Inaugurée en septembre 2007, la station d’épuration des eaux de la Baroche est basée sur un procédé totalement naturel. Il en existe trois de ce type dans le canton du Jura, mais c’est la plus importante. Et elle fonctionne à pleine satisfaction de ses exploitants et usagers. Suivez le guide.
Pierre-Henri Badel
Implantée sur la commune de Fregiécourt, la station naturelle d’épuration des eaux (SNEP) de la Baroche est le fruit d’une collaboration intercommunale chapeautée par le Syndicat des eaux de la Baroche (SEB). Cette réalisation s’est fait dans le cadre de l’assainissement du réseau des eaux des communes qui abritent les villages d’Asuel, des Pleujouse et de Fregiécourt où les eaux claires et usées finissaient jusqu’ici sans traitement dans la rivière qui baigne le vallon.
Se conformer aux injonctions de la Confédération
Menacés de sanctions s’ils ne se mettaient pas en conformité avec la réglementation sur les eaux usées, les trois villages décidèrent en septembre 2002 de se lancer en commun dans la construction d’une station d’épuration et de mettre leur réseau d’eaux usées en séparatif. Au total, ce ne sont pas moins de 8 km de canalisations, raccordements compris, qui ont été posés pour diriger les eaux usées depuis les habitations jusque vers la station de traitement. La construction de celle-ci a été conçue en vue de pouvoir offrir une capacité de quelque 700 équivalents habitants alors que la population résidente des communes concernées n’atteint actuellement que 430 personnes. Une surcapacité motivée par la volonté de préparer l’avenir, d’autant que la sortie d’une bretelle de la Transjurane se trouve à proximité, ce qui pourrait redynamiser l’activité et l’habitat dans la région.
L’intérêt de la solution retenue est que l’ensemble des eaux arrive par gravitation jusqu’à la station située en aval des trois villages. La commune de Fregiécourt accepta de louer un terrain situé dans la plaine s’étendant entre le village et la bourgade de Cornol où le sol est gras et étanche en raison de la présence d’une marne imperméable dans le sous-sol. La conception de la station a été confiée à la société Biotech de Vicques (JU) qui jouissait déjà d’une bonne expérience de ce type de réalisations. La Step de la Baroche est en effet la quatrième après celles de Beurnevésin, inaugurée en juin 2003, de La Pommera et des Enfers, la plus récente des trois. Le système utilisé a déjà fait ses preuves, notamment en France. Il se base sur un brevet déposé par la société Sint d’Aix-les-Bains qui a effectué les calculs de dimensionnement de la filtration. Ce choix a été uniquement motivé par des critères de coûts de fonctionnement, nettement inférieurs à ceux d’une station mécanique.
Un procédé entièrement naturel
A l’entrée de la station d’épuration, les effluents sont dirigés vers un premier étage de traitement constitué de trois filtres de 400 m2 qui reçoivent successivement les eaux usées arrivant du collecteur. Chaque filtre est noyé tout à tour durant trois à quatre jours, puis l’eau y repose durant une dizaine de jours. Pendant ce temps, les effluents traversent trois couches de gravier de granulométrie différente réparties sur une couche totale d’un mètre d’épaisseur. Associée aux roseaux, ce mélange forme un substrat favorable au développement d’un biotope où les bactéries et micro-organismes épurent les eaux polluées.
L’eau est ensuite dirigée automatiquement par siphonage vers un deuxième étage de traitement constitué de deux filtres de 400 m2 où l’eau subit une phase de stabilisation durant une dizaine de jours pour achever la phase de traitement bactérien. Alors totalement épurée, l’eau s’écoule au travers d’une canalisation jusque dans l’Erverate qui coule à proximité avant de rejoindre le ruisseau du Fâtre, puis l’Allaine.
Plus que satisfaits du résultat
Au total, 2200 m3 de gravier ont été amenés dans les filtres de la station d’épuration. Et il a fallu poser 1,9 km de tuyaux pour diriger l’eau au travers des filtres de la station jusqu’à l’endroit de leur libération dans la nature. La granulométrie du gravier déposé dans les bassins de traitement diminue au fur et à mesure que l’on s’approche de la surface supérieure de la couche filtrante. En surface, elle est extrêmement fine. A l’issue de la phase de traitement, les matières en suspension dans les eaux usées se minéralisent pour constituer une sorte de terreau. Un système qui semble très bien fonctionner, bien que l’on puisse croire qu’il reste un peu rustique. Mais c’est ce même procédé que l’on reproduit dans les stations mécaniques sous une forme beaucoup plus compacte et dans des bassins qui accélèrent le processus de purification. Cette simplicité se répercute pourtant directement sur la fiabilité de l’installation et les coûts d’exploitation.
«Nous venons de boucler la première année d’exploitation et nous sommes extrêmement satisfaits du fonctionnement de l’installation» reconnaît Jean-Pierre Gindrat, maire de Pleujouse, président du Syndicat intercommunal des eaux de la Baroche (SEB) et responsable de l’exploitation de la Step. Les analyses effectuées donnent en effet de très bons résultats et on peut lire sur le rapport de l’Office de l’environnement du canon du Jura que les rendements sont qualifiés d’excellents. Le taux de matières en suspension a été ramené de 225 à 2 mg/l, soit un rendement de 99,1%; celui des DBO5, de 161 à 2 mg/l (ce qui représente une rendement de 98,8%) et celui du NH4, de 19,7 à 0,4 mg/l (pour un rendement de 98,2%).
«Pour la première année, les coûts d’exploitation ont été de 8000 francs, soit environ 10 francs par équivalent habitant alors que ce montant peut atteindre 40 francs avec une station électromécanique traditionnelle, suivant sa taille, la charge des eaux et les conditions de fonctionnement. Il s’agit surtout de payer les préposés qui passent une fois tous les deux jours pour contrôler le fonctionnement de la station. Le seul véritable travail consiste à faucher les roseaux régulièrement» rapporte Jean-Pierre Gindrat.
Fonctionnement en parfaite autarcie
Cette station travaille automatiquement sans apport d’énergie externe pour la faire tourner. Seul un panneau solaire alimente le portail d’entrée du site qui a dû être clôturer pour éviter que des animaux sauvages viennent échouer dans les bassins. «Tout le monde est satisfait» se réjouit Jean-Pierre Gindrat. «Les poissons reviennent dans la rivière comme dans les années 50 et l’équilibre naturel se rétablit» poursuit-il avec satisfaction. Ce système présente en outre l’avantage de ne pas créer de boues d’épuration dont il faut ensuite se débarrasser. «Nous n’avons qu’à râteler de temps à autre les bords des bassins» précise-t-il.
«Seule anicroche rencontrée, le fait de devoir entreprendre des travaux de terrassement supplémentaires qui n’étaient pas prévus à l’origine car l’eau de la station arrivait dans la nappe phréatique à la sortie du deuxième étage. Il a donc fallu étancher le bassin même si, théoriquement, cela n’aurait pas été nécessaire au vu de la qualité des eaux obtenue à la sortie» note pour sa part François Gerber, ingénieur chez Biotech. «Si on ne l’avait pas fait, on n’aurait simplement pas pu mesurer les résultats de manière fiable».
Cette réalisation a nécessité un investissement de 4,2 millions de francs. Sur ce montant, les subventions de l’Office des eaux et de la protection de la nature du canton du Jura ont atteint 1,3 million de francs. La Confédération a en outre participé à hauteur de 40,5% au coût de la construction. Seule concession financière consentie par rapport au budget de ce projet qui misait sur la durabilité, la préférence donnée à des tuyaux de distribution dans la station réalisés en acier inoxydable plutôt qu’en PVC, plus fragile. Cela a induit des dépassements de crédit volontaires et justifiés de l’ordre de 75 000 francs, approuvés aussi bien par le canton que la Confédération. «A part ce léger surplus, nous n’avons enregistré aucun autre dépassement» relève Jean-Paul Gindrat avec fierté.
Pas de risque de noyade de l’installation
Les filtres se trouvant exposés aux intempéries, on pourrait imaginer que l’installation soit exposées à des risques de submersion. Ce n’est pas le cas car chaque village dispose d’un déversoir d’orage doté d’un régulateur de débit qui détourne les eaux excédentaires vers le ruisseau. Les bassins de traitement de la station font en outre office de réceptacles de rétention capables d’accumuler jusqu’à 200 m3 d’eaux pluviales. En cas de crues exceptionnelles, un trop-plein d’une capacité de 750 m3 retient les eaux excédentaires, qu’il s’agisse de l’eau de pluie ou des eaux usées, avant de procéder à leur traitement puis à les relâcher dans le ruisseau. Les fortes précipitations que la région a subi au mois d’août dernier ont démontré que le principe défini sur le papier fonctionne également parfaitement dans la réalité.
La station des champs contre la station des villes
Une telle installation comporte pourtant l’inconvénient d’avoir une emprise étendue au sol. Elle est donc bien adaptée en zone rurale mais moins bien en milieu urbain où la place est comptée et coûteuse. La station d’épuration des eaux de la Baroche comprend ainsi cinq filtres de 400 m2, soit une surface totale de 2000 m2 pour 700 équivalents habitants. Cette importante emprise ne pourrait convenir dans les grands centres urbains, même si l’impact sur le paysage est fort réduit. La station jurassienne se présente en effet sous la forme de surfaces rectangulaires de quelques centaines de mètres carrés, partagées par des serpentins de tuyaux quasiment dissimulés par les roseaux et qui ne dégagent pas d’odeur.
Cette solution naturelle présente encore un autre atout: elle évite de devoir tirer des canalisations sur de longues distances jusqu’à une station centralisée de grande taille dont la construction suscite toujours des oppositions de la part des riverains. Dans ce sens, la dissémination de stations plus modestes situées su les lieux-mêmes des sources de pollutions est un concept beaucoup mieux accueille par la population.






