Depuis que les abeilles ont été classées comme animaux de rente par la Confédération, les cantons vont devoir améliorer l’inventaire des ruchers et des apiculteurs. Dans le canton de Genève, on s’est penché sur cette problématique en faisant appel aux récentes technologies informatiques avec la participation de la Société genevoise d’apiculture pour conseiller les professionnels et amateurs.
Pierre-Henri Badel
Les abeilles ont un rôle déterminant dans la reproduction des espèces. Mises en péril par un recours accru aux insecticides et par une urbanisation toujours plus poussée, elles pourraient se raréfier. Ceci d’autant plus que les apiculteurs sont en voie de disparition, que la relève tarde à venir et que les emplacements favorables à l’essor des essaims et à l’implantation de ruchers sont de plus en plus menacés par l’extension des banlieues des grandes agglomérations.
Favoriser le travail et la relève des apiculteurs
Réalisé à Genève, le travail réalisé par Martial Labarthe, diplômant de l’Université de Toulouse dans le cadre d’une formation en système d’information sur la gestion et la maîtrise de l’environnement (Sigma), consiste à répertorier les habitats des abeilles en vue de maintenir et développer le cheptel apicole. Il pourrait aussi avoir comme conséquence de favoriser de nouvelles vocations d’apiculteurs dans le canton.
L’inventaire informatisé des vergers, champs, haies et zones forestières du canton permettra, en le confrontant à celui des sites déjà colonisés, de déterminer si les emplacements actuels des ruchers sont judicieux et où il serait possible de développer des activités de production du miel. Parmi les différentes sous-couches de ce SI apicole, on peut mentionner celle des zones de nourrissement potentiel (vergers, prairies, jachères, jardins, pépinières, grandes cultures) ainsi que celle de l’occupation du sol (les ruchers doivent être un peu isolés des zones urbaines car, pour que la production de miel se fasse dans de bonnes conditions, les abeilles ne doivent pas être dérangées). Pour les mêmes raisons, une des sous-couches est dédiée aux zones d’abris qui peuvent recevoir des ruchers, une autre recense l’habitat, une dernière répertoriant quant à elle l’accessibilité des ruchers par les apiculteurs.
La répartition géographique des ruchers tient compte de leur éloignement par rapport aux zones de nourrissement possibles. Il faut savoir que si les abeilles peuvent s’éloigner jusqu’à 3 km de leur ruche pour faire leurs provisions, c’est jusqu’à la moitié de cette distance que l’on considère les récoltes comme intéressantes, les collectes les plus fructueuses se réalisant sur les 200 premiers mètres. Au-delà, les abeilles doivent se restaurer pour compenser leurs efforts, ce qui réduit d’autant les récoltes.
Une couche rajoutée au SIT cantonal
Ce projet pluridisciplinaire englobe toute la gestion informatisée du territoire ainsi que l’aspect sanitaire de la population d’abeilles. Il comprend le travail du vétérinaire cantonal - dont le rôle consiste à évaluer et analyser l’état de santé des habitantes des ruchers en fonction de leur répartition géographique - ainsi que celui du chimiste cantonal en charge du contrôle de la qualité du miel.
Développé dans le cadre du service de la mensuration officielle du canton de Genève, ce projet consiste donc à créer une couche supplémentaire au système d’information du territoire (SIT) du canton. Il comportera dès lors une multitude de données relatives aux ruchers et un historique sanitaire, en plus des données de base déjà répertoriées. Bref, une manière d’améliorer la traçabilité des ruchers et du miel.
Un effort pour la promotion de l’apiculture suisse
Cette couche supplémentaire s’inscrit dans le droit fil de la nouvelle loi sur l’agriculture ainsi que dans celui de la motion Gradient dont l’objectif est de promouvoir l’apiculture suisse sous l’auspice de la Confédération. «Il ne faut pas non plus perdre de vue que les abeilles domestiques représentent 90% des animaux pollinisateurs» rappelle Laurent Niggeler, directeur du Service de la mensuration officielle du canton de Genève et géomètre cantonal.
Apiculteur lui-même à ses heures perdues, il soutient et voit d’un bon œil la réalisation de ce travail d’inventaire qui devrait permettre une meilleure gestion de la production et de la pollinisation des plantes. «Il permet de définir plus facilement des zones de quarantaine au cas où des ruchers abriteraient des abeilles sujettes à des maladies» évoque-t-il. Il permettra aussi de gérer des informations complémentaires telles que l’âge des colonies et, à terme, de déterminer le nombre de ruches par rucher, la quantité d’abeilles et, du même coup, le potentiel de production.
Une partie de ces informations sera mise à la disposition, via Internet, des apiculteurs et une autre, plus restreinte, de l’ensemble des citoyens. Un moyen de sensibiliser le grand public au monde apicole et au rôle que tiennent les abeilles dans notre environnement.
Cet outil permettra en outre à la Société genevoise d’apiculture de demander à ses membres de mieux suivre l’état de leurs ruchers en vue de lutter plus facilement contre les infections. Il faut dire que jamais les maladies dont souffrent et meurent les abeilles ont été aussi importantes qu’aujourd’hui. Parmi celles-ci, on voit proliférer la loque européenne et le varroa, terreurs des apiculteurs, arboriculteurs et agriculteurs.
«Ce système n’est pas prévu pour jouer au gendarme mais pour mieux gérer le potentiel apicole du canton en collaboration avec les apiculteurs» précise Laurent Niggeler. «Il pourrait aussi permettre, le cas échéant, de déterminer l’impact des OGN ou des ondes des antennes de la téléphonie mobile sur les abeilles et la production de miel» poursuit-il.
Un travail de pionnier transposable à l’échelle helvétique
La première phase de collecte des informations relatives aux apiculteurs, ruches, et ruchers qui s’effectue en collaboration avec l’inspecteur cantonal des ruchers devrait être achevée au début de l’année prochaine. Une fois ce travail terminé, sur une portion du canton se limitant à la région de Vandoeuvres, les informations seront consolidées sur le SIT du canton avant d’être rendues accessibles sur la Toile mondiale. Les travaux de rencensement d’étendront ensuite au reste de la campagne genevoise.
A ce titre, l’expérience du canton de Genève pourrait servir de modèle à tous les autres cantons de Suisse. Un travail de pionnier réalisé par une poignée de passionnés du monde des abeilles et soucieux de la survie de cette espèce dont la survie pourrait être un jour ou l’autre menacée.






