Services publics | Le site des collectivités publiques

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Des sites Web au service des citoyens

La première grande vague de création de sites Web est passée. La majorité des cantons et grandes villes de Suisse romande adoptent aujourd’hui une stratégie destinée à simplifier l’accès des citoyens aux informations. La mode actuelle est aux logiciels de gestion du contenu qui permettent une mise à jour décentralisée.

Pierre-Henri Badel, adi-presse

L’engouement des administrations publiques pour le World Wide Web a été extraordinaire. Rares sont aujourd’hui les communes, même parmi les plus petites et moins peuplées, à ne pas être présentes sur la Grande Toile mondiale. Mais c’est parfois avec plus ou moins de bonheur. Elles croient avoir rejoint la cour des grands et se situer à la pointe du progrès mais les évolutions technologiques avancent à un tel rythme que ce qui était à l’avant garde voici cinq ans est désormais totalement suranné.

 

Se libérer des contingences techniques

Le mot d’ordre actuel est aux logiciels de gestion de contenu (ou CMS, abréviation de «content management system»). Les mises à jour des informations peuvent ainsi se faire de manière décentralisée par des personnes initiées à l’utilisation du système, sans avoir à connaître le langage HTML.

La grande leçon tirée par les détenteurs d’adresses Internet fut de comprendre que leur engagement s’inscrivait surtout dans la durée. Si la conception d’un site ne dure que quelques semaines, la mise à jour des informations consiste par contre en un travail au quotidien. D’où un bilan guère brillant au vu des nombreux sites aux informations obsolètes. L’autre enseignement à retirer, le fait que chaque service y soit allé de sa propre initiative pour développer une solution correspondant aux goûts personnels de ses développeurs a abouti à une hétérogénéité extrême au sein d’un même canton ou commune.

On se trouve aujourd’hui dans une situation où, sous l’impulsion de la Confédération, chacun cherche à remettre de l’ordre dans cette gabegie. Il était temps car les citoyens risquaient de se lasser de chercher des informations qu’ils pensaient logiquement trouver à un endroit précis alors qu’elles ne figuraient pas sur le site, ou se logeaient tout ailleurs.

 

Neuchâtel: une démarche globale et cohérente

Directeur du centre électronique de la ville de Neuchâtel et responsable des développements informatiques, Serge Attinger explique que le site Web de la ville a été réalisé selon une approche originale. Celle-ci s’inscrit en droite ligne de la convention passée entre la métropole et 55 des 62 communes du canton. Un modèle de site standard a été élaboré à partir de 2001 pour permettre aux communes de disposer d’un site Web à moindre coût. La mise en ligne des premières collectivités date de fin 2002. A la suite d’un important travail au sein d’une commission constituée de représentants des communes et visant à défini les contenus que devait avoir ce «moule» générique, la ville a repris le concept de base, a modifié son apparence générale et l’a étoffé. Il s’agissait en fait de tenir compte des besoins d’une commune de plus large envergure.

C’est pourtant en se basant entièrement sur les directives et la taxonomie élaborées par la Confédération que tout ce travail de rénovation a été entrepris. «L’objectif était de concrétiser la notion de guichet d’information communale tout en bénéficiant des synergies du modèle original et en utilisant un logiciel de gestion de contenu (ou CMS, abréviation de Content Management System) appelé Direct2Web proposé par la société VTX» souligne Serge Attinger. Un développement proposé sous forme plus générique à l’ensemble des commandes sous le nom de WebCity.

Issu d’un projet lancé au début de 2003, le nouveau site de la ville de Neuchâtel se voulait une plate-forme permettant de mutualiser les développements réalisés sur son ancien site ainsi que ses différents services. Quelques-uns d’entre eux, tels que celui des sports et des travaux publics, avaient en effet été élaborés à l’origine de manière autonome. A fin 2006, le groupe de travail chargé du développement du site des communes neuchâteloises a mis au point une nouvelle charte graphique, plus moderne. La plupart des communes du pool l’ont déjà déployée.

A l’inverse de ce qui se fait au niveau communal, mais dans le cadre d’une réflexion générale, le site du canton a mis l’accent sur l’aspect transactionnel. Il s’inscrit dans une démarche commune visant à instaurer un guichet unique délivrant des prestations aussi bien cantonales que communales. «L’aspect transactionnel est plus complexe à gérer et il est réglé au niveau du guichet unique proposé par le canton» souligne Serge Attinger. Cela englobe aussi bien le vote en ligne, les impôts, le service des automobiles que l’Office des poursuites, Et les prestations offertes par les communes? «On y travaille» reconnaît Serge Attinger.

Au niveau du canton, l’utilisation d’un système de gestion de contenu s’est avéré comme une évidence afin que les différents services puissent effectuer les mises à jour de manière décentralisée. Le système a été mis en place en 2001 sans faire appel à un logiciel libre «open source») comme cela a été le cas dans le canton de Vaud, mais à partir d’un développement réalisé en interne. «Aujourd’hui, nous sommes en train de rapatrier les derniers services sur cette plate-forme commune, le but étant de centraliser toute l’information des services du canton» insiste Pierre-Yves Jeannert, gestionnaire du contenu du site cantonal et chargé de faire le lien et d’apporter son assistance aux éditeurs de contenu qui importent les données sur le site à partir de textes créés dans Word, ce qui ne nécessite pas de compétences particulières sur la manière de réaliser un site Web. Cela fait au total quelque 200 personnes habilitées à publier des informations dans les différents services du canton. Une formation de deux demi-journées suffit ainsi à la familiariser avec la manière d’éditer des textes sur le site.

 

Rendre les informations plus accessibles

Dans le canton de Vaud, qui a entièrement construit son site Web sur la base du logiciel «open source» Typo3, la démarche a été entièrement axée dans l’optique de rendre les informations le plus accessible possible pour les citoyens. Ceux-ci ne sont pas censés connaître les arcanes du pouvoir ou le découpage des différents services et départements administratifs. Jusqu’ici en effet, les sites Web étaient généralement calqués sur les dicastères. Sur le site du canton, cette structure a été maintenue, mais elle a été clonée sur un modèle basé sur des liens thématiques. Et les deux interfaces d’accueil ont fait l’objet d’une distinction basée sur un code couleur: la ligne graphique en vert indique que l’on se trouve dans la structure de type administratif classique alors que là où domine le bleu, les informations et services sont classés de manière thématique.

La structure de base affecte automatiquement les informations aux pages correspondantes des deux structures. «L’intérêt de Typo 3 est qu’il permet à une secrétaire de publier les informations propres à son service» note Laurent Rebaud, qui vient de reprendre la responsabilité de la gestion du contenu du site de l’Etat de Vaud. Ces contributeurs rédactionnels suivent une formation d’une journée pour maîtriser les différents aspects de l’alimentation des informations sur le site. «Certains d’entre eux, parmi les plus expérimentés et nostalgiques de leur ancien site, nous ont reproché que sur ce nouveau site, il n’était plus possible de mettre des illustrations animées» admet Laurent Rebaud. «Mais ce n’est pas le but d’un site de collectivité publique, l’essentiel étant que le citoyen trouve rapidement les informations qu’il recherche».

 

Concrétiser la notion de guichet virtuel

Sur le site Web du canton de Vaud, la prochaine étape consiste à permettre aux cybernautes d’effectuer des transactions avec l’Etat. La première opération interactive, à savoir la demande d’acte d’Etat civil, est déjà opérationnelle. «Cette procédure était auparavant longue et fastidieuse. Cela simplifie le travail des citoyens et des services de l’Etat, allège la bureaucratie et augmente la sécurité» se réjouit Laurent Rebaud. «A l’avenir, notre but est de multiplier le nombre de services directement accessibles à distance».

A terme, l’objectif est donc de concrétiser la notion de guichet unique et de se lancer dans le vote par Internet. Mais le canton venant à peine de déployer le vote par correspondance, ce projet figurera au programme de la prochaine étape. Une période de 5 à 10 ans sera probablement nécessaire pour y parvenir. D’autres améliorations sont encore attendues sur le site Web du canton. «Certaines pages ne sont pas suffisamment conviviales» admet Laurent Rebaud. «Et les gens doivent apprendre à écrire pour le Web. Ils sont encore trop nombreux à travailler dans une logique purement administrative». Pour ce qui est des informations que doit contenir le site du canton, la règle est claire: tout ce que le public est censé savoir doit être publié.

 

Chacun tire la couverture à soi

A Genève, les communes se sont regroupées à l’origine autour d’un portail commun qui a démarré au milieu des années 90 autour du site de l’Association des communes genevoises. La technologie utilisée au début de cette présence sur le Web était encore assez rudimentaire, comme cela se faisait alors. A l’époque, à l’exception de la ville, la majorité des communes avaient adhéré à ce projet fédérateur qui a vécu une évolution majeure en 1999: le passage vers un système de gestion du contenu assez simple développé par la société Cosadgip, toujours sous l’égide de l’Association des communes genevoises. Malheureusement, au fil des ans, nombre de communes, à commencer par les plus grandes, souhaitant se différencier et d’apporter une touche personnelle à leur vitrine sur la Toile, ont décidé de se frayer leur propre chemin et de quitter le navire. Une évolution que regrette Alain Rutsche, responsable de l’informatique et du site Internet de l’Association des communes genevoises. Malgré ses possibilités d’évolution, le creuset mis en place par les communes genevoises ne regroupe plus aujourd’hui que les plus modestes collectivités du canton, toutes contentes de profiter de ce développement dont les coûts de base sont répartis entre plusieurs entités. Personne ne peut dire à quoi tient réellement cette lente désertion du site fédérateur. «Le travail réalisé dans le cadre du site geneve-communes a eu l’avantage de fixer un standard et évité que les communes partent dans toutes les directions, insiste Claude Thollen-Pommerol, de la société Cosadgip. «On ne peut pas mettre le couteau sur la gorge des communes qui désirent développer leur propre site» regrette Alain Rutsche. Bien qu’un peu déçu, il admet cependant volontiers que certaines communes qui en ont les moyens désirent peaufiner leur image sur la Grande Toile.

 

L’intranet fait l’unanimité

Finalement, une commune est une commune. Les problèmes qu’elle rencontre et les informations qu’elle doit faire passer sont les mêmes pour chacune. Surtout dans un canton où l’atomisation des petites communes a fait que le canton leur impose de facto bien des procédures qui, souvent, sont de leur entière responsabilité dans d’autres cantons. Et que les associations intercommunales tendent naturellement à un certain regroupement des forces. Cette démarche du «chacun pour soi» accroît les frais de réalisation de ces sites Web sur mesure et augmente le travail de mise à jour de centaines informations communes à toutes les collectivités locales. «Nous avons par contre élaboré un intranet qui aide les professionnels des communes dans leurs travaux quotidiens» se console Alain Rutsche. Les économies sont très sensibles car cela permet par exemple à n’importe quel secrétaire communal d’avoir sous la main toutes les procédures à appliquer dans chaque cas de figure.»

 

Un aspect marketing très marqué

A Genève, canton ayant lancé son site Web parmi les premiers en 1996, Robert Hensler, chancelier d’Etat en charge de ce dossier, insiste sur les efforts engagés pour y présenter les informations de la manière la plus simple possible. Le cybernaute dispose de plusieurs voies pour se retrouver dans un site comportant à l’heure actuelle plus de 500 000 pages dont 215 000 ont été visitées en 2006. La première option consiste à le parcourir en se basant sur l’organisation, la deuxième sur la thématique et la troisième sur le chemin de vie du citoyen, à savoir depuis sa naissance jusqu’à son décès. «Nous voulons surtout qu’il soit extrêmement dynamique» souligne le Chancelier.

Pour l’instant, le site est homogène aux niveaux 1 et 2 mais, en ce qui concerne les niveaux inférieurs, des travaux sont en cours afin de finaliser leur agrégation sur le même modèle que les autres. Le fait que l’on trouve sur la page d’accueil les pages les plus demandées démontre aussi que les concepteurs du site mettent l’accent sur la rapidité d’accès aux besoins effectifs des cybernautes. «La structure et le contenu du site vont se diriger toujours plus vers les prestations dans le sens d’un guichet universel, avec un axe très fort aussi bien sur les services que sur l’organisation» explique Robert Hensler. Et en face de chaque prestation, on trouve le contact correspondant au sein de l’administration. Les mises à jour du site sont effectuées quotidiennement par l’équipe chargée de son alimentation composée de rédacteurs responsables dans chaque département. Ceux-ci se réunissent chaque mois pour assurer l’homogénéité des informations, discuter des évolutions technologiques et aborder les problèmes en suspens. «L’aspect visuel général du site est adapté à espaces réguliers pour qu’il se conforme au goût du jour» relève Robert Hensler.

Sa vocation interactive est en outre particulièrement bien illustrée par les pages dédiées aux votations et élections. La base de données du site est automatiquement alimentée en temps réel par les résultats des votes, sans qu’il y ait de filtre entre les deux. L’aspect pratique va encore être étoffé à l’avenir par des renseignements utiles à l’ensemble de la population. On y trouve déjà de multiples informations telles que les dates des vacances scolaires,…. «Pourquoi pas un jour la météo?» lâche Robert Hensler.

 

 

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