Ces dernières années ont été marquées par une accélération des processus et activités opérationnelles ainsi que par de nombreuses mutations au sein des entreprises et administrations.
L'intérêt pour le management de projet s'est particulièrement développé au cours de ces dernières années. Au-delà de l'effet de mode, il s'agit d'un besoin réel au sein des entreprises et administrations. Il faut aller toujours plus vite, faire preuve d'efficacité, appréhender de nouvelles méthodes et outils de travail. La vulgarisation de cette approche et son application à une multitude d'activités ont débouché sur une meilleure structuration des outils et méthodes qui jusqu'ici relevaient surtout de l'apanage des spécialistes de l'organisation. Mais est-ce réellement nouveau sachant que, en des temps reculés, les hommes ont déjà été capables de construire les pyramides d'Egypte, le Colosse de Rhodes ou le Phare d'Alexandrie? Sans en être véritablement conscients et sans marches à suivre bien établies, ils ont dû faire preuve d'une belle dose de génie, de savoir-faire et d'organisation pour réussir de telles merveilles.
Il faut savoir vaincre les réticences
«Il est beaucoup plus bénéfique de convaincre que d'obliger» affirme Gilbert Briand, conforté par son expérience de responsable de la formation continue et adjoint du chef du personnel à l'Etat du Valais. «Mais à quoi ça sert?» entend-il souvent lorsqu'il propose à un cadre de participer à tel ou tel cours. Pourtant, après coup, il récolte très souvent d'excellents échos de la part des personnes qu'il a encouragées. Ce qu'il remarque aussi, c'est que les responsables se montrent généralement beaucoup plus enclins à acquérir des notions techniques liées à leur branche d'activité plutôt qu'à développer des compétences en management. «Il faut donc composer avec certaines réticences» constate-t-il.
L'Etat du Valais met à disposition de ses fonctionnaires quelque 80 cours dont une quinzaine destinés aux cadres, répertoriés sur une brochure rédigée en deux langues. Certains d'entre eux sont donnés à l'interne alors que d'autres sont dispensés par des instituts spécialisés, comme l'Idheap de Lausanne. «Nous ne suivons pas de canevas précis, laissant aussi la possibilité à ceux qui le souhaitent de financer eux-mêmes une formation de leur choix» précise Gilbert Briand. Il s'efforce quant à lui de répartir au mieux le budget qui lui est alloué en proposant aussi bien un menu à la carte qu'une liste de cours recommandés ou parfois ...obligatoires.
Une technique qui s'étend à tous les aspects de la vie professionnelle
«Le management de projet concerne aussi bien celui qui veut créer son entreprise que ceux qui souhaitent ou doivent mener à bien une restructuration dans un service» note en l'occurrence Claude Cherbuin qui dispense des cours dans ce domaine au sein de l'Ifage à Genève. Les techniques actuelles ont émergé surtout en raison du besoin de formaliser la méthodologie. Un terme qui pourrait paraître quelque peu barbare pour certains, risquant de les rebuter. Raison pour laquelle plusieurs instituts de formation mettent désormais l'accent sur l'aspect pratique et sur des cas concrets.
«Les étudiants nous proviennent de tous les horizons» reconnaît Claude Cherbuin. «Ce sont aussi bien des indépendants que des chefs d'entreprise ou de simples employés». Dans le cadre de cet institut, le cours se déroule en sept sessions en soirée comprenant trois périodes chacune, soit 21 au total. La méthode appliquée de type pas à pas permet d'aborder toutes les étapes de la réalisation pratique d'un projet.
Faire ressortir la dimension humaine
On entend le même son de cloche du côté d'Iteral. Mais Francesco di Pasquale insiste pour sa part sur la nécessité d'introduire un mode de fonctionnement transversal et de faire ressortir la dimension humaine de la gestion de projet. Une surprise pour les participants qui recherchent plutôt à maîtriser des techniques. Cet aspect des choses bouscule quelque peu les habitudes. «Cela oblige à faire changer les mentalités» note en l'occurrence Francesco Di Pasquale.
La méthode Perfecto qu'il applique passe par une formation de base dispensée sur quatre jours. L'apprentissage n'est pas axé uniquement sur les outils essentiels permettant de gérer des projets mais aussi, durant les deux dernières journées, sur le partage des connaissances, avec un accent particulier donné aux aspects humains.
De bons outils sont en place
Dans tout processus favorisant une évolution, on voit donc que la dimension humaine est très importante. Raison pour laquelle le programme focas - lancé à l'origine pour répondre à une volonté politique des chefs de personnel des cantons de Vaud, Genève et Neuchâtel de définir un catalogue de compétences communes aux cadres supérieurs des administrations publiques - s'il encourage le développement des connaissances techniques et méthodes organisationnelles, fait également la part belle aux qualités relationnelles et personnelles. La page d'accueil de son site résume d'ailleurs très explicitement l'option choisie: «La gestion est un art plus qu'une science: toute méthode doit son efficacité avant tout à l'habileté de celui qui l'applique; la formation doit respecter la relativité et encourager la remise en question».
Le cursus «Manager public - Vecteur du changement» proposé en 2008 s'adresse exclusivement à des cadres et responsables d'équipes. Il vise principalement à développer leur vision, mobiliser leurs compétences interpersonnelles et à les faire progresser dans leur action. Apports théoriques, exercices pratiques, travaux à effectuer entre les sessions, conférences de dirigeants actifs dans le management public sont autant d'occasions pour eux d'échanger et de discuter de cas problématiques «à chaud».
Des certifications en bonne et due forme
«Ce cursus s'étend sur 13 jours, à raison d'une volée par année de 12 à 16 personnes» rapporte Didier Rochat, du Service des ressources humaines de Neuchâtel, et membre du comité de pilotage du programme focas. «Dans les faits, un certain numerus clausus a obligé de mettre en place une démarche sélective, différente selon les cantons. A Neuchâtel, les candidats postulent et le choix s'opère en fonction du projet personnel présenté» précise-t-il. Et de citer à titre d'exemples un changement de politique au sein du service, une informatisation des prestations offertes au public au travers d'Internet ou un changement de législation à appliquer.
«Des cours de courte durée, plus largement ouverts, ont également été élaborés. S'ils ont été relativement bien fréquentés par des fonctionnaires en provenant des petits cantons, ceux de Genève ou Lausanne ne se sont que peu déplacés, ayant plus de difficulté à se libérer. Par contre, les events d'une journée ont connu un large succès, avec une centaine de participants à chaque édition» se réjouit Didier Rochat.
Des certifications en perspective
«En ce qui concerne les développements à venir, la tendance ira vers plus de certifications élaborées avec la collaboration des hautes écoles, d'abord au niveau cantonal et, dans un futur plus lointain, peut-être au niveau suisse» rapporte également Didier Rochat. Allant dans ce sens, la Haute Ecole de Gestion Arc a déjà mis sur pied en collaboration avec l'Office de la formation continue de l'Etat de Neuchâtel un programme modulaire menant à un Certificat de formation continue en gestion publique. Trois options sont possibles: secrétariat de direction; pilotage de projets transversaux; pilotage d'équipes.
Cette formation comprend 20 jours de cours, des contributions personnelles ainsi qu'un travail de fin d'études élaboré sur la base d'une problématique gestionnelle tirée de l'environnement professionnel du candidat et défendu devant un jury. Au nombre des objectifs de cette formation, on trouve des notions telles que comprendre les enjeux financiers, politiques et légaux d'une administration publique; développer des stratégies de modernisation des services publics avec une orientation «client»; accroître l'assurance personnelle et le leadership par une meilleure connaissance de soi; maîtriser des techniques de communication, de négociation et de gestion des conflits.
Un institut de haute renommée
L'Institut de hautes études Idheap, associé à l'Université de Lausanne et accrédité par la Confédération, propose pour sa part un programme d'études conduisant à l'obtention d'un Mastère en administration publique (MPA). Le programme MPA, d'une durée de deux ans, peut être débuté à chaque trimestre, la première année étant consacrée au cours de base et la deuxième année, aux cours à choix. Il peut aussi être suivi à plein temps sur une année au minimum ou être prolongé jusqu'à trois ans.
Très satisfaite d'avoir suivi cette formation alors qu'elle travaillait à mi-temps à la Ville de Neuchâtel, Viviane Musumeci estime qu'elle constitue une très bonne complémentarité avec l'université. «Elle est en lien direct avec le travail que l'on effectue au quotidien et est donc très utile, notamment pour se former en droit administratif. J'ai également beaucoup apprécié les contributions des intervenants externes ainsi que les liens que nous avons pu créer entre étudiants» conclut-elle.
En dehors de ce cursus de haut niveau, l'Idheap organise aussi des séminaires de formation continue de courte durée auxquels participent des personnes envoyées par les différentes administrations cantonales de Suisse romande. «Les enseignants assument souvent d'autres responsabilités professionnelles en dehors des cours qu'ils dispensent. Ils leur arrivent ainsi de mettre leurs compétences à contribution pour répondre à des demandes plus spécifiques» ajoute en complément la secrétaire de la chaire Politiques locales et évaluation des politiques publiques.
Une certitude en tout cas se dégage de ce petit tour d'horizon: fini le temps où un employé, CFC en poche, entrait au service de l'Etat et grimpait tranquillement les échelons hiérarchiques. Cette image du fonctionnaire reposant sur ses acquis et à l'abri de toute turbulence est résolument dépassée. Aujourd'hui, les cadres sortent de l'Université ou de hautes écoles et doivent rester performants. Les collectivités publiques s'efforcent donc de leur offrir des outils qui leur permettront non seulement d'accomplir leurs tâches administratives avec efficacité mais aussi d'instaurer un certain dynamisme au sein de leur équipe de collaborateurs.








