La police neuchâteloise collabore depuis plusieurs années avec le service de la géomatique de son canton en vue d’améliorer l’accès et la pertinence des renseignements fournis à ses propres services ainsi qu’au public. Les nouvelles technologies de l’information apportent un appui bienvenu dans ce domaine. D’autant plus qu’avec l’essor d’Internet, il devient beaucoup plus facile de diffuser ces données.
Pierre-Henri Badel
Cela fait déjà quelques années que les services cantonaux de la police neuchâteloise travaillent sur une application – appelée Infopol – qui permet de stocker et de gérer les informations relatives aux délits commis sur le territoire du canton. Elle permet aussi d’entreprendre des analyses offrant la latitude aux inspecteurs de police d’éluder certaines affaires.
La seconde étape de ces développements réalisés par les informaticiens travaillant sur le système d’information du territoire du canton a consisté à mettre au point une application de cartographie interactive permettant aux 300 employés de la police cantonale de consulter des données de manière interactive. Cela leur permet en particulier d’obtenir une vision globale et détaillée de l’évolution de la criminalité au niveau cantonal et d’en faciliter l’analyse. Ils bénéficient ainsi d’un précieux outil d’investigation qui leur permet parfois de résoudre des affaires en tirant profit de la composante géo-référencée des renseignements contenus dans la base de données.
Cette démarche a pourtant été placée sous le sceau de la totale transparence envers le public et les médias, à l’exception, naturellement, des données relevant de la sphère privée des individus. «Les polices ont généralement pris l’habitude de très mal communiquer, et surtout quand il faut le faire, elles le font de manière tardive.» Tel est le constat dressé par Olivier Guéniat, chef de la police de sécurité du canton de Neuchâtel. Il a donc élaboré une nouvelle approche de la communication via Internet en collaboration avec les informaticiens du SITN en vue d’apporter un maximum de transparence à l’action des forces de sécurité du canton.
Donner vie aux informations
Sur le plan technologique, la réalisation d’une couche d’interfaçage avec la base de données Oracle et son interconnexion avec le système d’information du territoire neuchâtelois permet de consolider les résultats sur le système cartographique. «Les données issues du journal des communications dressé par les policiers sont intégrées en temps réel dans la base de données, ce qui permet d’obtenir une visualisation immédiate des incidents et délits sur le Web» souligne Olivier Guéniat. La grande nouveauté est que ces données sont mises à disposition du public au travers d’Internet, et qu’il existe une multitude de possibilités quant à leur exploitation en faisant varier les différents paramètres.
A cette fin, Marc Riedo, du service d’information du territoire neuchâtelois (SITN), a élaboré des vues liées à des liens sur la base d’un système appelé Geoclip qui tourne sur Internet. Cela permet d’effectuer des sélections avec les statistiques issues de la base de données et de les consolider dans un tableau de bord. Geoclip opère directement sur la densité des événements, ce qui permet de les analyser de façon très détaillée et en fonction de nombreux critères. Parmi ceux-ci, on peut mentionner le taux de concentration des délits, avec plusieurs catégories, tels que les cambriolages, les bagarres, les accidents, etc.
On peut de même localiser géographiquement où se sont déroulés ces incidents et engager les forces de police de manière ponctuelle sur des points noirs potentiels, de quelque nature qu’ils soient.
La puissance du Web en appui à l’analyse factuelle
Comme l’interface Web de l’applicatif développé à Neuchâtel est associée à Street View, la police peut constater de visu la topologie des lieux où se sont déroulés des actes répréhensifs. Dans une série de cambriolages signalés dans une région bien circonscrite par exemple, elle a pu constater que ceux-ci se déroulaient systématiquement dans des maisons situées à un croisement et qui avaient une vigne à proximité immédiate afin de pouvoir l’utiliser comme chemin de fuite. Sans cette corrélation entre les données statistiques et la représentation en trois dimensions de l’espace, de telles conclusions auraient nécessité des heures d’investigation. Il suffit alors de positionner les policiers dans les endroits stratégiques pour barrer la route aux cambrioleurs. «De cette manière, on peut décortiquer les analyses beaucoup plus finement» souligne Olivier Guéniat.
La visualisation dans Street View de Google des lieux où se déroulent les accidents de la circulation est aussi très instructive et permet d’adapter éventuellement la signalisation sur la voie publique au cas où elle présenterait des quiproquos ou pourrait induire en erreur les conducteurs.
A noter que des développements complémentaires sont prévus, par exemple en ce qui concerne la génération de cartes d’alarmes qui permettent de mettre automatiquement en évidence certaines activités délictueuses anormales dans une zone géographique (quartier, commune) donnée.
Garantir un maximum de transparence à la population
Le fait que tous les citoyens puissent consulter ces statistiques permet de lutter contre les fausses idées et de démontrer exactement, commune par commune et quartier par quartier, quelles sont les zones les plus touchées, par exemple, par les cambriolages, les incivilités, les bagarres. On peut aussi rechercher durant quelle période de la journée intervient un certain type de délit ou celles qui sont particulièrement protégées. La gestion des forces de police sera ainsi optimalisée de manière à rendre ses interventions beaucoup plus efficaces.
«Cette notion de tableau de bord nous permet effectivement d’obtenir des informations très utiles pour la conduite du personnel. La position des agents étant géoréférencée par GPS, on peut de cette manière demander à la patrouille libre la plus proche d’un incident signalé d’intervenir immédiatement» se réjouit encore Olivier Guéniat. On y gagne ici encore en efficacité dans les interventions de la police.
«De plus, ce concept est aussi étendu à l’analyse de l’activité des différents corps de police, ce qui permet de faire appel à d’autres corps pour venir en soutien si nécessaire» précise encore Olivier Guéniat. «Auparavant, on était totalement incapable de le faire» enchaîne-t-il.
Pour le patron de la police neuchâteloise, ce n’est que grâce aux nouvelles technologies que la police va ainsi acquérir un regain de crédibilité.
Chaque citoyen et politicien peut accéder aux informations en temps réel alors que jusqu’ici il fallait plusieurs semaines pour consolider manuellement des informations en fonction des bons paramètres, ce qui pouvait laisser croire qu’elles étaient manipulées. «Auparavant, les instances politiques, les citoyens et les journalistes pouvaient toujours se montrer suspicieux quant aux informations que nous communiquions. Ils nous soupçonnaient souvent de les embellir» reconnaît Olivier Guéniat. Aujourd’hui, comme les informations contenues dans la base de données se retrouvent immédiatement sur Internet, la présomption de manipulation n’est plus de mise.
Le fait que les communes aient finalement approuvé le concept de la police unique qui harmonise les pratiques sécuritaires et apporte une gestion plus centralisée favorise naturellement l’exploitation de ce système à l’échelle du canton.






