A fin 2004, la ville de La Chaux-de-Fonds a entamé une réorganisation stratégique de son dispositif de déneigement. Une décision pas facile à prendre car elle engendrait des dépenses de l’ordre de 400 000 francs. Mais cette politique s’est avérée payante avec, à la clé, une économie globale de 370'000 francs sur la saison.
Pierre-Henri Badel
Avec la densification de la circulation, la ville de La Chaux-de-Fonds était confrontée à des difficultés croissantes pendant les mois d’hiver. Lors de fortes chutes de neige, les trottoirs n’étaient pas déblayés et les passants empiétaient sur la route. Les rues étant encombrées, cela empêchait non seulement les voitures de circuler, mais surtout les véhicules d’urgence et de déneigement. «Cela nous obligeait à évacuer la neige très rapidement vers l’extérieur de la ville» se remémore Joseph Mucaria, chef du service de la voirie. D’où de nombreuses allées et venues de camions qui engorgeaient encore plus le trafic de la plus haute ville de Suisse.
Une décision courageuse
A cette altitude, les chutes de neige sont fréquentes et les volumes que cela représente sont impressionnants. Confronté à toutes ces difficultés, Joseph Mucaria s’engagea personnellement à faire évoluer la situation qui devenait de plus en plus ingérable. Sa solution consista à déblayer les trottoirs et à entasser la neige sur le côté sud des chaussées dans tout le centre de la ville, au sein du secteur dit en damier encerclé par l’avenue Léopold-Robert, la rue du Nord, celles du Versoix et des Entilles. «Au début, il n’y eut pas grand monde pour soutenir mes propositions» rappelle-t-il. «Et d’ailleurs, le crédit de 400'000 francs nécessaire à l’achat des déneigeuses pour les trottoirs est passé de justesse sur le plan politique».
La solution du chef de la voirie de la ville s’avéra pourtant excellente avec, à la clé, des économies de l’ordre de 100'000 francs dans ce seul secteur. «Ce fut la première fois en vingt ans que je n’ai pas vu de camions devant évacuer la neige vers l’extérieur de la ville» relève-t-il. Les voitures ne pouvaient plus stationner là où la neige était accumulée en andins sur le bord de la chaussée. Il y avait dès lors suffisamment de place pour que les engins de déneigement, les transports publics et les véhicules de premiers secours puissent passer. Et comme les trottoirs étaient déblayés, les piétons déambulaient en parfaite sécurité.
Se serrer les coudes
Cette mesure a été la première d’une série qui a finalement permis de réduire les coûts de déneigement de 370'000 francs au total. La dernière a consisté à améliorer la collaboration avec les autres services de la ville, en l’occurrence celui des espaces verts, du cimetière et des sports.
Il faut dire que jusque-là, le service de la voirie faisait largement appel à des entreprises privées pour l’aider dans ses tâches hivernales. «Mais elles devenaient toujours plus gourmandes, demandant jusqu’à 12'500 francs pour mettre leur véhicule à disposition, et avant même d’avoir donné le premier coup de lame» déclare Joseph Mucaria. «Nous avons donc demandé aux autres services de nous prêter du personnel pour nous aider durant l’hiver.» Le reste de la saison, la réciproque est aussi de mise en cas de besoin. Cette approche responsable du service public en période difficile sur le plan des budgets financiers de la collectivité a débouché sur une meilleure collaboration entre les services qui ont en outre acheté des véhicules en commun
Introduction de la saumure
Le troisième important effort visant à réduire les coûts de l’entretien hivernal a consisté à épandre de la saumure, composée d’un mélange de sels humides, en lieu et place de sel. Jusqu’ici et selon les hivers, la ville du haut utilisait entre 1000 et 1400 tonnes de sel pour dégivrer les 57 km de routes traitées de cette manière, sur les 185 que compte la totalité du réseau chaux-de-fonnier. Le service de la voirie avait déjà effectué quelques essais de faisabilité qui s’étaient avérés concluants. Il fallait pourtant obtenir un crédit, d’une part pour équiper les saleuses d’un dispositif permettant d’épandre de la saumure et, d’autre part, pour acquérir une installation de préparation de la saumure.
Un pas de plus dans la bonne direction
Compte tenu des quantités de dégivrant réparties sur les chaussées (120 passages en hiver 2004-2005, soit quelque 200 tonnes pour la saison) les économies réalisées en utilisant de la saumure atteignent 20 à 250/0, soit 40 tonnes ou (au prix de 241 francs la tonne en février 2005), près de 10'000 francs au total. Et cela, sans que l’état des routes n’en pâtisse.
Rétrospectivement, Joseph Mucaria se félicite des résultats obtenus dans le cadre de la nouvelle orientation stratégique du service hivernal. Il entend bien poursuivre ses efforts pour en améliorer encore l’efficacité. Il compte ainsi tester cet hiver un système qui devrait permettre de ne répandre la saumure que sur les surfaces reconnues dangereuses.
Sa caméra infrarouge détecte la température de la route et commande l’épandage en fonction d’un programme prédéfini qui permet de mesurer avec exactitude les effets du dégivrage. La commande électronique module en conséquence la quantité de saumure à répandre sur la chaussée.
Quoi qu’il en soit, la réduction de la quantité de sel dispersé sur les routes contribue de manière significative à la protection de l’environnement, ménage les carrosseries tout comme les pattes des animaux de compagnie des Chaux-de-Fonniers.






