaculaire, mais nous misons sur un développement durable. Nous voulons aboutir une prospérité durable, c’est-à-dire viable et vivable. Et pour cela nous ne négligeons aucune piste. Le Conseil d’Etat a par exemple lancé une initiative pour que le canton de Fribourg établisse un partenariat avec la Chine, plus particulièrement avec la province de Zheijang qui a une population de 55 millions d’habitants. Les Chinois ont aussi compris quel était leur intérêt à collaborer et seront les hôtes du Salon Energissima 2010. En contre-partie, ils nous invitent à la Foire «Ningbo», dédiée aux produits de consommation, où nous présenterons notre Canton et la vitalité de notre économie. C’est un exemple parmi d’autre de l’ouverture et du dynamisme de notre canton.






