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Protection incendie: des responsabilités complexes

L’engagement dans les services de protection contre les incendies s’avère être une tâche toujours plus complexe et, surtout, confrontée à des responsabilités accrues. Et la difficulté à trouver de nouveaux candidats miliciens dans les corps de pompiers volontaires pousse les grandes communes à professionnaliser leurs effectifs. Ou tout au moins à innover en matière de recrutement.

 

Pierre-Henri Badel, adi-presse


Les tâches chaque jour plus complexes auxquelles sont confrontés les corps de sapeurs pompiers exigent d’eux des connaissances plus poussées et une formation technique à la hauteur de leurs responsabilités. L’apparition de véhicules hybrides sur les routes et les impératifs toujours plus exigeants en matière de protection de l’environnement obligent les pompiers à relever des défis qui ne leur sont parfois pas familiers.

La formation et les exercices sur de telles situations s’avèrent donc de plus en plus nécessaires. «Cela demande beaucoup d’engagement personnel de la part de chacun, causant ainsi des difficultés supplémentaires en matière de recrutement» note Louis-Ernest Sidoli.

 

La formation doit être adaptée

Les exigences de la formation s’accroissent. En ce qui concerne les instructeurs, un test d’entrée a été introduit en 2004 et, depuis 2006, ils doivent suivre des cours de perfectionnement tous les cinq ans s’ils entendent conserver leur fonction, leur formation initiale à elle seule ne pouvant plus suffire. Au vu des responsabilités qu’ils ont à assumer, les soldats du feu ne peuvent en effet plus se permettre des lacunes en matière de formation.

Par ailleurs, confrontées à un environnement économique toujours plus compétitif, les entreprises rechignent désormais à libérer leurs employés pour des interventions en cas d’incendie et d’accident, ou pour des exercices et des cours de formation. Et cela, quand bien même l’engagement dans un corps de sapeurs-pompiers constitue une excellente initiation au travail en équipe, un avantage fort appréciable aujourd’hui dans la réalité quotidienne des entreprises.

 

 

La fusion pour solution

«A long terme, il est donc fort possible que l’on se dirige vers l’abandon de la fonction de pompier bénévole» regrette Louis-Ernest Sidoli, chef du service de la sécurité et de la salubrité dont dépendent les pompiers de la commune de Bagnes (VS). Si les grandes villes ont déjà fait le pas depuis longtemps, les plus petites ne le franchissent que depuis quelques années. C’est précisément ce qui s’est passé récemment à Lugano, dans les Montagnes neuchâteloises (en 2002) et ce qu’étudie actuellement la ville de Fribourg. «Aujourd’hui, les autorités sont plus ouvertes à l’idée de fusionner leurs services de pompiers, mais à une certaine époque, il n’en aurait pas été question» reconnaît Louis-Ernest Sidoli.

Quoi qu’il en soit, même si la situation n’est pas encore critique, les effectifs des pompiers volontaires baissent et il s’avère difficile aujourd’hui de recruter suffisamment de bénévoles pour cette tâche. Pour résoudre cette problématique, une solution consiste à regrouper les corps de différentes communes. «Nous avons été les premiers à le faire dans le Valais» rappelle en l’occurrence Louis-Ernest Sidoli.

 

 

Recrutement problématique dans les villages touristiques

Selon Louis-Ernest Sidoli, à moyen terme, les administrations communales devront obliger une partie de leur personnel à assumer des tâches liées à la lutte contre les incendies et les accidents dans le cadre des corps de sapeurs-pompiers volontaires. Un des premiers responsables à se trouver confronté à cette question de relève dans les corps de pompiers, il mentionne aussi le fait que, dans des stations d’hiver telles que Verbier - dont la population dépasse les 10 000 habitants pendant la haute saison - les jeunes indigènes n’ont plus les moyens d’assumer les loyers pratiqués actuellement» regrette-t-il. «Ils sont obligés de quitter la région, rendant d’autant plus difficile le recrutement de sapeurs-pompiers dans les villages de vacances. Dans ces conditions, il devient très problématique d’intervenir dans les 10 minutes - délai imposé après une alarme - alors que les risques y sont particulièrement importants en raison de la forte densité de leur population.

«Il y a cinq ans, nous avions lancé une campagne de recrutement qui nous avait permis de trouver dix volontaires. Aujourd’hui, ils ne sont plus que six à avoir poursuivi» déplore Louis-Ernest Sidoli. «Plus on avance, plus les problèmes de manque d’effectif sont aigus».

 

 

Une formation qui doit devenir plus attrayante

Dans le Valais, la commune de Montana dispose désormais d’un corps de pompiers semi-professionnels. Quant au contingent de la vallée de Bagnes, il atteint aujourd’hui 80 pompiers alors qu’il comptait quelque 200 personnes au moment de la fusion, en 2007, des corps des trois communes composant la nouvelle entité.

Si l’effectif s’avère encore suffisant, il faudra néanmoins prendre des mesures pour rendre ce métier plus attrayant, par exemple en proposant des activités plus diversifiées aux volontaires. Actuellement, 35 hommes ont suivi une formation leur permettant de conduire des véhicules. «Et nous en formons cinq à six nouveaux par année» précise Louis-Ernest Sidoli.

 

 

 


Le nouveau brevet

Cela ne fait que depuis février 2008 que le métier de sapeur-pompier est reconnue par l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT). Pour prétendre à ce titre, il faut désormais que les candidats suivent un programme de formation englobant une multitude de matières telles qu’elles ont été définies sur le plan fédéral. Il s’agit d’une formation duale alternant les cours théoriques et les stages pratiques et destinée à des jeunes déjà engagés dans un des 14 corps de pompiers professionnels de Suisse.

Cette nouvelle filière de formation remplace les cours dispensés jusqu’ici par chaque corps de pompiers pour répondre à leurs besoins particuliers. Il s’agit en réalité d’une filière de perfectionnement qui implique toujours, préalablement de la part des candidats, comme c’était déjà le cas auparavant un peu partout, d’avoir suivi une formation initiale dans un métier utile à l’exercice de la profession de sapeur-pompier.

Le programme de cette nouvelle filière commune pour l’ensemble de la Suisse définit le standard de formation, détermine le contenu et l’organisation des cours ainsi que du plan de formation. Il s’étend sur une période de 18 mois au total avec les stages, dont 6 mois de formation théorique et 12 mois de formation métier. Les examens finals se déroulent sur deux jours et sont supervisés par des examinateurs et experts fédéraux. Auparavant, à Genève, cette formation durait entre huit à neuf mois seulement.

La première volée qui a suivi une formation selon le nouveau modèle qui vient d’entrer en vigueur, a commencé en Suisse alémanique en 2008. La première volée de la capitale économique de la Suisse a passé ses examens le 14 mai alors que celles de Berne et de Bâle le feront respectivement les 18 et 20 août 2009 et 25 et 27 août 2009.

En Suisse romande, la première volée d’élèves à suivre la nouvelle filière fédérale a commencé ses cours de formation le 4 mai 2009 avec 11 participants (dont une femme) provenant en grande majorité de Genève. Un candidat provient du corps des sapeurs-pompiers de l’aéroport et un autre vient de Neuchâtel. Cette initiative a démarré sans intégrer les candidats de la ville de Lausanne, deuxième plus important bassin de recrutement des professionnels en Suisse romande, pour des questions pratiques. La capitale vaudoise avait en effet un urgent besoin de relève à court terme et a décidé cette année encore de former ses propres professionnels selon l’ancienne méthode.

Cette apparente discordance ne devrait pourtant pas durer et les différentes instances impliquées dans la formation professionnelle en Suisse romande envisagent la mise en réseau de leurs compétences. C’est ainsi qu’une excellente collaboration s’est instaurée entre Genève et Neuchâtel en raison de leur complémentarité sur certains points. «L’élément principal de cette nouvelle formation est qu’elle est basée sur le partage des compétences en parfaite symbiose avec les autres cantons et les corps de pompiers avec la bénédiction des milieux politiques» souligne le lieutenant-colonel Raymond Wicky, commandant du bataillon de sapeurs-pompiers du Service d’incendie et de secours de la ville de Genève.

La polyvalence des types d’intervention est une particularité de la cité de Calvin, alors que la très intense activité dans le service ambulancier ainsi que la présence d’un funiculaire sont une spécificité de Neuchâtel. Or, selon les directives de cette nouvelle formation fédérale, les examens porteront sur l’ensemble de ces disciplines. C’est pour cette raison que certains modules didactiques enseignés à l’ensemble des candidats ne seront pas tous dispensés à Genève, mais bien sur le site de Neuchâtel qui offre les infrastructures adéquates pour ses spécificités.

«Cela nous a obligés d’aborder des notions qui n’étaient pas à notre programme de formation auparavant» reconnaît le major Jacques Magnin, commandant-adjoint du SIS de la ville de Genève et plus spécialement chargé de la formation, en parlant des exigences de la nouvelle filière fédérale. Quant à la question de l’accès des professionnels déjà formés à la nouvelle filière et au nouveau brevet fédéral, elle n’a pas encore été définitivement réglée. Bien que l’équivalence leur a déjà été assure pour l’intégralité de leur formation et qu’ils ne souffriront d’aucune discrimination salariale, les anciens sapeurs-pompiers recevront un certificat au lieu d’un brevet. Et cela quant bien même ils sont inscrits, comme leurs collègues ayant suivi la nouvelle formation, au registre professionnel. «Il s’avère un peu tôt pour régler tous les détails au sujet de ceux qui désireraient quand même acquérir ce nouveau titre car les choses peuvent encore évoluer. Mais nous sommes ouverts au désir de certains d’y accéder et nous n’avons fermé aucune porte» précise à ce propos le lieutenant-colonel Raymond Wicky.

Pierre-Henri Badel

 

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