Pierre-Henri Badel
Après avoir occupé les fonctions de secrétaire de la Région Val-de-Travers de 1980 à 1984, été chef du Service de l’aménagement du territoire du canton de Neuchâtel de 1985 à 1997 puis professeur à l’EPFL de 1997 à 2000, il fut nommé directeur de l’actuel Office fédéral du développement territorial le 1er juillet 2000. Passer du poste de directeur de l’Office fédéral du développement territorial, où l’on supervise la vie de plus de 7 millions d’habitants, à l’exécutif d’une commune de quelque 10 000 habitants, cela pourrait être considéré comme un important recul dans une carrière. Pourtant, Pierre-Alain Rumley ne prend pas cette étape pour une régression dans sa vie professionnelle mais au contraire comme une opportunité de vivre de l’intérieur et sur le terrain l’aventure d’une création de nouvelle commune. Interview.
M. Rumley, pouvez-vous nous confier quelle a été la première motivation qui vous a amené à vous intéresser à la politique communale après avoir détenu de si hautes responsabilités au niveau fédéral?
Mon parcours professionnel a toujours été parsemé d’opportunités qui se sont présentées un peu par hasard. A l’issue de mes études, je n’aurais jamais imaginé devenir directeur de l’aménagement du territoire du canton de Neuchâtel. Quand ce poste est devenu vacant, j’ai postulé en espérant que ma candidature serait retenue malgré mon jeune âge. A l’époque, je n’avais que 35 ans et pas énormément d’expérience. Au bout de 13 ans, j’ai envisagé de poursuivre ma carrière soit dans le professorat, à la direction d’un office fédéral ou en se glissant dans la peau d’un conseiller d’Etat. Ce sont les deux première options qui se sont présentées à moi et je n’ai aucun regret: j’ai réalisé deux de ces aspirations. Après huit ans à la Confédération, j’ai ressenti le besoin de me rapprocher des préoccupations quotidiennes des gens. On est venu me chercher pour occuper cette fonction que j’ai d’abord refusée.
Quel bilan tirez-vous de votre action en tant que directeur de l’Office fédéral du développement territorial?
En se retrouvant dans le giron du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et des communications, l’Office fédéral du développement territorial a eu une mission beaucoup plus prospective liée à la planification du territoire, ce qui fut passionnant. En tant que directeur, j’ai eu à traiter de dossiers dans des domaines très variés. Il s’agissait de développer des concepts plutôt qu’à les mettre en œuvre. Globalement, j’en tire un bilan très positif. La collaboration avec les autres offices fonctionnait très bien, chacun jouant le jeu.
Avez-vous hésité à quitter la Confédération?
J’ai eu beaucoup de peine à abandonner ce poste. Certains me poussaient à y rester encore quatre ans avant de rejoindre ma terre d’origine. Mais je me voyais mal passer à côté de toute cette phase de création d’une nouvelle commune issue de la fusion des villages de toute une région. Il me semblait passionnant d’y participer. Si cette décision a naturellement impliqué pour moi une nette baisse de salaire, elle a parallèlement amélioré de façon très sensible ma qualité de vie, avec moins de transports et un environnement beaucoup plus proche de la nature et des gens.
Dans quelle mesure allez-vous pouvoir tirer avantage de votre expérience au niveau cantonal et fédéral dans le cadre de votre nouvelle fonction?
Après avoir été responsable de l’aménagement du territoire, je sais comment fonctionnent les rouages au niveau cantonal et fédéral. Je connais aussi les points d’entrée et l’existence de fonds dont nous pourrions bénéficier ainsi que diverses politiques sectorielles. Pour moi, c’est également intéressant de voir quelles sont les répercussions de ces mécanismes sur le terrain.
Dans quel esprit entamez-vous votre mandat au service de l’urbanisme de Val-de-Travers?
Très positivement. Ce sera l’occasion d’empoigner des dossiers tels que le développement du territoire, développement durable, l’épuration des eaux, etc. Il faudra réexaminer les plans d’aménagement des communes, développer les énergies renouvelables et valoriser la filière bois. Il faudra aussi dresser un inventaire détaillé des zones de captage d’eau potable.
Comment vivez-vous ces premières semaines de fonctionnement de la nouvelle commune de Val-de-Travers?
Nous avons voulu que la commune fonctionne depuis le premier jour ouvrable de l’année 2009. Et ce fut le cas. Des bureaux sont ouverts dans les villages de Môtiers, Couvet et Fleurier alors que d’autres ne sont plus ouverts que partiellement. Pour ce qui est des affaires sociales, les communes fonctionnaient en syndicat. Une fois dissout, ses employés ont tous été intégrés dans la nouvelle structure. Dans d’autres secteurs, il faudra procéder à des aménagements et unifier les procédures.
Quel bilan tirez-vous de ce démarrage?
Pour mettre en place cette nouvelle organisation, les conseillers communaux ont effectué un travail préparatoire pendant les trois mois qui ont précédé la naissance de la commune, et cela, à côté de leurs activités quotidiennes. Nous aurions dû pouvoir y consacrer six mois à plein temps, tant les détails sont nombreux à régler.
Les grands dossiers qui vous attendent sont aussi ceux de la mobilité et du télétravail. Quelles solutions préconisez-vous dans ces domaines?
Le télétravail n’offre pas grand intérêt, surtout sous la forme prônée à une certaine époque. Par contre, les questions de mobilité me préoccupent au plus haut point. Il faudrait installer des systèmes de «park and ride» dans les gares. La mobilité à l’intérieur des villages est aussi à régler, en particulier pour ce qui est du déplacement des élèves aux alentours des écoles. Il va falloir promouvoir la marche et instaurer des systèmes de conduite accompagnée pour les écoliers. La région est par ailleurs assez bien équipée en infrastructures publiques telles que piscine, patinoire, terrains de sport, etc. Cette fusion va en permettre une meilleure gestion et optimisation.
Toute fusion de communes éloigne quelque peu le citoyen de ses édiles. Comment allez-vous répondre à ce défi?
C’est effectivement un risque réel qui doit être contrebalancé par notre action. Nous devrons veiller à être présents sur le terrain, surtout dans les villages où il n’y a pas une forte présence de l’administration. On devrait pouvoir l’assurer en travaillant sur la base d’un mandat professionnel à 100%, comme c’est le cas actuellement.
Certains critiquent les fusions en affirmant que, en réalité, les économies d’échelle ne sont pas aussi réelles qu’attendues et que, finalement, les baisses d’impôt sont rarement au rendez-vous. Quel est votre avis à ce sujet?
Les baisses d’impôt ne sont pas forcément toujours l’objectif majeur. Les fusions permettent de régler les dossiers dont les communes prises isolément n’avaient pas le temps ou les capacités de s’occuper sérieusement. Avec une population de 10 000 habitants, on a aussi plus de crédibilité que si on ne représente que qu’un millier de citoyens.






