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Vaud rapatrie son informatique

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François MarthalerDevenue une hydre dans les années 90, l’informatique cantonale vaudoise est passée par une phase de mise en quarantaine en terre bernoise avant de revenir à petits pas dans la patrie du Major Davel. Elle est aujourd’hui regroupée sous une même direction et entame une cure de jouvence selon une ligne définie par les orientations stratégiques du Conseil d’Etat en matière de systèmes d’information.


 

Pierre-Henri Badel, adi-presse


Aujourd’hui, s’il reste encore ça et là quelques solutions informatiques isolées qui échappent à la supervision de la Direction des systèmes informatiques (DSI), la grande majorité des ordinateurs et des applications en dépendent directement. «Ma première action de conseiller d’Etat a été de créer la DSI pour regrouper l’ensemble de ce qui avait trait à l’informatique au sein de l’administration cantonale» rappelle François Marthaler. On était alors en 2004.

Il faut dire que l’informatique du canton était au cœur des préoccupations du Conseiller d’Etat alors qu’il n'était encore que député. «A cette époque, j’avais demandé quel était le prix que devait payer le canton par poste de travail. Il revenait à 15 000 francs par an, soit trois fois plus que dans ma commune, et même dix fois plus que dans mon entreprise. Je sais bien que, dans un canton, l’informatique doit répondre à de plus grandes exigences, tout en considérant qu’il devait exister des synergies et des économies d’échelle à développer» avoue-t-il.

 

Une volonté de regrouper les forces

Une fois installé aux commandes de l’actuel Département des infrastructures du canton, François Marthaler a été effaré de l’hétérogénéité de son informatique. Un constat finalement pas très étonnant compte tenu de son mode d’organisation. Chaque service, chaque département et chaque office allaient se servir auprès du Centre informatique de l’Etat de Vaud (CIEV) pour se faire tailler un costume sur mesure, sans grand souci sur ce que faisait son voisin de palier. Une telle organisation ne pouvait déboucher que sur une augmentation constante des coûts.

«La première chose à faire était de regrouper toute l’informatique sous une même direction» décida François Marthaler. Cela ne se passa pas sans certaines réticences car il n’est pas facile pour un service d’abandonner du pouvoir sur ses outils informatiques.

 

Bedag bascule dans le privé

Ne disposant pas des moyens de s’offrir un centre de calcul moderne, l’Etat de Vaud a décidé, au tournant du siècle, de confier l’exploitation de son informatique à Bedag qui disposait de surfaces excédentaires.

Mais alors qu’en 2001, Bedag était un établissement de droit public, le canton de Berne décida en 2003 de transformer cette entité en société anonyme, puis de la fusionner avec sa concurrente Abraxas détenue par les cantons de St-Gall et de Zurich. Cela posa un sérieux problème juridique au Conseil d’Etat vaudois, même si les actions restaient essentiellement entre les mains des trois cantons de Berne, Zurich et St-Gall.

Tant qu’il s’était agi d’une entreprise purement étatique, il n’avait en effet pas été nécessaire de la soumettre à la loi des marchés publics. Mais en tant qu’entité autonome souhaitant intervenir sur le marché concurrentiel, la situation devenait fort différente. La société bernoise bénéficiait en outre d’une marge contractuelle de 10% et échappait à toute pression concurrentielle. Ainsi, depuis le retour de l’informatique en terre vaudoise, le canton réalise des économies directes de plus de 5 millions de francs sur un contrat de 36 millions.

 

Absence de référentiels et de base de données commune

Le principal handicap qui pénalisait informatique héritée de l’ancien CIEV résidait dans l’absence de référentiel et de base de données commune. Une fois les problèmes du rapatriement de l’exploitation résolus, l’accent a donc été porté sur l’interaction entre les différentes applications. «Désormais, il n’y a plus qu’une seule doctrine» note François Marthaler. Chaque fois que cela est possible, l’Etat de Vaud passe désormais chaque fois que c’est possible par des logiciels ouverts, et quand il commande des développements à l’externe, l’Etat s’assure d’être propriétaire du code source.

Les procédures d’accès des différents applicatifs permettront par ailleurs à terme d’accéder à des référentiels uniques, à commencer par le registre des habitants du canton. «Il doit actuellement exister entre 30 et 50 bases de données différentes», estime François Marthaler.

L’ensemble du personnel chargé de l’exploitation informatique, à l’exception des collaborateurs en charge des développements qui sont encore à Recordon et une dizaine sur d’autres sites, qui est hébergé provisoirement dans les anciens locaux d’Honneywell à Ecublens, se retrouve sous la responsabilité des ressources humaines de la DSI. Au total, quelque 300 personnes contre 200 auparavant depuis que les responsables de la maintenance et de l’exploitation l’on rejointe. Ces collaborateurs travaillent désormais de manière coordonnée, avec comme avantage d’éviter les doublons qui, se produisaient parfois. Qu’il s’agisse du helpdesk ou du support sur site, bien des activités étaient effectuées aussi bien par Bedag que par la DSI.

 

Création d’un centre de calcul indigène

Si, pour l’instant, les serveurs restent physiquement encore à Berne, ils sont désormais la propriété du canton de Vaud. Et leur déménagement dans un nouveau centre de calcul vaudois, vraisemblablement dans les anciens bâtiments de Kodak à Renens, pourrait se décider très prochainement. Il est en outre possible que l’Etat cherche à profiter de synergies avec l’exploitation informatique de certaines institutions du secteur parapublic. Un rapatriement des traitements qui tournent sur l’ordinateur central IBM - toujours logé chez Bedag à Berne - est également envisagé à plus long terme. Quelle leçon tirer de ce va-et-vient entre la capitale fédérale et la métropole lausannoise? «Les gens concernés savent souvent mieux pour qui ils travaillent», reconnaît François Marthaler.

 

Une politique d’ouverture systématique

Aujourd’hui, il reste pourtant encore beaucoup de pain sur la planche. Mais François Marthaler, malgré les critiques qui lui ont été adressées, reste serein. Il admet néanmoins que le développement des projets de cyber-administration vont demander beaucoup de travail. Mais ceux-ci seront financés en bonne partie par les économies réalisées avec le rapatriement de l’informatique en terre vaudoise. Il faudra aussi finaliser la simplification des standards informatiques au niveau des postes de travail qui sont encore très hétérogènes. A noter que l’évolution des technologies et l’émergence du monde ouvert lié à Internet et à la cyber-administration facilite un peu les choses. Par exemple, l’applicatif de la Centrale des autorisations de construire sera migré d’ici début 2010 sur des langages et modules open source et partagé avec deux autres cantons.

«Les véritables économies arriveront lorsque d’autres cantons viendront rejoindre les communautés de développement constituées autour de tel ou tel logiciel. Les principaux coûts sont en effet imputables à la maintenance des applications et non à leur développement» rappelle-t-il. «C’est ce qui nous motive à mettre gratuitement à disposition d’autres cantons les applications que nous avons développées dans le cadre d’une politique de mutualisation» relève François Marthaler. «Avec un tel concept, quand on donne un développement, on peut en recevoir dix en retour» conclut-il.

Schéma de l'informatique vaudoise

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Schéma de l'informatique vaudoise.

 


Exemple de produits transversaux sélectionnés dans le cadre de la politique open source du canton de Vaud

 

Typo3

Logiciel libre de gestion du contenu des sites web utilisé pour la création des plate-formes Internet et intranet de l’administration cantonale vaudoise.

 

Alfresco

Solution «open source» de gestion de contenu d’entreprise couvrant de nombreux domaines, dont la gestion électronique et la diffusion de documents. Elle est devenue la plate-fore transversale standard de la DSI.

 

eForms

Applications de mise en ligne de formulaire en cours de constitution. Les premiers formulaires ont été mis en ligne durant le cours de cet été.

 

SugarCRM

Solution open source de gestion de la relation client déployée pour faciliter la coordination des groupes du service de l’emploi face aux entreprises. Une collaboration avec la ville de Lausanne est envisagée.

 

 


Exemple de quelques logiciels de l’Etat de Vaud offerts sous licence GPL de la Conférence suisse pour l’informatique

 

Camac

Centrale des autorisations pour les permis de construire. Toutes les étapes de procédure peuvent être traitées en ligne pour les acteurs concernés: architectes et ingénieurs, communes, services cantonaux, grand public et, depuis peu, un  organisme fédéral.

 

Cadastre géologique du canton de Vaud

Application permettant de systématiser la récolte et la pérennisation des informations concernant le patrimoine géologique.

 

Gestion de l’énergie dans les bâtiments (Tener)

Outil de gestion de l’énergie dans les bâtiments utilisant le réseau Internet. Ce programme est également utilisé par l’Etat de Genève, les services industriels de Genève, Suisse Energie. Plusieurs autres collectivités publiques ont déjà manifesté leur intérêt à rejoindre ce partenariat.

 

Fil rouge pour la construction durable (SméO)

Cet outil permet d’effectuer le suivi et de gérer la durabilité dans les opérations de rénovation, de transformation et de construction, qu’il s’agisse d’un immeuble ou d’un quartier entier.

 

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