Conseiller national, Dominique de Buman a débuté sa carrière politique en 1986 en tant que conseiller communal de la ville de Fribourg et comme député au Grand conseil du canton. Il a par la suite occupé le poste de syndic de la ville des Zahringen pendant une décennie jusqu’à son élection en tant que vice-président du PDC Suisse en 2004.
Propos recueillis par Pierre-Henri Badel
M. de Buman, en tant que conseiller national, vous avez suivi de près les derniers événements de la politique fédérale. Quels sont désormais, à votre avis, les défis que doit relever la Suisse?
Notre pays est rattrapé par la globalisation. Jusqu’ici, nos institutions et les performances de notre économie l’avaient mis à l’abri de ce phénomène. Pendant longtemps, notre politique, nos institutions, notre neutralité, la crédibilité ainsi que notre savoir-faire nous attiraient le respect et l’admiration de la plupart des pays du monde. Aujourd’hui, nos voisins n’acceptent plus cet îlot privilégié, d’où la mise en cause du secret bancaire et de certaines de nos institutions. Pour notre pays, le défi ne relève pas de ses institutions et de son économie, mais du fait qu’elle devra composer avec les autres nations.
Nos autorités sont-elles en mesure de conduire notre pays de manière adéquate ces prochaines années?
Il faut que le Conseil fédéral apprenne à travailler en équipe et à coordonner ses déplacements à l’étranger. Il doit modifier ses méthodes de travail pour améliorer son efficacité. On a trop longtemps considéré notre politique étrangère comme une politique de seconde zone. La Suisse manque de diplomates, leur statut est actuellement péjoré et on a de la peine à recruter. Aujourd’hui, nous devons développer des réseaux.
Certains plaident pour la nomination d’une présidence plus forte du pays pour affronter les prochaines échéances. Est-ce aussi votre analyse?
Je serais favorable à un élargissement du Conseil fédéral à neuf membres. Cela permettrait de créer de véritables départements de la formation et de la sécurité. Nous aurions une meilleure représentation des minorités linguistiques, avec toujours trois représentants latins. La concordance serait également mieux respectée, la stabilité améliorée et la réflexion élargie. Je doute par contre qu’une présidence plus longue qu’une année soit judicieuse à cause de la question des minorités. Je vois mal un de leurs représentants rester plusieurs années à la tête du pays.
Pourquoi dès lors ne pas renforcer le rôle du Chancelier, pour plus de cohésion, de stabilité et en tant qu’élément moteur?
C’est impossible car le Chancelier doit être apolitique. Je suis aussi opposé à l’élection des conseillers fédéraux par le peuple car les médias auraient une trop grande influence et cela renforcerait le côté «people». Un bon ministre risquerait d’être mal réélu ou pas réélu du tout. Par contre, je suis favorable à l’élection d’une équipe et d’une plate-forme de gouvernement avec des points de concordance minima.
Alors quelle solution faudrait-il adopter?
En passant de sept à neuf conseillers fédéraux, l’action gouvernementale serait plus efficace. Mais il faut aussi donner aux parlementaires les moyens d’exercer leur mandat. Les parlementaires devraient pourvoir engager un collaborateur, ce qui n’est pas possible avec le défraiement actuel de 30 000 francs. Ce montant devrait être accru, quitte à ce qu’il soit accordé uniquement sur présentation de justificatifs.
En cette période de crise, le Conseil fédéral a lancé deux programmes de stabilisation économique. Ces mesures ont-elles été suffisantes face à la situation dans laquelle on se trouve?
Les mesures conjoncturelles doivent être ciblées, immédiates, rapides et limitées dans le temps. Il faut anticiper certains investissements car ils ont un effet immédiat. Les mesures conjoncturelles prises par le Conseil fédéral me paraissent judicieuses, mais l’ont été de manière trop tardive. Les membres du Gouvernement n’ont pas vu venir la crise et n’ont pas cru que la situation se détériorerait à ce point. Certaines mesures structurelles sont par ailleurs indispensables.
On parle aussi d’un troisième plan. Sera-t-il à la hauteur des espérances?
Les experts prédisent que la récession s’arrêtera en 2010. Or des mesures conjoncturelles ne pourraient entrer en vigueur qu’en décembre. Ce troisième train de mesures devrait porter sur l’assouplissement du cautionnement dans les arts et métiers. Cela soulagerait les PME et celles qui sont victimes du blocage de crédits. Un tel cautionnement apporterait une certaine assurance aux banques. Il s’agirait d’une mesure conjoncturelle et structurelle à la fois.
Selon vous, où se situe la racine du problème?
Les comportements humains ne correspondent plus à des valeurs réelles. On a créé des produits financiers qu’on ne maîtrise plus. La prise de conscience doit être mondiale, faute de quoi les programmes de stabilisation demeureront vains. La question ne relève pas des instruments classiques de la politique économique mais de la morale.
Malgré des organismes de contrôle autrement plus puissants que notre Commission fédérale des banques, les Etats-Unis n’ont rien vu venir. Il y avait eu quand même des signes avant-coureurs!
Absolument. Mais l’être humain doit arrêter de gagner des sommes de manière indue. Il peut gagner de l’argent, mais qui doit être le fruit de la productivité. Le fait que l’être humain gagne beaucoup parce qu’il est génial ne me dérange pas. Il paiera des impôts; il y a un correctif. Mais c’est la production d’une valeur qui constitue la clé de voûte d’un ordre nouveau.
Pour revenir plus près de chez nous, comment voyez-vous la situation du canton de Fribourg, un territoire charnière entre la Suisse alémanique et la Suisse romande?
Ce canton est envié, avec de bons indices, notamment en ce qui concerne le taux de chômage. Sa fortune dépasse 600 millions de francs; il est bien équipé en hôpitaux, en instituts de formation, en route et en voies de chemins de fer. Des efforts restent pourtant à entreprendre pour mieux relier les chefs-lieux, ce qui serait favorable au développement économique et environnemental. En ce qui concernes le revenu par habitants du canton, il est certes l’un des plus faible de Suisse romande, mais le coût des prestations y est aussi inférieur. Il faudra cependant augmenter le revenu cantonal par habitant et optimiser les formations à l’école d’ingénieurs et à l’Université pour que les jeunes n’émigrent pas.
Cela concerne essentiellement la politique du canton, mais quelle est la situation plus particulière du chef-lieu?
Autrefois, la Ville représentait une source de revenus importante dans un canton essentiellement rural. Actuellement, elle s’inscrit dans le cadre d’une agglomération. On assiste à un déplacement socio-économique vers les communes de la ceinture. Avec la péréquation actuelle, la ville paie plus que la moitié des frais et risque de financer des équipements qui ne se situent pas sur son territoire. Par ailleurs, le gouvernement a accepté le droit de veto sur les nouvelles tâches pour ne pas effrayer les communes de l’agglomération. Cette mesure va provoquer des blocages et engendrer des frais de fonctionnement qui vont à l’encontre de l’efficacité.
Quelle serait alors la solution pour débloquer cette situation?
Il faut favoriser une fusion douce. Chaque arrondissement devrait garder son identité et assumer des tâches de proximité. Enfin, pendant la période transitoire, le canton devrait accepter un différentiel d’impôt entre les arrondissements. Il est aussi dans l’intérêt du canton que la ville se renforce.
Vous êtes aussi engagé, par le biais de Helvetia Latina, dans la défense de la latinité au sein du pays. Quelles sont les activités de cette association?
Helvetia Latina est une association dont le but est de défendre la représentation des latins à tous les niveaux, en favorisant le respect des minorités dans le sens de leur intégration. Nous veillons à ce que les documents officiels soient traduits et à ce que les nominations respectent les minorités culturelles et linguistiques. Les citoyens et représentants de l’industrie doivent être entendus et écoutés par l’administration pour favoriser la compréhension. Le manque de compréhension linguistique est en effet à l’origine de nombreux problèmes.






