Les premiers projets d’assainissement des eaux usées ont démarré dans les années 60 et une deuxième campagne remonte aux années 70. Une nouvelle norme unifie les méthodes et les pratiques dans l’ensemble de la Suisse.
Pierre-Henri Badel, adi-presse
Jusqu’ici, l’entretien des canalisations pour les eaux usées était largement laissé à l’appréciation des cantons et des communes. Certains ont procédé régulièrement aux travaux de maintenance et de réparation alors que d’autres attendaient que les ennuis apparaissent pour effectuer les réparations qui s’imposaient. Une politique qui s’avérait souvent onéreuse car, en intervenant dans l’urgence, les travaux étaient souvent très intrusifs.
Une directive qui tient compte des évolutions techniques et des enseignements
La nouvelle directive de l’Association suisse des professionnels de la protection des eaux (VSA) impose désormais aux cantons, communes et propriétaires de réseaux d’assurer un entretien régulier et approprié de leur réseau d’eaux usées selon un plan d’inspection et de contrôle idoine. Les méthodes et équipements de contrôle sont aussi décrits en détail dans cette directive, ce qui est particulièrement intéressant compte tenu de l’évolution des nouvelles technologies, en particulier dans l’utilisation de caméras de surveillance et de l’utilisation d’installation (camions) de curage qui permettent de recycler l’eau injectée dans les canalisations pour leur nettoyage afin de la réutiliser ultérieurement.
La nouvelle directive tient aussi compte des derniers enseignements collectés au fil des ans. En particulier du fait que, par exemple, ce n’est pas forcément la pression de curage qui est déterminante pour l’efficacité de l’opération, ce que l’on pouvait présumer logiquement, mais bien le débit et la quantité d’eau déversée dans les canalisations. La nouvelle directive accepte aussi que le curage se fasse si nécessaire moins souvent, mais surtout quand cela s’avère nécessaire et aux endroits les plus exposés ou les moins pentus. Et cela grâce à une systématisation de la surveillance.
Ces quatre nouvelles directives du VSA, élaborées en 2007 et entrées en vigueur au début de 2009, remplacent en fait les deux précédentes (n’existant qu’en allemand) datant respectivement de 1992 et 1996. Les cinq autres, édictées entre 1998 et 2003, restent par contre inchangées. Le plat de résistance de ces nouvelles directives concerne surtout la planification des opérations de surveillance et d’entretien qui incombent aux propriétaires de réseaux, répartis généralement en trois catégories, explique Aki Kleiner, des Services industriels de Genève (SIG). C’est en tout cas la situation qui prévaut dans la cité de Calvin: on distingue le réseau privé (qui débouche des habitations), le réseau secondaire (communal) et le réseau primaire cantonal qui interconnecte les réseaux communaux.
Séparation entre la possession et l’entretien
Conformément aux directives fédérales, les propriétaires peuvent confier l’exploitation et l’entretien de leur réseau d’épuration à des tiers. C’est le cas du canton de Genève qui a confié l’entretien de son réseau primaire aux SIG avant de lui en transmettre plus récemment la propriété. Compte tenu des dispositions de la nouvelle directive, les SIG se sont vu confier le mandat d’entretien des réseaux secondaires de seize communes sur les 45 que compte la République (situation valable en 2009). «Cela représente au total 500 km sur les 1500 constituant l’ensemble des réseaux communaux du canton. Même certaines grandes communes se sont déchargées de cette mission au profit des SIG. Cela permet d’assurer l’entretien des réseaux de manière cohérente» se réjouit Aki Kleiner. «Par le passé, certaines communes qui venaient de curer leurs réseaux s’étonnaient que ces derniers soient à nouveau obstrués peu de temps après. Cela provenait du fait qu’une commune située en amont avait procédé de même tout récemment et que les résidus de son réseau avaient ainsi atterri dans les canalisations toutes propres de celle située en aval» relate Aki Kleiner.
Un référentiel unifié et commun à l’échelle européenne
Jusqu’ici, l’état des canalisations était évalué au moyen de référentiels qui n’étaient pas unifiés à travers tout le pays. Chaque bureau de surveillance, chaque géomètre ou chaque bureau de l’Etat définissait ses propres matricules pour indiquer les types de défauts ou l’état des canalisations. En reprenant le même système de codage que celui qui a été adopté au niveau européen, tous les cantons, communes, bureaux de géomètre et propriétaires de réseau parlent désormais la même langue en ce qui concerne les particularités et l’état des canalisations. Cela facilite grandement l’établissement de comparatifs et de listes de contrôle. Les responsables de la gestion des réseaux peuvent ainsi disposer de précieuses indications pour leur travail quotidien.
Par ailleurs, ce référentiel a été complété par des indications complémentaires qui n’étaient pas répertoriées jusqu’ici, bien que fort utiles dans une gestion moderne des réseaux d’eaux usées. Ce changement de paradigme touche également le système de notation de la qualité des canalisations et de l’importance des défauts constatés. Il faudra pourtant que les professionnels se familiarisent avec ce nouveau système de valeurs.
La balle est dans le camp des communes
Dans le canton de Genève, une directive basée sur les recommandations de la VSA va entrer en vigueur le 1er janvier 2010, une directive validée également par l’Association des communes genevoises. Ces dernières doivent ainsi déposer le plan d’exploitation de leur réseau d’eaux usées d’ici mi-2009. «Cela pourra amener d’autres communes à confier l’exploitation de leur réseau aux SIG» estime Aki Kleiner.
En plus de cela, les communes devront établir des rapports annuels sur l’état de leurs canalisations, ce qui constitue également un défi supplémentaire pour elles. «Nous ne sommes pas là pour faire leur travail mais, dans certains cas, nous pourrons leur donner des conseils et les soutenir dans cette tâche» admet-il en sa qualité de responsable d’exploitation de réseau.
Une collaboration transfrontalière exemplaire
Dernier maillon faible dans le réseau d’épuration des eaux du canton de Genève, la Step du Nant-d’Avril vient d’être mise hors service après 50 ans d’exploitation, celle-ci ne répondant plus aux exigences actuelles. Jusque-là chargée d’assurer le traitement des eaux usées de Meyrin et de son bassin versant, elle a été remplacée par la toute nouvelle Step du Bois-de-Bay dont la construction avait débuté en 2006. Pour canaliser les eaux en provenance de la cité satellite genevoise, il aura fallu creuser deux galeries souterraines de 2,4 km au total (galeries de Merdisel et de Choully). En vertu d’une intelligente politique de collaboration transfrontalière, la nouvelle station d’épuration prend aussi le relais de deux autres Step, également sous-dimensionnées compte tenu de l’évolution démographique de la région genevoise, situées sur territoire français. Il s’agit en l’occurrence des stations de Journans et de l’Allondon, dans le bassin versant de la rive droite du Rhône.
La nouvelle station du Bois-de-Bay offre une capacité de traitement de quelque 130 000 équivalent-habitant. C’est la deuxième du canton en terme de capacité, derrière celle d’Aïre qui permet de traiter un débit de 600 000 équivalent-habitant. Acceptée par le Grand Conseil genevois le 27 janvier 2006, la construction de la Step du Bois-de-Bay permet de desservir 17 communes, dont six en Suisse (Aire-la-Ville, Dardagny, Russin, Satigny, Vernier et Meyrin) et onze sur territoire français (Thoiry, St-Genis-Pouilly, Sergy, Crozet, Chevry, Ornex, Prevessin-Moëns, Segny, Gex, Cessy et Echenevex).
A noter qu’en plus de l’enveloppe budgétaire de 122 millions de francs approuvée par la Suisse pour la réalisation de la station d’épuration et de la galerie de Merdisel, la France financera pour sa part à hauteur de 15 millions d’euros la galerie de Choully (sur territoire suisse) destinée à rediriger les eaux françaises sur sol helvétique.
Pierre-Henri Badel






