Suivant les communes, le déneigement des chaussées constitue une priorité plus ou moins capitale. En altitude, cette activité retient pleinement l’attention des édiles, alors qu’en dessous de 1000 mètres, cette tâche les absorbe nettement moins. Et les différences existent aussi entre les communes alpines et celles des crêtes du Jura.
Pierre-Henri Badel, adi-presse
Le déneigement des chaussées, trottoirs et places des villes et des villages est le type même d’activité qui implique une collaboration étroite entre les pouvoirs publics et d’autres partenaires. Cela peut être des entreprises de transport, des camionneurs ou même des agriculteurs. Et cette collaboration est souvent à géométrie variable dans le sens que les communes feront appel à leurs partenaires en fonction de la météo et des caprices de la nature. «Dans bien des communes rurales, ce travail est confié à un agriculteur. Dans ce cas, elles n’ont pas besoin de mettre en place un service de permanence pour alerter le chauffeur du chasse-neige» note Fabien Vögele, conseiller de l’entreprise GVSAgrar de Schaffhouse. «Dans le canton du Jura, les autorités laissent de plus en plus le soin du déneigement à des entreprises. D’ailleurs, c’est aussi le cas pour le débroussaillage» poursuit-il, lui qui connaît bien la situation dans cette région.
S’adapter aux conditions topographiques locales
«Ce sont surtout les communes situées à plus de 1000 mètres d’altitude qui s’équipent de fraiseuses. Au-dessous, rares sont celles qui en possèdent une» affirme Fabien Vögele. Il est cependant conscient que certaines procèdent à leur acquisition à cause de l’accumulation de la neige soufflée par le vent, dans des régions où la topographie y est favorable, même si les précipitations neigeuses qu’elles enregistrent généralement ne sont pas extrêmement critiques. Pour elles, la pose systématique de barrières représente une opération coûteuse, surtout que la baisse des chutes de neige rend leur utilité de moins en moins évidente dans les zones venteuses de moyenne altitude.
«La plupart des petites communes s’équipent de tracteurs sur lesquels elles montent des lames...» explique Michel Châtelain, de Chalut Green Service à Jussy. «...alors que les villes utilisent beaucoup plus des camions». «Avec les hivers que l’on a eus ces dernières années, on remarque une véritable demande pour des véhicules polyvalents» confirme également René Boschung, chef des ventes et membre de la direction de l’entreprise du même nom qui a son siège dans le canton de Fribourg. Et c’est pour aller à la rencontre des besoins du marché que ce constructeur a lancé voici trois ans la grosse fraiseuse Snowbooster sur laquelle il est possible d’installer une épareuse à l’avant pour pouvoir aussi l’utiliser durant la belle saison. Du coup, au lieu de ne l’utiliser que 200 heures par année, le véhicule travaille 600 heures de plus durant l’été.
«En plaine, il faut toujours avoir des véhicules dédiés au salage» note René Boschung. «Mais l’important est de pouvoir passer très rapidement du mode d’exploitation pour le service hivernal à celui du service estival». Le leitmotiv, c’est la flexibilité.
Un partenariat privilégié avec les privés
La baisse du revenu des agriculteurs les pousse aussi de plus en plus à soumissionner quand les communes cherchent une entreprise pour déléguer cette tâche. Cela représente une activité souvent bienvenue pour les paysans durant la saison morte. D’autant plus que les tracteurs actuels sont tellement puissants qu’ils peuvent sans difficulté venir à bout d’importantes couches de neige, et en très peu de temps. C’est moins le cas dans les communes alpines où il faut des machines quasi industrielles pour maîtriser cette tâche. La règle est alors que ce soit des entreprises qui s’en occupent, en tout cas pour ce qui concerne les gros travaux. Celles-ci font alors souvent appel à de gros engins de chantier, telles que pelleteuses mécaniques et même excavatrices, pour déblayer la neige.
Les entreprises de construction sont donc les premières appelées en renfort en cas de fortes chutes. Surtout que les villages de montagne vivent parfois du tourisme hivernal. Il est essentiel alors de permettre aux vacanciers d’accéder en tout temps à leur lieu de villégiature. Il faut donc engager rapidement des moyens de déneigement très efficaces. D’autant plus que, la plupart du temps, la neige arrive très rapidement et en abondance.
En plaine, la mode est aux véhicules polyvalents
«En basse altitude, les équipements sont en général moins performants et plus anciens» regrette Fabien Vögele. Les communes du plateau optent dans la majorité des cas pour des véhicules polyvalents qu’elles utilisent aussi bien en hiver qu’en été. Les tracteurs communaux y ont donc la cote. «90% des communes qui utilisent nos tracteurs les équipent de lames en hiver pour le déneigement, surtout pour déblayer les trottoirs» souligne Michel Châtelain. Ces véhicules sont plus polyvalents que les tracteurs agricoles et ont l’avantage de pouvoir aussi être utilisés en forêt. On est en mesure de les équiper aujourd’hui d’un grand nombre de types d’engins embarqués, et ils peuvent circuler à des vitesses plus élevées.
Depuis que la majorité des véhicules utilitaires dépassent 2,30 m de largeur, les versions plus étroites tel que l’Unimog, avec son concept évolutif et ses différentes largeurs, soulèvent un regain d’intérêt pour certaines interventions. C’est ainsi que les centres d’entretien des autoroutes de Bursinel et Fribourg ont récemment fait l’acquisition de deux Unimog chacun pour intervenir et déblayer la neige, essentiellement sur les bandes d’arrêt d’urgence. Ils n’empiètent ainsi pas sur le reste de la chaussée et le trafic peut continuer à s’y dérouler tout à fait normalement.
La conception de véhicules aussi polyvalents que les Unimog U300 et U400 a été réalisée conformément au cahier des charges qui précisait que les engins et outils propres à l’ancienne gamme puissent être réutilisés.
Ce véhicule est aussi très bien adapté au déneigement, car son poste de pilotage peut se déplacer avec tout le bloc des pédales de la gauche vers la droite et inversement. Le chauffeur a donc toujours une parfaite visibilité sur les engins et outils autoportés et sur les opérations en cours. Il est pourtant vrai aussi que si, d’une manière générale, les véhicules sont toujours plus confortables, ils exigent des connaissances techniques et un savoir-faire accru. Jean-Claude Castella, conseiller technique chez Robert Aebi le reconnaît volontiers: «Cela nécessiterait aussi de revoir l’organisation actuelle des services de voirie et de prévoir une centralisation».
L’évacuation de la neige est parfois critique
La collaboration avec les privés est également de mise dans les plus grandes communes. Les services de la voirie se chargeant alors surtout du déneigement des trottoirs, ruelles et zones piétonnières où il faut des engins bien spécifiques, alors que les chaussées sont confiées à des entreprises. Dans les régions urbaines ou dans le Jura, celles-ci sont beaucoup plus souvent mises à contribution pour l’évacuation de la neige au moyen de camions.
Il est en effet plus difficile de trouver suffisamment d’espace libre à proximité immédiate des zones à déneiger pour décharger la neige. Cela s’avère souvent être le principal problème des grandes cités où l’urbanisme est tellement dense que l’on ne trouve pas d’endroit dans le cœur des villes pour entreposer. Surtout qu’il n’est pas question d’encombrer les places de stationnement, de crainte de geler une bonne partie de l’activité économique qui s’y déroule.
En région alpine, ce problème se pose de manière beaucoup moins aiguë. Le terrain étant beaucoup plus escarpé, on y trouve facilement une pente ou un ravin où y précipiter ce surplus de neige. Sans compter que les exploitants de téléskis pour débutants, très souvent situés au cœur même de la station, sont très friands de ces masses de neige. Elles sont bienvenues dès les premiers redoux, quand la couche blanche commence à s’étioler comme peau de chagrin. La seule restriction est que la neige ne doit pas avoir été prélevée sur des chaussées préalablement sablées.
Pas de répercussions majeures
La tendance de la plupart des cantons et communes de n’épandre le sel qu’avec parcimonie n’a pourtant pas d’influence majeure sur les besoins d’équipements des services de voirie. Si l’usure des épandeurs est moins forte, leur détérioration n’est pas forcément liée à la durée de leur exploitation mais plutôt à la fréquence de leur utilisation. Il en va d’ailleurs de même de l’ensemble des véhicules et engins utilisés pour le déneigement.
Pour lutter efficacement contre le verglas, seules les saleuses restent réellement de mise, même si les services de voirie tendent à limiter quelque peu leur utilisation pour des raisons de protection de l’environnement. Le grand chic des constructeurs est de les équiper maintenant de systèmes de détection de positionnement par satellites (GPS). Cela permet de connaître immédiatement le nombre de kilomètres parcouru, et accessoirement la largeur de chaussée traitée et les quantités de sel épandu.
Des automatismes toujours plus poussés
L’automatisme va encore plus loin dans ce sens qu’un système thermographique règle automatiquement le débit de sel en fonction de la température et de l’état de la chaussée. On n’en est pas encore au stade où, comme en Italie, les parcours sont préprogrammés et les véhicules suivis à la trace par GPS. Une tendance qui transforme un peu les chauffeurs en robots.
L’appareil embarqué Bosat de Boschung est par exemple doté d’un récepteur GPS recevant et transmettant les informations caractéristiques des interventions. Un badge électronique confirme un passage à un poste déterminé en précisant le type d’équipement embarqué (saleuse, chasse- neige, etc.). A bord du véhicule, un module logiciel visualise en mode graphique le parcours suivi lors des interventions et affiche la liste chronologique des événements qui se sont déroulés tout au long du parcours. Toutes ces informations peuvent être transmises à la centrale d’intervention au moyen du module Bosat Com. Un module d’analyse et d’exploitation des données collectées pour optimiser les interventions, le temps de travail des agents et des véhicules, les besoins en produits et adjuvants. Enfin, le module Bosat Road est dédié à la gestion du réseau routier. Il indique la position des véhicules en temps réel et les tracés déjà traités sur une carte graphique affichée à l’écran.
L’automatisation a ses limites
«Si l’on instaure des automatismes partout, les chauffeurs ne font que de s’y fier aveuglément sans plus réfléchir à ce qu’ils font. Du coup, les résultats s’avèrent assez médiocres» regrette Jean-Claude Castella. «Les chauffeurs doivent aussi penser en fonction des conditions d’enneigement de la route» poursuit-il. Et de préciser que le système GPS est surtout utile en cas d’accident. En cas de contestation du conducteur impliqué, les cantonniers et les voyers peuvent démontrer quand ils ont procédé au déneigement et sablé la chaussée et quelle quantité de sel ils ont étalé sur la route.
Sur les saleuses à tapis, la vitesse de ces derniers est synchronisée avec la vitesse de déplacement du véhicule. On aura ainsi toujours la même dosimétrie même quand le chauffeur doit l’immobiliser. Et on ne retrouve pas un tas de sel à l’endroit où le véhicule s’est arrêté. «Les saleuses modernes disposent de réservoirs à saumure qui est mélangée au sel au niveau de l’assiette d’épandage, ce qui améliore l’adhérence de la solution sur la neige et accélère sa fonte» explique encore Jean-Claude Castella. Cela permet ainsi d’économiser du sel car il agit plus rapidement et avec une meilleure efficacité.
Adapter le salage en fonction de l’état de la chaussée
«Les systèmes modernes de commande permettent de moduler le salage en fonction de la configuration de la chaussée et du nombre de pistes à traiter. Le chauffeur peut ainsi décider de pousser l’épandage sur la piste de gauche ou de droite suivant sur quelle partie de la chaussée il se trouve. Il peut aussi réduire l’épandage lorsqu’il se rapproche de voitures ou que la piste de droite se rétrécit, etc.
Toutes ces actions ne peuvent être assumées que par du personnel très bien formé et expérimenté pour éviter les accidents sur des chaussées enneigées, avec une visibilité réduite. Les travaux se font aussi durant la nuit, à la tombée ou au point du jour. Les employés doivent être très à leur affaire, raison pour laquelle le confort des cabines est toujours plus important. Et ça, les constructeurs de véhicules l’ont vraiment compris.
Sur les épandeurs de la série STA 95 de Boschung et Küpper-Weisser, la quantité de matériau et la largeur d’épandage se règlent au moyen d’une commande numérique. La forme du plateau et l’angle d’épandage permet de projeter le sel de manière optimale dans le sens longitudinal et transversal.
Ils sont également équipés d’un système d’adjonction de saumure qui améliore l’effet de dégivrage de la surface de la chaussée. Cette gamme d’épandeurs embarqués comporte des modèles offrant des capacités de 0,5 à 9 m3.
Les moyens classiques conservent toute leur efficacité
Les moyens les plus traditionnels pour déneiger les chaussées sont encore de mise aujourd’hui et plusieurs fabricants suisses construisent des lames pour équiper les véhicules de déneigement engagés sur les routes de notre pays. La société Erismann SA de Seengen compte parmi ceux-ci. Fondée en 1895, elle a développé des chasse-neige pouvant être montés sur des tracteurs, Jeep, Landrover, camions, tondeuses, etc.
Dotés d’une suspension à parallélogramme, ces chasse-neige sont composés de un à quatre éléments. Leurs racloirs interchangeables sont réalisés en acier au manganèse. Ils sont dotés de lèvres en matière plastique, d’un dispositif de sécurité comportant des ressorts de torsion pour absorber les chocs et d’un dispositif hydraulique de relevage et d’orientation de la lame. Des soupapes hydrauliques contribuent également à atténuer les effets des chocs sur la lame.
La société Küko de Wetzikon commercialise également des chasse-neige équipés, suivant les applications, de racloirs en corindon et - ou - en matière plastique qui ménagent la chaussée tout en réduisant le niveau sonore des opérations de déneigement. La lame Kombi D présente de son côté l’avantage d’être recyclable. Des orifices ovales placés à l’avant de la lame indiquent l’endroit où l’on peut séparer les résidus de la lame.
Sur les chasse-neige de la maison Boschung de Schmitten, la lame est subdivisée en segments qui sont prétendus vers le bas à l’aide de ressorts, de façon à être constamment en contact avec la chaussée. La cinématique de ces chasse-neige permet à la lame de sauter les obstacles rencontrés par le chasse-neige sans difficulté. Ces engins existent en dix versions de base avec une largeur de déneigement allant de 205 à 543 cm. D’autres modèles possèdent des ailerons rabattables.
Article paru initialement dans «Gestion et Services Publics» n° 4/2002





