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Les réseaux d’adduction en eau à l’abri des PCB

L’interdiction de la pêche décrétée dans les cantons de Fribourg et du Jura ont brusquement mis le doigt sur des graves problèmes de pollution au PCB dans les cours d’eau. Un groupe de travail chargé d’étudier ce dossier vient d’être constitué au niveau fédéral. Mais il s’agit aujourd’hui d’agir rapidement sans se laisser aller à de la précipitation qui risquerait encor d’aggraver la situation. Au-delà de la contamination des poissons dont on a largement parlé, qu’en est-il des dangers auxquels sont confrontés les humains en raison de la teneur en PCB dans les réseaux d’adduction des eaux potables. Enquête.

Pierre-Henri Badel

Alors que toutes les mesures ont été prises pour améliorer très largement le traitement des eaux usées évacuées des habitations, et que l’efficacité des stations et des réseaux d’épuration se sont sensiblement améliorées au cours de ces dernières décennie, c’est maintenant un autre phénomène qui menace la santé de nos cours d’eaux. Les PCB, abréviation de leur nom chimique, les polychlorobiphényles, s’avèrent particulièrement dangereux pour la  santé s’ils sont ingérés en forte dose.

 

Une attirance pour les chairs dodues

La particularité des PCB est qu’ils se fixent dams les graisses. Les poissons et les animaux sont donc les principaux appâts par ces produits chimiques. Ils se fixent dans leurs graisses et s’y accumulent, ce qui les rend impropre à la consommation si le phénomène est trop marqué. C’est pour cette question que des interdictions de pêche ont été éditées ponctuellement sur certains tronçons de cours d’eau. En tout état de cause, il s’avère donc qu’en évitant d’ingurgiter de trop grandes quantités de poissons d’âge avancé, le danger reste actuellement relativement restreint en terme de santé publique pour la population. Et les instances fédérales et cantonales ne manquent pas de précéder à des relevés réguliers des résidus de PCB dans les rivières et les lacs.

Les risques sont par contre nettement moins importants de retrouver des PCB en quantité élevées dans les eaux pompées dans les cours d’eaux et les lacs car les filtres des stations de pompage les éliminent semble-t-il assez facilement. A tel point que l’office fédérale de la santé publique (OFSP) n’a pas jugé opportun de réaliser ou organiser de campagne d’analyse de la teneur en PCB dans le réseau de distribution d’eau. Et cela quelque soit le type de filtres utilisés dans ces stations de relevage.

 

Les PCB sont retenus dans les filtres

Du côté de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), on a bien lancé un vaste programme de monitoring des eaux souterraines, mais ce programme, appelé Naqua, ne prévoit pas d’analyses de routine englobant les PCB. «Il est important de préciser que les PCB sont des substances lipophiles et, de ce fait, ne sont quasiment pas solides dans l’eau» souligne Beat Brüschweiler, de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) à Berne. «Leur présence dans les eaux de surface est essentiellement due au fait que ces PCB se lient fortement aux particules en suspension» poursuit-il. «Par contre, dès que l’eau en question est filtrée et ne contient dès lors plus de particules, la teneur en PCB n’est alors pratiquement plus décelable» enchaîne-t-il.

La consommation d’eau potable ne constitue donc pas une source de contamination importante. Par contre, les PCB liposolubles peuvent plus particulièrement s’accumuler dans les aliments gras tels que le lait, le beurre, le poisson et la viande. Celles-ci s’avèrent donc des sources d’expositions plus pertinentes aux PCB.

Les PCB ayant été surtout décelés dans la chair de certains poissons de nos rivières, cela a conduit les autorités cantonales en charge de la protection des consommateurs et de l’environnent à analyser l’eau de ces cours d’eau en vue d’essayer de trouver les sources de telles contaminations. Si les teneurs en PCB s’avéraient importantes dans l’eau brute, le traitement conventionnel par filtration permettrait d’éliminer la plupart des impuretés qui y resteraient en suspension. De plus, un traitement ciblé de l’eau sur des filtres au charbon actif est à même d’accorder une garantie supplémentaire.

 

Des investigations débouchent sur des teneurs indécelables

«A ce jour, les quelques résultats ponctuels des analyses effectuées sur les réseaux d’eau potable n’ont pas permis de mettre en évidence des contaminations significatives» rassure Beat Brüschweiler. En 2008, après avoir détecté de telles substances dans la Birse, le laboratoire cantonal de Bâle-Campagne s’est penché sur la présence de PCB dans l’eau potable. Les résultats de ces investigations montrent que l’eau potable concernée ne contenait pas de concentrations détectables de ces substances. Il est à relever que la limite de détection des méthodes analytiques actuellement usitées est de l’ordre de grandeur du nanogramme de PCB par litre d’eau (soit 0,00001 milligramme par litre).

 

Les propos du responsable la direction de la protection des consommateurs sont étayés par l’avis d’André Cominol, adjoint du chimiste cantonal de genève. Celui-ci confirme que les concentrations des PCB dans les réseaux d’adduction en eau potable sont beaucoup trop faibles pour avoir un impact sur la santé. «Le risque proviendrait beaucoup plus de la présence de résidus de pesticides et de produits médicamenteux» souligne-t-il.

Il soulève encore le fait que les PCB étant volatils, ils sont poussés par le vent et retombent sur les terres agricoles où ils sont absorbés par les animaux. Certains d’entre eux finissant dans nos assiettes, il faut aussi être vigilant à la viande que l’on absorbe, et pas un uniquement au poisson.

«La présence de PCB dans l’environnement et leur accumulation dans la chaîne alimentaire sont la plupart du temps un problème lié la proximité de sites contaminés» tempère Beat Brüschweiler. «Il faut donc poursuivre les campagnes de recherche de sources de PCB dans les bâtiments, les installations électriques et les sites contaminés afin de pouvoir prendre des mesures correctives adéquates» lâche-t-il encore.

Un constat rassurant pour l’eau qui coule dans nos robinets d’autant plus que les efforts en cours pour éliminer les PCB contenus dans les décharges commencent à tirer leurs fruits et l’utilisation de ces substances sont déjà interdites de manière générale depuis 1986.

 


Les polychlorobiphényles

Egalement appelés biphényle  polychlorés, les polychlorobiphényles (ou PVB) sont des substances chimiques synthétiques qui constituent une famille de 209 substances congénères. On les distingue grâce au nombre et à la position des atomes de chlore dans les deux anneaux de phénol.

Les PCB font partie de la famille des polluants organiques persistants (POP). Ils sont difficilement dégradables et s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Omniprésents dans l’environnement, ils sont ingérés quotidiennement en petites quantités par le biais de la nourriture.

Ayant adhéré à la Convention de Stockholm, la Suisse s’est engagée à identifier le plus rapidement possible tous les PCB et à les détruire dans des installations ad hoc.

Les PCB étaient principalement utilisés pour isoler des condensateurs et des transformateurs mais aussi à titre d’additifs dans l’huile hydraulique ou dans les vernis, résines, plastiques, encres d’imprimerie, colles et autres masses d’étanchéité des joints.

La Suisse a interdit l’utilisation des PCB dans les systèmes ouverts en 1972 en raison de leur nocivité pour l’homme et l’environnement. Une interdiction générale a suivi en 1986. Les mesures de réduction prises depuis cette date ont permis de baisser notablement la charge de PCB à laquelle est exposée la population. Il ne reste pas moins que des résidus de PCB continuent à refaire surface et à polluer les eaux suite à la mise en décharge d’objets fabriqués industriellement. Cela a été le cas en particulier dans la décharge de la Pila (Fribourg) qui refermait des restes de condensateurs fabriqués en sont temps par une usine de la place.

On retrouve cependant aussi des résidus de PCB dans les peintures intérieures des habitations, de même que dans les joints et les revêtements anticorrosion.

Il s’agit aujourd’hui de poursuivre ces efforts jusqu’à ce que les teneurs élevées en PCB soient définitivement éradiquées de notre environnement.

 

 

 

 

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