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Les administrations publiques sur la voie de l’informatique en nuage

Grégoire Herman«Pragmatique et sans précipitation.» C’est par ces mots que Grégoire Hernan, coordinateur en matière de technologies de l'information et adjoint de la direction de la Conférence suisse de l’informatique qualifie la stratégie des administrations suisses en matière de cloud computing.


 

Par Grégoire Hernan

Lors de la 5e Conférence de la bureautique de cette année, les conférenciers abordèrent la question de l’opportunité et des risques de l’informatique en nuage («cloud computing») dans les administrations publiques. Les débats qui se sont déroulés dans le cadre de cette conférence ont démontré que les services informatiques des pouvoirs publics sont conscients que l’on s’oriente vers un changement de paradigme. C’est ainsi que l’organe en charge de la stratégie informatique de la Confédération a élaboré une stratégie en matière de cloud computing qui devrait être ratifiée au printemps 2012.

Considéré comme étant l’«évangéliste» suisse de l’informatique en nuage, Andreas von Gunten ouvrit la conférence avec un plaidoyer enflammé en faveur de l’utilisation de solutions de cloud computing également dans les administrations. Dans son exposé, il releva que dans de nombreuses entreprises de l’économie privée, cela faisait déjà longtemps que l’informatique en nuage était entrée dans les mœurs, mais que l’on doit définir précisément de quoi l’on parle sous ce terme. La constitution d’un cloud privé constitue une option qui s’avère fort différente de la notion de cloud computing. Elle consiste simplement en une meilleure gestion des centres de calcul. Les avantages du cloud computing, qui consiste en une mutualisation dynamique des ressources disponibles, n’apparaissent que lors de l’utilisation de «public clouds» souligne Andreas Von Gunten.

La question des possibilités de l’informatique en nuage dans le monde open source a également fait l’objet de débats animés. En se référant aux différentes initiatives lancées dans le monde de l’open source en vue de la création de différentes infrastructures en nuage, Andreas Von Gunten rappela que qu’il est aussi possible de publier les propres codes sous une licence open source dans le cadre du modèle de la plate-forme en tant que service («Plattform as a Service»), à savoir la combinaison de l’infrastructure, du système d’exploitation et du middleware.

 

La stratégie de la Confédération

Willy Müller, de l’organe de stratégie informatique de la Confédération présenta la voie choisie par les pouvoirs publics helvétiques dans le domaine du coud computing. Une pré-étude sur l’informatique en nuage dans les administrations publiques avait déjà été élaborée en octobre de l’année dernière dans le cadre de la stratégie de la cyberadministration de la Suisse. Tout comme Andreas Von Gunten, Willy Müller évoqua les avantages du cloud computing que sont la réduction des coûts et une plus grande souplesse.

L’utilisation de l’informatique en nuage présente des risques, comme c’est le cas de toutes les autres technologies, et l’on se doit de les gérer, rappela Willy Müller. Raison pour laquelle, dans le cadre de la stratégie de la Confédération en matière d’informatique en nuage, il s’agit d’effectuer une classification des domaines d’application de manière à différencier dans quels cas l’utilisation du cloud computing ne présente pas de problèmes, nécessite quelques précautions ou est rédhibitoire. En outre, les stratèges du cloud computing recommandent aux administrations publiques d’élaborer leur propre solution, ce que l’on nomme sous le terme de «community cloud» permettant de réaliser des mutualiser les économies. Willy Müller s’exprime cependant clairement contre la réalisation de propres infrastructures privées par les différents services informatiques en matière de cloud computing.

La stratégie de la Confédération en matière de cloud computing doit être ratifiée en février 2012 par le comité de pilotage de la cyberadministration et son application est prévue à partir du mois de juin 2012. L’accompagnement de sa mise en application, il est prévu de mettre sur pied un centre suisse de compétences comprenant des représentants des universités, des Hautes écoles spécialisées, des fournisseurs et des pouvoirs publics.

 

Moins d’écueils législatifs qu’attendus

La question de l’informatique en nuage ne peut pas être abordée sans se pencher spécifiquement sur ses aspects légaux. Ursula Widmer, avocate et enseignante en droit dans le domaine informatique à l’Université de Berne et en droit de la sécurité informatique à l’EPFZ aborda en détail toutes ces questions. Elle indiqua de manière un peu surprenante qu’il existe des applications qui ne peuvent en aucun cas être exploitées dans le cadre d’une infrastructure en nuage, mais que, par ailleurs, dans de nombreux domaines, il n’existe aucun écueil juridique également pour les pouvoirs publics à utiliser l’informatique en nuage ou que les barrières juridiques peuvent être levées relativement facilement.

Le cloud computing n’est pas une nouvelle technologie, mais une nouvelle manière de paramétrer et utiliser l’informatique. Dans de nombreux cas, il s’agit d’appliquer les mêmes règles qu’en matière d’outsourcing et d’exportation des données. Comme c’est le cas lors de la sélection d’un fournisseur, il y a lieu de contrôler avec tout autant de circonspection les clauses contractuelles convenues et qui sont exactement les parties impliquées dans le contrat. Ursula Widmer précise en l’occurrence qu’à l’avenir, toujours plus de fournisseurs de services d’informatique en nuage auront un for juridique en Suisse. La législation sur la protection des données ne constitue pas nom plus un motif valable pour refuser une offre internationale en matière de cloud computing, souligne cette spécialiste de la question.

 

Des exemples concrets

Hanspeter Christ, de Swisstopo, présenta de quelle manière il a procédé avec son équipe pour exploiter l’infrastructure des données géographiques de la Confédération au sein d’un «public cloud». A partir de l’exemple du «private cloud» de la ville de Zurich et du portail Taxme du canton de Berne, on a ensuite pu réaliser que l’informatique en nuage faisait déjà partie de notre quotidien même dans les administrations publiques.

Comme on a pu s’en rendre compte lors de la 5e conférence de la bureautique, l’informatisation de la gestion publique s’oriente progressivement vers le cloud computing, mais cela se déroule de manière pragmatique et sans précipitation.

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