Pierre-Henri Badel
En Suisse, comme dans les pays qui nous entourent, la gestion de la chose publique tend à être de plus en plus influencée et imprégnée des habitudes et législations d’Etats tiers. Dans notre pays, l’adoption des accords bilatéraux illustre bien cette évolution. Mais au-delà des simples changements dans la réglementation, ce sont aussi les mentalités et l’approche de la gestion des institutions publiques qui sont profondément chamboulées. Dans un nombre croissant de secteurs, la gestion des affaires publiques devient toujours plus complexe compte tenu de la densification démographique du territoire et de l’explosion des échanges et de la mobilité des citoyens.
Les problèmes qui doivent être empoignés au niveau communal, cantonal ou fédéral présentent tous, qu’on le veuille ou non, un aspect issu de la globalisation de notre économie. Que ce soit dans le domaine de la protection de l’environnement, l’immigration, l’enseignement, la recherche, les échanges économiques ou les transports, il n’est plus possible d’éluder les expériences, les aménagements et les projets en cours à l’échelon international. Les comprendre et les décortiquer, c’est aussi permettre d’en tirer des leçons.
Des retombées directes de la globalisation
«Le cours fait partie du programme d’études du Master in Public Administration depuis quelques années déjà. Et il gagne sans cesse en actualité. Dans un nombre croissant de domaines, les frontières nationales disparaissent ou leur importance s’amoindrit», reconnaît Francesco Maiani, professeur assistant à l’Idheap et responsable de cette formation. C’est effectivement l’essence même de ce phénomène que l’on appelle la mondialisation. «Ajoutez à cela l’intensification constante de la coopération internationale: bien de décisions, orientations fondamentales, ou standards sont désormais arrêtés au-dessus ou bien à côté de l’Etat» poursuit-il. Et de souligner en outre que tout cela a des retombées fondamentales sur les politiques publiques, que ce soit au stade de leur définition ou de leur mise en oeuvre. «Un cours d’internationalisation des politiques publiques nous a donc apparu à la fois utile et nécessaire pour des étudiants du MPA, qui ne sont pas toujours familiers avec les forces qui lient les politiques publiques de la Suisse avec celles d’autres pays ou de la communauté internationale» avoue-t-il.
Répondre à une demande légitime
C’est pour répondre à ces enjeux majeurs de l’évolution de notre cadre de vie que l’Institut des hautes études en administration (Idheap) propose une approche systématique des interconnexions entre les différentes pratiques de gestion des collectivités publiques. Il s’agit concrètement de proposer aux participants des instruments d’analyse permettant de comprendre les enjeux de l’internationalisation des politiques helvétiques. Cette évolution en direction d’une ouverture sur les autres cultures publiques constitue le creuset d’une nouvelle approche des relations entre le monde politique et les citoyens. «Il y a un réel besoin pour un cours de ce type, car les phénomènes complexes restent méconnus, même s’ils sont largement médiatisés» lâche-t-il encore. En fournissant aux participants les instruments qui leur permettent de saisir les enjeux de l’internationalisation et d’élargir le spectre d’analyse au-delà de l’Etat, ce cours répond donc à un réel besoin.
Des objectifs ambitieux
A la question de savoir dans quels domaines perçoit-on le plus de différences entre la politique suisse et étrangère, Francesco Maiani répond que l’on est à même de les lire de deux manière distinctes. D’abord, à la lumière de la séparation traditionnelle entre politiques intérieures et politiques extérieures, ces dernières étant une chasse gardée des Ministères ou Départements des affaires étrangères. «Or, c’est précisément cette distinction qui est mise sous pression, partout en Europe, par l’internationalisation» pointe-t-il. Selon lui, même des domaines traditionnels de la politique intérieure – par exemple l’immigration – sont aujourd’hui soumis à une forte influence externe. «On pourrait aussi entendre cette question comme se référant aux convergences et divergences entre politiques suisses et étrangères. Or, la tendance est plutôt à l’harmonisation, surtout au regard des politiques de l’Union européenne» avoue-t-il. Ce phénomène dit du policy transfer constitue aussi l’un des objets de la formation. «Cela dit, il existe bien des domaines où il subsiste d’importantes différences. Il y a, d’abord, des champs d’activité dans lesquels l’environnement international compte relativement peu, comme l’éducation primaire. Il y en a d’autres où les spécificités nationales revêtent une importance politique considérable» enchaîne en substance Francesco Maiani. Le secret bancaire en constitue un exemple intéressant: il s’agit justement d’une spécificité dont la pérennité est remise en question par l’évolution des affaires internationales.
Des facteurs internationaux n’ont que des influences marginales
«D’après ce que j’observe, il s’agit moins d’une incompréhension des autres pays que des dynamiques et des enjeux» répond Francesco Maiani à la question de savoir dans quels domaines y a-t-il le plus d’incompréhension des milieux politiques suisses par rapport aux autres pays. «Dans le discours public» poursuit-il, «il y a une tendance marquée à caricaturer l’influence des facteurs internationaux sur les politiques suisses. On oscille volontiers entre conceptions extrêmes du rôle que jouent, par exemple, les marchés internationaux, les organisations internationales, ou l’Union européenne: on les représente soit comme des facteurs tout-puissants, réduisant la marge de manœuvre de la Suisse à zéro, soit comme des facteurs qu’on peut simplement ignorer.» Ces analyses peuvent naturellement être pertinentes dans l’un ou l’autre cas. «Mais généralement, les facteurs internationaux altèrent de manière plus subtile les contraintes et opportunités auxquelles sont confrontés les décideurs» admet-t-il encore. C’est sur l’analyse de ces nuances que repose cette formation.
Les différents volets du cours
Destinée aux étudiants au mastère en administration publique de l’Idheap, cette formation est également ouverte aux responsables politiques et administratifs au niveau fédéral, cantonal et des grandes villes, mais aussi aux personnes travaillant au sein d’organisations internationales et des ONG ainsi qu’aux cadres d’entreprises et journalistes spécialisés dans les relations interfrontalières.
La formation sur l’internationalisation des politiques publiques est dispensée sous la forme de douze cours d’une journée égrenés entre mi-avril et début juillet 2010. Elle est scindée en deux parties.
Les étudiants qui participent activement et régulièrement aux cours se verront attribuer une attestation. En outre, l’Idheap délivre un certificat universitaire aux participants qui satisfont aux critères d’évaluation se rapportant à la préparation d’un travail personnel de recherche. Quant aux étudiants du MPA, ils sont tenus de préparer un travail trimestriel relatif aux sujets traités dans le cadre de cette formation.
Pour en savoir plus: www.idheap.ch






