Depuis que la Confédération a édicté une interdiction d’épandre les boues d’épuration dans les champs, les responsables de leur exploitation ont choisi différentes façons de s’en débarrasser. L’une d’elles consiste à les déshydrater en les chauffant avec la combustion du méthane qui s’en dégage. Une solution attrayante mais qui présente encore certaines maladies de jeunesse. La Step de Gland en est l’exemple concret.
Pierre-Henri Badel
«Bien que nous ayons effectué des tests préalables à petite échelle et visité des installations qui fonctionnaient parfaitement avec le même système, ici, à la Step de Gland, le traitement dégage des odeurs qui dérangent les voisins directs de la station» reconnaît Yves Reymond, président de l’Association intercommunale pour l’épuration des eaux usées de La Côte (Apec). Celle-ci regroupe 21 communes, allant de St-Cergue à Longirod, la dernière commune à être greffée sur ce réseau étant Burtigny.
Des améliorations insuffisantes
Parallèlement à l’accroissement des exigences en matière de procédé d’épuration, la progression démographique contribue aussi à ce que la Step de Gland arrive à saturation. Construite entre 1977 et 1980, elle traitait au départ les eaux usées d’environ 10 000 habitants, contre 30 000 aujourd’hui. Et elle a récemment dû refuser la demande de la commune de Prangins qui désirait aussi se raccorder à la Step de Gland, la sienne étant devenue obsolète. Elle a bien encore une capacité d’environ 10 000 habitants mais, compte tenu du développement des logements dans les communes membres de l’association, elle devrait atteindre le maximum de ses limites à plus ou moins longue échéance. Il est vrai que, par rapport à d’autres Step, celle de Gland est particulièrement compacte.
Le dégagement d’odeurs gênantes a été contrecarré par l’installation de filtres au charbon actif qui a permis de réduire les désagréments olfactifs dans une proportion de 85%. Mais cela n’a pas suffi à faire disparaître les mauvaises odeurs chez les plus proches voisins. En attendant de trouver la bonne solution à ce problème, les boues d’épuration sont, durant l’été, transportées par camion vers l’un des trois fours d’incinération des boues qui existent en Suisse romande. La solution n’est pas très écologique, mais nombreuses sont les Step de Suisse à avoir opté pour celle-ci. D’autres utilisent un système de séchage des boues qui travaille, non pas à basse température comme c’est le cas à Gland, mais à haute température, un procédé dispendieux sur le plan écologique. «Je suis convaincu que c’est la bonne solution» prétend Yves Reymond. «Encore faudra-t-il trouver la technique adéquate pour neutraliser ces odeurs qui sont dues à la forte teneur en ammoniac des émanations. Les experts consultés ont effectivement confirmé que les effluves étaient trop chargées» reconnaît-il.
Sur la voie d’une nouvelle solution
Plusieurs pistes sont suivies par la direction de l’Association et des ingénieurs en vue de déterminer quelle sera la prochaine étape d’assainissement des émanations. Peut-être le lavage des fumées, un procédé très efficace pour la destruction de l’ammoniac. Il faut encore étudier si les molécules qui se créent en raison de la combinaison chimique qui s’en suit ne provoquent pas d’autres désagréments. L’autre option serait de brûler l’air, mais elle n’est pas non plus très écologique car dispendieuse en énergie. A moins que la construction d’une cheminée de plus grande hauteur résolve le problème. «Personne ne sait dans ce cas si les odeurs risquent de retomber plus loin et que ce soit d’autres personnes qui se plaignent alors» enchaîne Jean-Luc Failletaz, chef d’exploitation de la station.
«Nous ne désespérons pas de trouver une solution» note de son côté Yves Reymond. «Nous explorons différentes pistes, puis nous allons synthétiser les études». La dernière des trois possibilités envisagées pourrait être la condensation. Il faut dire que la situation géographique de la station ne joue pas en sa faveur. Implantée sur les rives du Léman, dans une petite cuvette au lieu-dit La Dullive, le régime des vents ne favorise pas la dissémination rapide des fumées.
Sans compter que les récentes coupes claires opérées dans le bois qui borde la station ont réduit le rideau de feuillus qui offrait une meilleure protection des somptueuses villas des riches voisins de la commune de Dully, construites par ailleurs après la station d’épuration. Les altercations ne manquaient dès lors pas avant que les exploitants décident d’abandonner provisoirement le séchage des boues d’épuration sur place.
Une situation provisoire?
A terme, les odeurs dégagées par la Step de la Dullive pourrait s’évanouir en raison de l’augmentation des exigences légales et des mesures visant à lutter contre les micro-polluants, car cela nécessiterait de la déplacer car il n’y aurait alors plus suffisamment d’espace sur le site actuel pour y adjoindre une unité de traitement supplémentaire. Mais l’étude d’une Step de nouvelle génération n’ira pas sans rencontrer des oppositions et sa réalisation ne pourrait probablement pas intervenir avant fort longtemps. Une certitude est pourtant inéluctable: elle ne se fera plus sur les rives du Léman, ce qui satisfera les voisins actuels de la station. A moins que la Confédération décide de revenir en arrière quant à l’interdiction d’épandre les boues d’épuration dans les champs comme l’ont fait la France et l’Allemagne, ce qui changerait totalement la donne.






