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Les informations ne s’arrêtent pas sur la frontière

Maintenant que les plus grands chantiers de la numérisation du territoire sont en passe d'être achevés, ou viennent de l'être, la prochaine étape consiste à interconnecter les systèmes nationaux sur le plan européen.

Tout le monde a euvent des problèmes rencontrés par la construction d'un pont entre la Suisse et l'Allemagne qui ont démontré combien il était nécessaire de pouvoir travailler sur des bases de données cohérentes. En effet, les plans cadastraux des deux pays présentaient une différence de hauteur du sol équivalente à un mètre. Les personnes impliquées dans la construction de cet ouvrage en étaient conscientes mais se sont trompées en ce qui concerne les correctifs à apporter dans le génie civil. Avec pour conséquence que les deux parties du tablier du pont commencé sur chacune des rives ont fini par avoir deux mètres de différence de hauteur à l'endroit de la jonction.

Une implication incontournable sur le plan européen

Cet exemple fait prendre conscience de l'importance de disposer de plans totalement cohérents au niveau des données géographiques à large échelle. Cette question est d'ailleurs prise très au sérieux sur le plan européen. L'UE a en effet élaboré une directive sur ce sujet appelée Inspire (acronyme d'Infrastructure d'information spatiale en Europe). Publiée en mai 2007, cette base juridique touche aussi la Suisse, même si celle-ci n'est pas membre de cette institution, car notre pays est autant concerné que ses voisins par l'imbrication de leurs infrastructures.

Cette nécessité de collaborer, en particulier dans la région genevoise, a été reconnue en raison de l'importance des problèmes techniques rencontrés. Ceux-ci peuvent intervenir dans le cadre de la réalisation d'infrastructures routières ou de rectifications de frontières concernant des projets d'envergure et d'intérêts régionaux. Cela va de l'aéroport de Cointrin aux interconnexions autoroutières, en passant par les installations d'épuration et approvisionnement en eau transfrontalières ou les transports publics. Dans le contexte de l'essor actuel de toute cette région et des liens toujours plus étroits entre le canton et les départements français limitrophes (le dernier en date touchant les infrastructures hospitalières), la mise en comme, ou tout au moins une très étroite harmonisation des données géographiques, s'avère toujours plus indispensable.

Une multitude de points de corrélation

Le projet Inspire prévoit la réalisation d'un géoportail communautaire développé et rendu opérationnel par le Centre commun de recherche européen basé à Ispra, en Italie. Son objectif est de pouvoir accéder de manière centralisée à différents services et bases de données géographiques actuellement disséminées dans toute l'Europe. Pour ce qui concerne plus spécifiquement la région genevoise, l'Institut géographique national de la République française (IGN) a déjà fait un premier pas en devenant partenaire du système d'information du territoire genevois (SITG). Celui-ci est le fruit de la collaboration entre l'Etat, la Ville, les communes et les services industriels de la cité de Calvin. Cette collaboration avec l'IGN concerne entre autre la mise en commun d'expériences accumulées dans la représentation des géodonnées autour de la frontière.

Il faut dire qu'en ayant environ 100 km de frontière avec la France contre 4 avec le reste de la Confédération, le canton de Genève présente un très grand nombre d'interfaces communes avec l'Hexagone. Les autorités, tant françaises qu'helvétiques, ont donc tout intérêt à travailler sur un référentiel harmonisé. Ce d'autant plus que le développement économique considérable de toute cette région incite à entreprendre des actions communes dans une multitude de projets. A ce titre, les deux institutions avaient chacune tout intérêt à une telle collaboration. «Les échanges d'expériences et de données sont profitables tant à notre service qu'aux entités de l'IGN avec lesquelles nous sommes en contact» note Bertrand Barbey de la Direction cantonale de la mensuration officielle de l'Etat de Genève. «L'IGN diffuse l'orthophoto du canton de Genève dans son géoportail, alors que de sont côté, la Délégation cantonale de la mensuration officielle peut dériver des informations thématiques et géographiques pour compléter son plan de ville...»

Les premiers jalons d'une importante collaboration internationale

L'entrée de l'IGN dans le groupement des acteurs directement intéressés et concernés par le SITG se présente comme un véritable jalon dans la collaboration internationale. Il implique ainsi les Départements de l'Ain et de la Haute-Savoir ainsi que l'instance Swisstopo, ce qui permet de fait aux acteurs métier de la géomatique de pouvoir coopérer de manière efficace et rationnelle. L'objectif étant d'harmoniser les données géographiques à large échelle et de juxtaposer les réseaux hydrologiques, forestiers, routiers, parcellaires, etc. Un travail considérable d'agrégation et de mise en corrélation des données cartographiques françaises et suisses est déjà en cours. Il faut dire que les défis actuels que doivent relever les autorités et collectivités locales des deux côtés de la frontière sont intimement liés.

Les autres cantons romands sont aussi intéressés à une telle collaboration interfrontalière. Le canton de Vaud est partenaire du système d'information du territoire lémanique (SITL) mais ses priorités vont surtout a parachever la numérisation de son territoire, une tâche qui, selon Cyril Favre, géomètre cantonal rattaché à l'Office de l'information du territoire (OIT), devrait durer au bas mot encore quatre ou cinq ans pour effectuer l'essentiel. Il a bien été en contact avec Laurent Niggeler, géomètre cantonal du canton de Genève pour aborder une collaboration transfrontalière, mais l'a simplement prié de l'informer de l'avancement des négociations dans cette direction.

Encore du pain sur la planche

«Nous devront encore répondre aux exigences très poussées de la nouvelle loi fédérales sur les géodonnées qui devrait entrer en vigueur le 1er juillet 2008 et qui prévoit d'incorporer un cadastre des restrictions de droit public, tel que les alignements des maisons» évoque encore Cyril Favre. Un travail supplémentaire qui implique de collecter et de numériser un très important volume de données souvent disparates, rassemblées dans des endroits différents et manquant de cohérentes. «Si nous voulons effectuer tout ce travail dans les règles de l'art, cela risque, faute de moyens et si tout va bien, de durer en tout cas une quinzaine d'années» estime-t-il. «Pour l'instant, notre travail est entièrement axé en priorité sur l'achèvement de la numérisation du territoire.»

A Neuchâtel, Marc Riedo, responsable du système d'information du territoire relève que la République collabore avec les autres cantons limitrophes ainsi que les départements frontaliers dans le cadre de l'Observatoire statistique transfrontalier de l'Arc jurassien dans la cadre de la Conférence transjurassienne. Mais il s'agit essentiellement de collecter des informations de nature géographique et statistiques plutôt que de faire coordonner les systèmes d'information du territoire. Les besoins pourraient pourtant se faire sentir en terme d'infrastructures routières et de protection contre les risques naturels, surtout compte tenu des derniers événements de cet été. «Au cours de ces dernières années, j'ai peu été confronté à des projets transfrontaliers comportant une composante géographique forte» note-t-il. «Il faut dire que les démarches sont tellement différentes entre les deux pays qu'il n'est pas facile de mettre en place quelque chose de commun dans ce domaine.» Peut-être que les premiers contacts établis dans le secteur de cet observatoire statistique transfrontalier de l'Arc jurassien permettront d'approfondir les collaborations techniques à plus long terme.

 

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