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Traquer les micro-polluants

Station d'épurationMalgré l’amélioration constante de la qualité de l’eau de nos rivières et de nos lacs, il reste toujours certains résidus de substances chimiques qui échappent aux mailles du filet. Un essai pilote va être lancé à Regensdorf pour améliorer cette situation.

 

Pierre-Henri Badel, adi-presse

 

Les zones où les stations d’épuration rejettent leurs effluents dans les rivières ou les lacs après avoir traité les eaux usées enregistrent des concentrations élevées de substances chimiques. Et l’on constate que les eaux souterraines contiennent également de tels éléments difficilement dégradables. Compte tenu du niveau des connaissances actuelles sur le plan scientifique, on ne peut pas déterminer si et dans quelle mesure ces micro-polluants représentent un danger pour l’homme et la nature. Le principe de précaution incite donc à se préoccuper de ce problème. Cette situation pourrait en outre avoir des effets néfastes sur les organismes aquatiques et, à terme, compromettre l’approvisionnement en eau potable.

 

Un test grandeur nature

Face à cette problématique, l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) a décidé d’évaluer plusieurs moyens dans le but de réduire la quantité de micro-polluants rejetés dans la nature. Il a en particulier choisi de mandater l’Institut fédéral pour l’aménagement, l’épuration et la protection des eaux (EAWAG) pour qu’il entreprenne un essai pilote visant à étudier si un traitement d’appoint par ozonation pourrait apporter des améliorations.

Pour ce faire, il est prévu d’équiper la station d’épuration (STEP) de Wüeri, située sur la commune de Regensdorf (ZH), d’une étape d’ozonation. Stocké dans un réservoir, l’oxygène liquide (O2) est transformé en ozone (O3). Celui-ci est ensuite mélangé aux eaux usées, ce qui élimine les micro-polluants.

 

Lutter contre une véritable bombe à retardement

Il est prévu que cet essai pilote s’étende sur une année et demi. Il devrait permettre de déterminer le niveau d’efficacité de ce procédé, les exigences technique et opérationnelle dont il faut tenir compte au niveau de la Step ainsi que les coûts supplémentaires induits par ce traitement à l’ozone.

Grâce à cette expérience, nos autorités fédérales espèrent pouvoir élaborer un modèle de traitement susceptible de lutter contre une véritable bombe à retardement. En effet, la consommation de produits chimiques et pharmaceutiques est en constante augmentation, et personne ne sait à quelle vitesse et sous quelle forme ils se transforment après avoir été lâchés dans la nature. Sur le banc des accusés, on trouve pêle-mêle tous les médicaments, les produits phytosanitaires, de beauté et de nettoyage.

 

Des retombées socio-politiques conséquentes

Même à de très faibles concentrations, certaines de ces substances ont des effets néfastes sur les écosystèmes aquatiques et les organismes vivants qui évoluent dans ces milieux. Ils perturbent par exemple le développement sexuel des poissons. Ce phénomène s’étendra-t-il au comportement humain dans ce domaine? Pour l’instant, personne ne peut le prouver, mais si les concentrations de micro-polluants augmentent par effet d’accumulation, la question deviendrait légitime et pourrait naturellement avoir de sérieuses retombées socio-politiques.

Pour l’instant, même s’il existe d’autres pistes pour éliminer les micro-polluants telles que le traitement par charbons actifs, l’Eawag ne s’y lancera probablement pas. «Les milieux suisses de la recherche ne possèdent pas encore les compétences voulues dans ce domaine» précise à ce sujet Michael Schärer, chef du projet Stratégie MicroPoll à la division des eaux de l’Office fédéral de l’environnement (Ofev). La voie préférée consiste à se concentrer sur les connaissances déjà acquises dans l’ozonation et de les renforcer par d’autres essais ultérieurs.

La Suisse pourrait ainsi devenir un réel pôle de compétence en la matière, tout en laissant à d’autres le soin de plancher sur des techniques différentes. L’Allemagne possédant en particulier une plus grande compétence que la Suisse en ce qui concerne les charbons actifs, notamment grâce à des essais d’envergure réalisés dans une Step située à Ulm, notre pays pourrait en outre en profiter dans le cadre d’échanges d’expériences. «Probablement que nous nous orienterons plus sur une deuxième campagne d’essais d’ozonation plutôt que de les faire avec des charbons actifs» précise Michael Schärer.

 

Une stratégie nationale

Cette expérimentation s’inscrit dans le cadre du projet appelé «Stratégie Micropoll» de l’OFEV qui s’est donné comme objectif de réduire le déversement de micro-polluants dans les eaux par le biais des réseaux d’assainissement. Ce projet, doté d’un budget global de 5,8 millions de francs, a été lancé en 2006 avec la collaboration de l’Eawag, de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), de la Conférence des chefs de services et offices cantonaux de protection de l’environnement (CCE), de l’Association suisse des professionnels de la protection des eaux (VSA) ainsi que de divers services cantonaux spécialisés et autres institutions.

La moitié de son budget servira à financer des installations techniques ainsi que la préparation d’essais, pilotes ou à plus grande échelle. Les études de suivi (méthodes écotoxicologiques et analyse des traces) absorberont le tiers des fonds accordés alors que le solde sera affecté à des travaux de modélisation, études bibliographiques, etc.

La collaboration avec l’EPFL a surtout trait à la méthodologie de mesure des micro-polluants élaborée dans le cadre des travaux du Sipel. «Une autre collaboration est engagée avec l’Institut Forel de l’Université de Genève qui a développé une très intéressante méthode d’écotoxicologie» souligne Michael Schärer. «Nous tenons beaucoup à collaborer avec des experts de différentes régions qui possèdent des compétences spécifiques dans tous ces domaines».

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