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Le Haut Val-de-Ruz décline l’épuration de ses eaux en parc naturel

L’actuelle station d’épuration des eaux usées du Haut Val-de-Ruz date de 2000. Elle traite les eaux d’une dizaine de communes et a l’insigne honneur d’avoir été homologuée au titre de Parc naturel de l’économie suisse. Après huit ans de bons services, retour et perspective sur une histoire pleine de retournements.

Pierre-Henri Badel

Avant d’inaugurer leur nouvelle station d’épuration des eaux usées située sur le territoire d’Engelon en novembre 2000, quelques communes de la région s’étaient déjà regroupées pour le projet d’une Step mise en service en 1973. Depuis cette date, cette installation ne répondait plus aux normes fédérales en vigueur et a dû ensuite être mise hors service, d’autant plus qu’elle avait été construite à l’origine sur une nappe phréatique, ce qui présentait un risque de pollution que personne ne voulait assumer. Par ailleurs, certaines communes du bassin versant n’étaient pas encore reliées à une installation d’épuration et devaient se mettre aux normes. Le nouveau syndicat d’épuration du Val-de-Ruz est (Sevre) réunissant alors dix communes, et non plus sept comme auparavant suite à ce ralliement, investit alors entre 35 et 40 millions de francs dans la réalisation de la Step actuelle, dont 10 pour les seules canalisations d’amenée des eaux usées à la station.

 

Traitement biologique à culture fixée

L’originalité de cette installation est due à son système d’épuration biologique à culture fixée s’effectuant sur le toit du bâtiment de la Step. L’intérêt de ce choix provient de sa capacité à pouvoir traiter de très fortes variations de débit compte tenu du fait que la moitié des eaux arrivant à la station n’est pas encore mise en séparatif. «La biologie supporte tout ça» confirme Johny Burger, responsable de la station pour le syndicat intercommunal des eaux du Val-de-Ruz est.

Seul bémol: en raison de la situation géographique de l’installation, implantée à plus de 700 mètres d’altitude, le processus de filtration biologique peine à fonctionner correctement lorsque la température de l’air descend en dessous de –25 °C durant l’hiver. Dans ces conditions, la température de l’eau avoisine les 4 °C au maximum, ce qui est loin des 18 à 20 °C requis pour que le processus s’effectue avec la meilleure efficacité possible, les bassins étant à l’air libre.

 

Une station très compacte

Le processus de traitement comprend le passage dans deux bassins de prétraitement - situés devant le bâtiment – effectuant une décantation des eaux usées. Des racleurs se chargent d’éliminer le plus gros des impuretés, après que les eaux aient préalablement subi une opération de dégrillage, puis de dessablage et de dégrillage fin à l’intérieur du bâtiment. De là, l’eau est relevée au moyen de pompes dans des bassins de traitement biologique situés sur le toit du bâtiment principal de la Step. Les eaux usées, qui sont relevées jusqu’au niveau supérieur des bassins grâce à une imposante batterie de pompes, traversent une structure en nid d’abeille de matière plastique destinée à emprisonner les produits réactifs. Parallèlement, de l’oxygène est insufflé par le fond dans deux lignes de quatre bassins de 7 m de profondeur, l’eau se déversant en cascade du premier au dernier.

Une fois ce traitement biologique achevé, l’eau passe dans une nouvelle ligne de quatre bassins à travers trois couches de filtration. Celles-ci sont composées de 60 cm de sable de quartz, de 120 cm d’hydroanthracite et finalement de chlorure de ferrite (FeCl3) servant à la flocalisation. Ce principe évite de travailler avec des boues activées difficiles à éliminer par la suite. Voulue ainsi, la topologie très compacte de la station d’épuration a nécessité d’étudier très soigneusement la circulation des eaux afin que celle-ci soit la plus courte possible. «Cela nous a effectivement demandé un peu plus d’effort de réflexion» reconnaît Johny Burger.

 

Entre cinq et sept ans pour optimiser l’installation

Achetée clés en mains, la station a pourtant nécessité quelques adaptations pour optimiser son fonctionnement. «Il a tout d’abord fallu protéger un certain nombre d’éléments contre le froid, améliorer la sécurité et remplacer ou déplacer certaines parties mécaniques pour assurer la bonne marche de l’installation sur le long terme» rapporte Johny Burger. Rien de trop conséquent, mais des opérations destinées à garantir la fiabilité dans le temps et dans l’optique d’un développement durable. Des travaux de carrelage de l’ensemble de la station, étalés sur plusieurs années, répondaient aussi à ces préoccupations.

«Nous avons déjà dû procéder à la révision du digesteur car il présentait un nombre toujours plus élevé de pannes. Cela nous a coûté 800 000 francs» relève Johny Burger. «Si l’on soigne la maintenance, on pourra facilement prolonger la vie de la Step», poursuit-il. Des modifications se sont en outre révélées nécessaires compte tenu de l’accroissement des exigences légales. L’abandon de l’épandage des boues d’épuration suite à une nouvelle directive fédérale a été l’occasion d’installer un digesteur de boues d’épuration et de produire du méthane pour générer de l’électricité dans un groupe électrogène alimenté par le carburant produit ainsi sur place. L’ancien silo destiné à l’origine à accueillir les boues d’épuration avant de les épandre dans les champs sert désormais de réserver pour la méthanisation. Une énergie bienvenue au vu de l’importante consommation (1 million de KWh) des installations d’épuration. D’autant plus que le canton de Neuchâtel a imposé à ses gros consommateurs d’énergie de réaliser des économies de 17% sur dix ans. Le logiciel Clarius qui tourne dans la salle de commande est d’un bon soutien pour contrôler tous les paramètres et valeurs de mesure de la station, mais aussi pour gérer les consommations.

 

Une gestion rigoureuse

La rigueur s’impose non seulement en ce qui concerne les questions techniques, mais aussi pour les aspects financiers relatifs à l’exploitation de la station. Compte tenu de la durée de vie de la station, qui a été calculée sur la base de 30 ans, un plan d’investissements a été établi qui prévoit de procéder à des réparations régulières prévues sur une période allant de 5 à 10 ans. «La gestion financière est réalisée de manière rigoureuse par un professionnel» se réjouit Johny Burger qui reconnaît qu’il n’a jamais été confronté à des problèmes de financement quand il a fallu procéder à des améliorations. Tout semble donc bien marcher de ce côté-là.

Pourtant, il y a du pain sur la planche lorsqu’il faut se conformer aux injonctions du canton et effectuer des économies d’énergie. Le syndicat envisage ainsi d’installer des panneaux solaires sur le toit de la Step. Compte tenu de l’augmentation du coût de l’énergie, il s’agit à n’en pas douter d’un excellent investissement.

 

L’avantage de l’expérience

«Avec le temps, on apprend à travailler pour des collectivités» déclare Johny Burger qui, en fonction de son expérience de la politique, est bien armé pour discuter avec les représentants des communes membres du syndicat. «Quand tout va bien, personne ne dit rien, mais quand ça se gâte, on vous tombe dessus» n’hésite-t-il pas à relever. «Il faut aussi savoir comment faire pour tenir tête à certains qui veulent vous imposer leurs vues…»

Il est vrai que, dans un domaine devenu aussi complexe que la protection des eaux, il faut savoir ce que l’on dit et ce que l’on fait. Les exigences techniques augmentent et la législation évolue. Johny Burger en est conscient, lui qui, comme il se plaît à le répéter, est «tombé» dans l’épuration par hasard. «Mais cela me passionne profondément» enchaîne-t-il.

Il a aussi dû se tenir au fait de tout ce qui concernait l’eau potable, les communes lui ayant confié également depuis 1991 les problèmes d’adduction. Selon elles, que l’eau soit usée ou potable, c’est un peu la même chose, ce qui est loin d’être le cas. Si l’eau qui s’écoule de la Step doit être quasiment potable, elle doit aussi offrir une qualité piscicole en raison du fait qu’elle se jette dans le Seyon, une rivière de faible débit. La qualité de ses effluents doit donc être excellente pour ne pas nuire aux poissons. «Nous n’avons heureusement que rarement de problèmes à ce niveau-là» note Johny Burger.

«Bien que les choses puissent sembler simples, j’apprends tous les jours quelque chose. Cela implique un investissement personnel assez considérable» avoue sans retenue le responsable de la Step. «Ce travail engendre beaucoup d’inquiétude et d’angoisse, mais il permet de prendre réellement conscience de l’utilité de ce que l’on fait. Il nécessite aussi de suivre des formations continues en permanence pour se tenir au courant des plus récentes évolutions».

 

 


Quand station d’épuration rime avec parc naturel

Le site sur lequel est implantée la station d’épuration du Haut Val-de-Ruz a été choisi dès le départ pour y ériger un Parc naturel homologué en tant que tel par la Fondation Nature & Economie, soutenue notamment part l’Office fédéral de l’environnement, le Gaz naturel et l’Association suisse des sables, graviers et bétons. Une partie du toit plat a été végétalisé pour que la végétation et des insectes s’y développe. Un étang, dans lequel les eaux de la station se déversent avant de rejoindre la rivière du Seyon, abrite une faune et une flore sauvages sur une large parcelle laissée en friche. Bordée de buissons et arborisée, elle sert de perchoirs naturels aux espèces rares durant leur migration tout en accueillant les insectes. Les libellules s’y développent en toute quiétude, les hirondelles trouvent de la boue pour construire leur nid. Un inspecteur délégué par la Fondation est venu contrôler si le site répondait aux critères relatifs à la protection de la nature, et la certification - qui doit être renouvelée tous les trois ans - a été une fois de plus attribuée au site en 2006. Cet engagement en faveur de la nature a été aussi récompensé par une certification de management environnemental attestée par la norme ISO 14'001.

Combien cela coûte-t-il? C’est la question que l’on pourrait se poser. «Nous avons plutôt économisé de l’argent car nous ne tondons pas la parcelle régulièrement, nous limitant à faucher les hautes herbes de temps en temps» rapporte Johny Burger, responsable de la station. Il faut aussi consacrer quelques heures à la taille des arbres, mais ces travaux se font pendant les heures creuses. La preuve que le respect de l’environnement peut très bien s’allier à l’épuration des eaux usées.

Ce label a aussi été attribué à la Step de la ville de Neuchâtel pour les mêmes raisons. Les efforts en faveur de la protection de l’environnement s’y poursuivent en plantant des buissons et des plantes grimpantes indigènes qui tapissent les parois de béton, nues et inesthétiques des constructions donnant sur le port du Nid-de-Crô. Le cheminement à l’est de la Step a aussi pris un caractère plus verdoyant et agréable pour les passants qui sont plus nombreux à fréquenter ce sentier depuis l’ouverture du complexe sportif et commercial de La Maladière.

P.-H. B.

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