Pierre-Henri Badel
La Confédération a lancé deux plans dits «de stabilisation» de l’économie, mais déjà on parle d’un troisième. Car la santé de l’Etat et des citoyens dépend directement de la bonne marche des entreprises, petites ou grandes. Et l’annonce fracassante de Pascal Broulis présageant un manque à gagner d’un milliard de francs de rentrées fiscales au cours de ces deux prochaines années pour les deux cantons lémaniques a résonné comme un coup de tonnerre dans le ciel helvétique. A peine les finances publiques avaient-elles été plus ou moins rétablies, le plus souvent sur le dos des communes, que les budgets risquaient à nouveau de virer au rouge foncé ces prochains temps.
La Confédération ignore la crise
Toutes les mesures prises par la Confédération ont été placées sous le signe de la stabilisation et non de la relance. Une petite différence sémantique qui démontre bien que nos autorités ne semblent pas très bien appréhender la situation réelle que vivent les différents secteurs de notre économie. Certains milieux économiques prônent un soutien à la consommation. Cela va stimuler les activités de négoce mais en aucun cas les exportations, seul moyen de rééquilibrer notre balance des paiements.
Les cantons réagissent mollement
Les cantons se montrent également assez timides quant aux mesures de stimulation de l’économie. Tout le monde s’accorde pourtant à encourager les projets liés à la protection de l’environnement et aux énergies de substitution. Seul jusqu’ici à avoir lancé un plan de relance, le canton de Neuchâtel qui s’est ainsi engagé, entre autre, à anticiper le programme national d’assainissement énergétique des bâtiments et à promouvoir la recherche e matière d’énergies renouvelables. Une mesure extrêmement positive car elle soutient l’activité des entreprises locales. Cela concerne également la poursuite du subventionnement pour la rénovation de bâtiments en vue de les adapter à la norme Minergie, à la pose de capteurs solaires thermiques et d’installations de chauffage au bois.
Les deux autres mesures prises par le Conseil d’Etat consistent d’une part à soutenir l’emploi des personnes menacées de se retrouver au chômage pour des raisons conjoncturelles et, d’autre part, à faciliter l’accès des entreprises en manque de liquidités à des lignes de crédit ou à leur accorder un cautionnement.
Des projets en discussion, mais bloqués à Genève
A Genève, la situation est assez emberlificotée à la suite de la décision du Tribunal fédéral administratif d’accorder l’effet suspensif au recours déposé par les opposants de la ligne de chemin de fer Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse (Ceva). Le canton comptait beaucoup sur ce projet pour lutter contre la crise et stimuler l’emploi. Il lui faudra attendre le résultat du recours du Conseil d’Etat auprès du Tribunal fédéral contre la décision du Tribunal administratif fédéral pour savoir si le volet Ceva tant espéré par la Cité de Calvin en matière de relance économique va pouvoir démarrer sous peu.
Après avoir lui aussi failli dérailler, ou tout au moins rester sur une voie de garage, le projet de réaménagement de La Praille-Acacias-Vernets pourrait rapidement repartir sur de nouvelles bases. La délégation du Conseil d’Etat genevois chargée de sa mise sur pied entend en effet engager une équipe de direction étoffée composée d’un chef de projet - épaulé d’une noria d’ingénieurs chargés d’aborder les aspects de la mobilité, du génie-civil et de l’environnement - ainsi que d’un urbaniste, un architecte et un économiste. En jouant à fond la carte de la concertation, le gouvernement entend éviter les levées de boucliers, mais cette voie risque de repousser le début des travaux au temps où la crise économique sera derrière nous.
Les Fribourgeois dopent les investissements publics quand les Vaudois attendent
A Fribourg, le Parlement a adopté à l’unanimité une motion prévoyant la création d’un Fonds de relance et d’un plan idoine. Aucune indication n’a pourtant filtré en ce qui concerne les projets précis susceptibles d’être financés ou subventionnés. Les représentants cantonaux reconnaissent qu’il est difficile pour eux d’apporter des remèdes aux préoccupations des entrepreneurs de la Cité des Zaehringen. Les mesures visant à juguler la hausse du franc suisse, à soutenir les exportations ou à supprimer le délai de deux jours à la charge des entreprises qui optent pour le chômage technique sont en effet toutes du seul ressort de la Confédération.
Par contre, le budget 2009 du canton prévoit une augmentation de 30% des investissements, ce qui s’avère assez exceptionnel. Le conseil d’Etat précise cependant que les mesures envisagées devraient concerner des secteurs d’avenir et en faveur d’un développement durable. Avec, en point de mire, les infrastructures. La dernière décision concrète prise avec effet rétroactif au 1er janvier 2009 par la direction des finances du canton concerne la «pratique Dumont» qui devrait stimuler les ardeurs des propriétaires à rénover leurs bâtiments.
Fort d’une croissance de l’emploi supérieure à la moyenne suisse, à hauteur de 2,5% au quatrième trimestre 2008 par rapport à l’année précédente, le canton de Vaud paraît pour sa part insensible à la crise. Mais attention au retour sur Terre!
Action coordonnée des cantons romands
Au-delà des mesures déjà prises individuellement dans certaines régions, les directeurs des finances des cantons de Suisse occidentale et latine ainsi que leurs collègues directeurs de l’économie publique se sont réunis à fin janvier dernier pour étudier les premières conclusions d’un groupe de travail intercantonal dont la mission était de proposer certaines solutions susceptibles d’atténuer les effets du retournement de la situation. Concrètement, ils entendent poursuivre leur collaboration et mettre en place des mesures conjoncturelles à court et moyen terme. C’est en fait la première fois que le ralentissement économique qui frappe notre pays commence réellement à être envisagé dans un contexte plus large. Une telle approche est vraiment urgente et devra se perpétuer ces prochaines années, seul moyen de pouvoir réagir à temps face les futurs orges qui risquent de déferler sur la Suisse.
Le Tessin très volontariste
Ce n’est pas moins de 158 millions de francs que le Gouvernement tessinois entend débloquer pour lutter contre la récession. Il s’agit du plus important programme de soutien à l’économie de Suisse. Un sacré pactole qui devrait profiter à une large frange de la population. Des réductions fiscales sont prévues pour les entreprises ainsi qu’un soutien financier pour les familles monoparentales, l’encouragement des énergies renouvelables et des facilités pour l’accès à des prêts. A cela s’ajoutent des programmes d’investissement et le lancement de projets dans les infrastructures.
Revers de la médaille, ce plan de relance devrait faire plonger les comptes du canton dans une zone déficitaire à hauteur de 230 millions de francs. Si l’on compare les dépenses prévues Outre-Gothard à elles adoptées au niveau fédéral en terme de PIB, la Suisse italophone ouvre quatre fois plus largement la bourse de ses deniers publics. Et son plan n’a aucune commune mesure avec les 35 millions prévus à Neuchâtel ou les 3 millions des Grisons.
P.-H. B.
Article paru dans Affaires Publiques n° 1/2009





