Après avoir assuré la fonction de Conseiller d’Etat du canton du Valais pendant 12 ans, Jean-René Fournier a abandonné ce poste dans le courant de ce printemps pour concentrer ses activités politiques sur le plan fédéral en tant que Conseiller aux Etats, une charge qu’il menait de front depuis un peu plus d’une année avec ses responsabilités cantonales.
Propos recueillis par Pierre-Henri Badel
Pour ce politicien valaisan engagé dès l’âge de 16 ans dans l’arène politique, le passage du cap de la cinquantaine a constitué une étape, ou en tout cas une prise de conscience majeure. Le fait de s’être retiré du gouvernement du Valais lui laisse désormais plus de temps libre pour sa famille et ses passions, à savoir la montagne, la chasse et la photographie de fleurs rares de sa région. Interview.
M. Fournier, maintenant que vous êtes dégagé des responsabilités directement liées au gouvernement valaisan, quel bilan pouvez-vous tirer de toutes les années que vous y avez passées?
Sur le plan personnel, ce temps passé au gouvernement a été un important enrichissement. Quand on occupe un tel poste, on cherche à remplir une mission, à apporter quelque chose à son pays. Quand j’étais à la tête des finances, j’ai poursuivi l’œuvre qu’avait déjà commencée mon prédécesseur pour abaisser la dette de 6000 francs par citoyen 1997 à 1000 francs de fortune en 2009. Aujourd’hui, le Valais est un des cantons qui a le plus faible taux d’imposition de Suisse et il se situe au sixième rang au niveau de la fiscalité des entreprises.
Quelles sont les principales leçons que vous avez tirées de votre engagement politique?
La grande leçon à tirer est qu’il faut que le collège gouvernemental soit fort et très soudé. Il faut tenir compte de la diversité des opinions puis, une fois la décision prise, faire preuve d’une très grande collégialité dans l’action. C’est là la clé de la réussite d’un gouvernement.
Le canton du Valais est parfois mal perçu au niveau fédéral. A votre avis, est-ce justifié ou que faudrait-il faire pour modifier cette situation?
Le canton du Valais a longtemps été perçu comme étant assoiffé de subventions. Mais le lobby politique valaisan a toujours très bien fonctionné. L’assainissement des finances du canton a modifié la donne. L’image d’assisté qui collait à la peau du Valais devrait disparaître au cours de ces prochaines années. Les Valaisans reconnaissent l’importance de la protection de la nature car il s’agit de leur seule richesse. Il faut par contre déplorer le fondamentalisme qui existe en matière d’écologie.
Quels sont les dossiers qui sont les plus délicats à traiter sur le plan fédéral?
C’est incontestablement la défense de la place financière. En cela, le Conseil fédéral est sur la bonne route. Hans-Rudolph Merz a fait du bon travail. Il faut déplorer qu’il a réagi un peu tard, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. L’heure de la vérité va aussi arriver dans le secteur de l’énergie. Je suis en faveur des énergies renouvelables mais en attendant, il faudra renouveler nos centrales nucléaires si l’on veut assurer notre approvisionnement en électricité.
Un autre enjeu concerne notre armée qui est devenue l’otage d’enjeux politiques. On a tellement réduit son budget qu’elle se retrouve dans une impasse. Cela démotive énormément ceux qui doivent faire en sorte que sa mission stratégique perdure.
Quand on aura traversé la crise économique actuelle, il faudra rouvrir le dossier de notre politique budgétaire. Les dettes de l’Etat doivent être maintenues à un niveau acceptable.
Et sur le plan de nos relations extérieures?
Je suis favorable à ce que la Suisse négocie un accord cadre avec l’UE, notre plus important partenaire commercial. Les erreurs de certains dirigeants de l’UBS ont causé des dommages considérables à notre place financière et, par là, à notre réputation. Aux Etats-Unis, ses dirigeants l’ont mise à genou en quelques mois alors que toutes les attaques hostiles à son égard de la part des milieux politiques n’avaient jamais réussi à l’atteindre.
Quels sont les mécanismes qui freinent une meilleure réactivité au niveau du gouvernement?
Le manque de collégialité du gouvernement congestionne les décisions car les politiciens doivent répondre à des attaques personnelles en oubliant l’intérêt supérieur de l’Etat. Si l’on cherche des solutions de manière constructive plutôt qu’en défendant des positions dogmatiques, les dossiers avancent très vite.
Certains estiment qu’en Suisse, on pourrait faire l’économie d’un deuxième conseiller fédéral romand. Qu’en pensez-vous?
Ce serait dangereux pour l’équilibre du pays. Le succès du système politique suisse est basé sur la concordance, et elle est justement fondamentale pour tenir compte des minorités.
Même dans le cas de la candidature fribourgeoise d’Urs Schwaller?
Urs Schwaller est effectivement un Suisse alémanique mais qui vit dans un canton romand. Il serait assurément capable de très bien défendre la Suisse romande.
Un éventuel candidat haut-valaisan au conseil fédéral serait-il, à votre avis, considéré comme étant romand ou alémanique?
Même germanophone, un Haut-Valaisan est avant tout Valaisan, donc représentant d’un canton romand n’ayant pas les mêmes sensibilités que les Suisses alémaniques. On veut que les citoyens s’intègrent mais quand ils y parviennent, on remet leur appartenance en question. Il faut être cohérent dans ses raisonnements.
Certains prônent la création d’un grand canton romand. Est-ce un moyen de défendre les intérêts des francophones au sein de la Confédération?
Créer un seul canton romand engendrerait une perte d’identité. La diversité des cultures est précieuse. Il faut plutôt promouvoir les collaborations intercantonales. Il faut en revanche maintenir la concurrence entre cantons pour tout ce qui touche à leur fonctionnement interne.
Certains Valaisans avancent l’idée de créer, à terme, une traversée ferroviaire alpine sous le Grand-Saint-Bernard. Etes-vous favorable à un tel projet?
Les grands projets valaisans se situent surtout sur le plan énergétique, en particulier pour mieux exploiter les capacités hydroélectriques.
Le marché de l’énergie électrique devient toujours plus globalisé et les acteurs locaux perdent une bonne partie de leur autonomie. Cela ne risque-t-il pas de mettre en danger une activité et des recettes importantes pour le Valais?
Selon la loi sur l’énergie, les parties mouillées reviennent de droit aux collectivités locales. La question est de savoir si, à l’échéance des concessions actuelles, elles auront les moyens de les exploiter. Plusieurs communes risquent de s’en défaire pour des questions économiques. L’Etat du Valais, par le biais des Forces motrices valaisannes, a la capacité et la volonté d’accroître sa part. L’objectif est de renforcer les parts du canton dans le capital des sociétés pour en devenir un véritable partenaire. D’autre part, bon nombre de sociétés de distribution locales devront fusionner si elles veulent survivre.
Dans quelles mesures la crise économique actuelle a-t-elle touché l’industrie valaisanne?
Nous avons la chance d’avoir un tissu économique formé d’une multitude de PME. Celles-ci ont bien résisté à la crise. Si les établissements financiers ne restreignent pas les crédits, l’économie valaisanne devrait bien y résister.
L’Etat du Valais ne devrait-il pas prendre des mesures plus vigoureuses car la mauvaise conjoncture risque de durer plus longtemps qu’on l’imaginait à l’origine?
Le gouvernement du canton a décidé un plan de relance cantonal à hauteur de 50 millions de francs calqué sur celui de la Confédération en faveur des assainissements énergétiques des bâtiments et pour soutenir les entreprises touchées par la crise économique. On note aujourd’hui un certain fléchissement dans la construction mais elle a déjà connu par le passé des périodes plus difficiles. Ce sont les entreprises exportatrices qui en souffrent le plus.
Interview parue dans Affaires Publiques n° 3/2009






