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La Praille-Vernets-Acacias: un projet pharaonique

Parmi les grands projets immobiliers actuellement en gestation en Suisse romande, celui de La Praille-Acacias-Vernets est assurément celui qui va bouleverser le plus la vie urbaine genevoise. Ce quartier devrait voir émerger à l’horizon 2020 quelque 6000 logements qui viendraient s’insérer dans un tissu d’entreprises pourvoyeuses d’emploi pour les nouveaux habitants.

 

Pierre-Henri Badel, adi-presse

 

Le réaménagement de la zone La Praille-Acacias-Vernets (PAV) est lié à une réflexion des milieux publics genevois sur l’avenir d’une zone ayant subi de profondes restructurations au cours de ces dernières décennies. La désaffectation des anciens abattoirs, l’abandon de l’activité de triage des convois de marchandises, la construction de la route des Jeunes, celle de deux grandes tours à Carouge et une importante pénétrante reliant la ville sarde et le quartier des Vernets ont été les principaux facteurs de cette évolution du paysage urbain genevois. A cela s’ajoutent naturellement la construction du nouveau stade de football ainsi que du centre commercial attenant.

 

Un projet unique en son genre

Actuellement, le quartier concerné compte quelque 1600 entreprises et abrite environ 2000 habitants. Le tout, dans un cadre assez hétéroclite tissé au fil des ans, sans réelle cohérence au niveau global. La grave crise du logement qui sévit dans la cité de Calvin a aussi constitué un élément déclencheur pour concevoir un tel projet. Par chance, bon nombre de parcelles du périmètre envisagé n’avaient pas été morcelées. De plus, près de 85% d’entre elles sont détenues par les pouvoirs publics et seulement 15% par des propriétaires privés.

La Fondation pour les terrains industriels (FTI) de Genève en détient 28%, les CFF 24%, l’Etat de Genève 12%, la Ville 6%, la Commune de Lancy 3% et celle de Carouge 1%. Un tel contexte s’avère donc particulièrement favorable pour le lancement d’un projet d’une telle envergure. Cette situation découle en bonne partie du fait que les terrains avaient été mis à disposition des entreprises sous forme de droits de superficie par l’ancienne Fipa (actuellement FTI). En fait, les premières réflexions des autorités genevoises sur l’avenir de cette zone urbaine remontent à 2002-2003 suite au dépôt d’une motion sur la politique industrielle du canton et à un rapport de la commission de l’économie chargée de son étude.

 

Tripler la capacité d’hébergement individuel

De 20 000 emplois et 3000 logements recensés actuellement sur la superficie de La Praille-Acacias-Vernets, la population de cet ensemble devrait passer à 40 000 emplois et 9000 logements à moyen terme. Un tel bouleversement ne peut pourtant pas se faire à la légère. Le plan maître se caractérise en particulier par une grande cohérence sur l’ensemble du site. Et cela, quand bien même dix projets clés du quartier contemporain sont déjà envisagés.

«Ce projet prévoit surtout de développer l’habitat urbain et de favoriser la mixité des activités» précise en l’occurrence Philippe Moeschinger, président du comité de pilotage. Huit bureaux d’architectes ont planché sur ce projet, et c’est finalement le plan d’Ernst Niklaus Fausch qui a décroché la timbale.

 

Une topologie hiérarchisante

Plus concrètement, le projet des lauréats s’articule autour d’un rond-point central, appelé Place de l’Etoile, libre de toute circulation automobile, vers lequel convergent cinq grandes artères qui partagent la géométrie en secteurs irréguliers. Ce demi-rayon de cercle se prolonge vers le bas par les rues parallèles à la route de Jeunes. De celles-ci, des embranchements en épi desservent les vastes surfaces destinées à l’habitat, à l’artisanat et aux services, et dont les constructions seront limitées en hauteur.

Par contre, la Place de l’Etoile sera flanquée de neuf immeubles de grande hauteur (75 à 175 mètres) qui souligneront l’aspect prestigieux de cet espace de rencontre urbain. Ce dernier sera en outre bordé d’une zone de verdure entièrement réaménagée en promenades et qui s’avérera être le poumon vert de cette réalisation. Ce parcours en encorbellement, véritable balcon paysagé, sera entrecoupé de «pocket parcs», sorte de mini-espaces plus intensément jardinés qui favoriseront la détente.

Les autres points forts du masterplan, qui répartit les espaces dans l’ensemble du périmètre, prévoit neuf bâtiments à vocation industrielle, avec raccordement au chemin de fer pour la première (La Praille) des trois entités du projet. Celle-ci consistera en un centre d’activités variées, desservi à l’est par un réseau de cheminements paysagés et comprenant à l’ouest une succession d’esplanades où de nouveaux bâtiments viendront s’ajouter à ceux déjà existants.

Le second espace (Carouge) sera de nature mixte, alliant logements, activités professionnelles et commerces. Quant à la troisième entité (Acacias-Vernets), elle accueillera un pôle de hautes technologies et un espace doté de nouveaux équipements publics le long de l’Arve. La réaffectation des terrains de la caserne des Vernets en quartier d’habitation et en équipements publics est également un atout supplémentaire pour toute cette zone qui devient ainsi une interface verte la reliant au reste de la ville.

 

Miser sur la mobilité douce

Un tel projet ne pourra naturellement pas vivre sans que les usagers de ce nouveau super-quartier puissent se déplacer de manière cohérente et douce, et rejoindre aisément les autres quartiers de la ville. Les deux arrêts prévus sur la ligne ferrée du Ceva (Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse), l’un à proximité immédiate de la Place de l’Etoile et l’autre à la pointe sud du périmètre, répondront aux besoins de mobilité des résidents.

Il est parallèlement prévu de renforcer et d’adapter le réseau des transports urbains (tram et autobus) dans le cadre du réseau genevois des transports publics. Par contre, les rives de l’Arve, du côté du quai des Vernets, seront interdites à la circulation des véhicules et deviendront ainsi de véritables espaces de délassement et de flânerie.

 

Des réaffectations qui pourraient s’avérer douloureuses

Toute la zone sur laquelle va s’implanter ce nouveau quartier devra faire l’objet de nombreuses réaffectations. Elle est en effet composée dans sa majorité de terrains à vocation artisanale et industrielle. «Le déclassement de ces terrains ne sera vraiment pas une mince affaire» note en l’occurrence Philippe Moeschinger. Sans compter que les nouveaux gabarits seront nettement supérieurs à ceux actuellement de mise.

«Le nouveau visage de ce périmètre ne pourra ainsi se dessiner que dans la durée, d’autant plus que la majorité des droits de superficie ne viendront à échéance que dans les années 2040 à 2060» précise-t-il.

«Il s’agit donc d’un plan d’urbanisation à projeter d’ici 15 à 25 ans. Il sera néanmoins une opportunité pour certaines entreprises de conduire une réflexion sur leur avenir» évoque-t-il. «Mais quoi qu’il en soit, les négociations ne vont pas être simples à mener». En effet, les usines qui provoquent de fortes nuisances, en particulier en matière de charge sonore, devront être déplacées.

 

Déclassement prévu cet automne

Il est prévu de déposer un projet de déclassement des zones concernées devant le Conseil d’Etat genevois dans le courant de cet automne. Cette échéance sera très attendue par tous les milieux concernés. «Le marché est déjà dans les starting blocs» avoue-t-il en substance. Reste encore la question de la plus-value que les terrains vont prendre du fait de leur passage en zone II. Cela provoquera une hausse très marquée, avec un doublement du prix du mètre carré qui passera d’un seul coup de 500 à plus de 1000 francs.

De toute façon, les options prises laisseront une grande souplesse, la phase de réaménagement devant s’étaler sur une très longue période. Les premières constructions devraient pourtant démarrer entre fin 2009 et début 2010. Parmi les idées qui fusent, celle de construire une cité administrative circule déjà. Ce serait une occasion rêvée pour regrouper en un seul lieu des services dispersés un peu partout sur le territoire du canton et d’améliorer de ce fait l’efficacité de l’administration. «Mais rien n’est encore décidé» s’empresse de relever Philippe Moeschinger. La seule certitude est qu’avec ce projet pharaonique, on a affaire à un véritable puzzle, constitué d’une multitude de pièces, mais dont certaines pourraient se mettre en place relativement rapidement.

 


 

Dix projets clés

Dans le cadre du nouveau quartier Praille-Acacias-Vernets, dix projets partiels ont déjà fait l’objet de pré-études de principe. Ils concernent les secteurs suivants:

• Rive Bleue: une nouvelle promenade, aux aspects de parc, le long de l’Arve

• Firmenich – Chemin de la Gravière: un projet modèle d’entreprise et de logements

• Caserne des Vernets: logements, commerces, éducation et culture

• Rue Boissonnas: axe central de mobilité mixte et de mise en réseau passager des futurs parcs • Place de l’Etoile: l’adresse de référence du quartier contemporain

• Avenue de La Praille: liaison la plus importante de l’Etoile à Carouge

• Bande verte: axe paysager de La Praille

• Rue Jacques-Grosselin: logements innovants

• Camembert: porte sud de La Praille composée de bâtiments exemplaires

• Rue Verte: projet paysager bordant le quartier contemporain

 

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