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Rétification de bois indigènes: entre espoir et réalité

Pour valoriser la filière du bois par un procédé respectant l’environnement, la rétification a semblé être une solution d’avenir. Pourtant, l’échec des initiatives visant à réaliser ce traitement en Suisse et la nécessité de devoir s’approvisionner à l’étranger découragent les professionnels.

 

Clairemonde Hirschmann, adi-presse

 

Alors que les forêts représentent une source non négligeable de matière première pour notre pays, la Suisse exporte la plus grande partie de son bois. Par contre, elle en importe environ 85% de sa consommation sous forme de produits semi-finis. Il faut dire que nos essences indigènes - à savoir essentiellement des résineux, hêtres et peupliers – se montrent très vulnérables à l’humidité, aux insectes et aux moisissures.

Pour augmenter leur durabilité, ces bois nécessitent d’être traités chimiquement. Or les usines qui appliquent ces procédés peuvent polluer les sols, et l’élimination par incinération de ces bois autoclavés pose problème. Ainsi une conscience écologique toujours plus présente alliée à la recrudescence d’allergies dont on connaît désormais mieux les causes ont poussé les instances politiques à édicter des normes plus sévères en matière de produits et substances utilisés dans la construction.

Autre facteur encore à avoir poussé chercheurs et industriels à proposer des alternatives: la déforestation à outrance de certaines régions du globe afin de fournir aux pays occidentaux les bois précieux dont ils sont si friands pour la confection de leurs meubles, planchers, parquets et autres revêtements. On en connaît aujourd’hui les effets dévastateurs.

 

Une solution prometteuse

Certaines forêts de chez nous devraient être mieux entretenues pour assurer leur rôle protecteur. Une exploitation raisonnable y contribuerait directement tout en fournissant un matériau durable et biodégradable, largement sous-valorisé. Le bois est non seulement une source d’énergie renouvelable capable de réduire notre consommation d’énergie fossile, mais il constitue aussi une filière qui est loin d’avoir développé tout son potentiel.

La production en atelier d’éléments préfabriqués, le façonnage assisté par ordinateur ainsi que de nouvelles techniques lui permettent notamment d’entrer dans des projets architecturaux résolument contemporains. D’autant mieux d’ailleurs que de nouveaux procédés existent pour éviter les traitements chimiques devenus indésirables.

Parmi eux, celui de la rétification, reconnu au niveau international. Cette dénomination provient de l’association du terme «réticulation» - soit la transformation d’une molécule linéaire en polymère tridimensionnelle - et du mot «torréfaction», à savoir un début de calcination dans le but d’éliminer un processus de nuisance.

 

De multiples applications

La rétification est donc un procédé qui consiste à provoquer une transformation chimique de certains composants du bois sous l’action de la chaleur. Pour ce faire, la température doit être comprise entre 200 et 240 °C. Cette technique est applicable au pin sylvestre, pin maritime, peuplier, épicéa, hêtre, frêne, bouleau, sapin et châtaigner qui, hormis le second, constituent l’essentiel de nos forêts. Une fois traité, le bois n’absorbe plus que très peu l’humidité. Il résiste alors sensiblement mieux aux agents biologiques, accroissant par conséquent sa durabilité. Des atouts auxquels s’ajoute un meilleur respect de l’environnement.

L’exposition du bois à la chaleur entraîne ainsi une modification physico-chimique définitive des composants du bois, ce qui distingue cette technique d’un simple séchage. Lorsque le pic de chaleur est atteint, on laisse les bois refroidir en atmosphère inerte jusqu’à température ambiante. Ils deviennent alors imputrescibles, restent stables sur le plan dimensionnel à l’instar des bois exotiques tel que le teck. La rétification donne en outre une jolie couleur «caramel» aux bois qui ensuite pourront être utilisés dans de multiples applications, qu’il s’agisse de portes, revêtements de sol ou meubles.

 

En quête de perfectibilité

Si de prime abord le procédé de traitement du bois par pyrolyse paraît simple, il aura pourtant fallu procéder à de minutieux essais comparatifs avant de déterminer avec précision à quelle température et pendant combien de temps exposer ce matériau à la chaleur pour en accroître la durabilité de façon optimale. Celle-ci dépend en réalité directement du degré de dégradation polymérique atteint. Aujourd’hui, les recherches se poursuivent pour déterminer ces paramètres avec une précision accrue.

L’imputrescibilité du bois pourrait alors être garantie sur 10 ans – une norme généralisée dans la construction - ce qui n’est actuellement pas encore le cas. Pour cela, les fabricants doivent pouvoir obtenir des fours à la hauteur de leurs exigences. Dans ce contexte, un industriel d’origine alsacienne, établi dans notre pays et expérimenté sur ce marché depuis de longues années, admet qu’il peine aujourd’hui à honorer ses commandes faute de fours susceptibles de répondre à l’ensemble des critères escomptés.

Il éprouve notamment d’énormes difficultés à tenir les délais, l’équipement de son fournisseur - de provenance allemande - étant trop peu précis. Il a connu un certain nombre de problèmes qui ne seraient pas arrivés, estime-t-il, si le procédé de rétification s’était fait avec du matériel plus performant.

Il cherche donc actuellement des partenaires en Suisse intéressés à réaliser des fours aptes à répondre en tout point aux normes qualitatives indispensables. «Nous avons des clients dans le monde entier; c’est vraiment dommage de ne pas être à même de les satisfaire» déplore-t-il. D’où son souhait de rester anonyme pour ne pas s’exposer à de nouvelles sollicitations auxquelles il ne pourrait donner suite… Le comble pour ce battant commerçant!

 

Lausanne connaît plusieurs réalisations à son actif

Dans le cadre du deuxième volet de son Agenda 21, la Ville de Lausanne n’a pourtant pas attendu pour tenter de valoriser la filière du bois en proposant diverses réalisations en bois rétifié, convaincue du bien-fondé de ce procédé respectant l’environnement. Qu’il s’agisse de façades de bâtiments communaux tel que le collège de l’Eglantine ou celui abritant le Service de secours et d’incendie, de logements subventionnés, d’immeubles d’habitation privés, elle n’a pas hésité non plus à démontrer toute la qualité architecturale que permet ce type d’utilisation.

La Tour de Sauvabelin, la cabane forestière du Chalet-à-Gobet, la ferme pédagogique de Rovéréaz et l’aménagement urbain de la rue de la Borde prouvent ainsi la volonté de la Municipalité de s’engager sur cette voie. Les architectes Jacqueline Pittet et Blaise Tardin se sont pour leur part lancés dans la rénovation de leur maison située dans le quartier résidentiel de La Sallaz, au-dessus de Lausanne, une bâtisse datant des années 40. Ils l’ont simplement enfermée dans une coquille en lamelles de bois rétifié par-dessus une couche d’isolation.

Cet exemple de rénovation convient très bien aux maisons ne contenant que peu d’acier et qui ne supporteraient pas de lourdes infrastructures supplémentaires. Sans armature, l’immeuble a même pu être rehaussé d’un étage en vue d’y installer un atelier.

 

Encore des obstacles à franchir

«Cela fait presque quinze ans maintenant que nous livrons des fenêtres en bois rétifié» rapporte de son côté Pascal Martin, patron de Sapival, une entreprise établie à Orbe. Ce menuisier - un des premiers à s’être lancé dans ce créneau - précise néanmoins que pour obtenir de bons produits, il faut disposer d’un bois de première qualité. «Nous utilisons du peuplier mais pas d’épicéa» lance-t-il.

Il relève aussi que, à l’inverse de ce qui se dit généralement, le bois rétifié demande malgré tout à être protégé pour éviter toute infiltration sur le long terme. «Nous n’avons en revanche jamais constaté jusqu’ici de pourriture sur les fenêtres que nous avons posées» affirme-t-il.

Ce qui freine pourtant l’extension de cette filière, estime-t-il, c’est le manque de publicité et la difficulté de s’approvisionner. «A l’origine, ce procédé a été mis au point en France, et la licence est très chère. De plus, des normes très sévères découragent d’éventuels intéressés à se lancer en Suisse» reconnaît-il. «Pour ma part, j’ai eu l’opportunité de reprendre deux stocks, ce qui garantit ma production pour plusieurs années» se réjouit-il.

 

Une trop forte concurrence

Selon Eric Duruz, directeur de l’Association pour le développement des activités économiques de la Vallée de Joux, la rétification permet de mettre en valeur des bois qui n’en avaient pas beaucoup jusque-là. «Ce que l’on reproche pourtant au bois rétifié, c’est de mal vieillir du point de vue esthétique. Exposé aux intempéries, il devient gris avec le temps. Pour qu’il retrouve son aspect d’origine, il faut alors le poncer et l’imprégner, ce qui supprime quelques-uns de ses avantages» concède-t-il.

«La rétification serait pourtant une bonne manière d’exploiter le bois de chez nous. Si autrefois on savait abattre le sapin à la bonne période – notamment en respectant les phases lunaires – qu’on le laissait ensuite sécher à l’air le temps qu’il fallait, on obtenait une qualité durable. De nombreux exemples, au Valais et ailleurs, en témoignent. Mais aujourd’hui, on a perdu ce savoir-faire et des facteurs d’ordre économique ne permettent plus de travailler comme ça» regrette-t-il.

Cet inconditionnel de la rétification sait aussi que, face à un devis de 30% supérieur à un autre proposant du bois autoclavé, le client optera naturellement pour le plus avantageux. «Comment lutter face à une rationalisation de l’abattage et du conditionnement avec des machines entièrement automatisées? Les bûcherons qui savaient tirer le meilleur ont bel et bien disparus à jamais» convient Eric Duruz.

 

Il faut davantage convaincre 

«La moitié du bois coupé dans la région de la Vallée de Joux est exporté vers la France qui l’utilise ensuite pour construire de magnifiques chalets. Ce qui est regrettable, c’est que dans notre pays, on ne parvienne plus à entretenir nos forêts comme elles le mériteraient. Pour assurer leur renouvellement dans la durée, le bois devrait pouvoir être suffisamment valorisé, pour couvrir au moins les coûts d’exploitation. Il faudrait pour cela trouver de nouveaux débouchés qui paient le travail effectué» poursuit Eric Duruz.

Il constate aussi que, dans certaines communes où logent de nombreux pendulaires, on hésite à consacrer de l’argent pour entretenir des alpages et forêts qui ne rapportent rien. «On préfère nettement dépenser pour une Fête de la musique!» rapporte-t-il avec un brin d’amertume.

«Si le procédé de rétification du bois en lui-même n’est pas remis en question, ce n’est que lorsque l’on sera suffisamment convaincu de son potentiel que cette solution se révélera réellement intéressante. Espérons alors qu’un four pourra enfin être installé à l’intérieur de nos frontières.

Au Brassus, Catherine Berney s’est beaucoup engagée pour convaincre les gens du métier à promouvoir cette filière. Elle a en outre élaboré un catalogue présentant l’ensemble des applications possibles du bois rétifié pour tenter de donner confiance aux constructeurs. Dans ce sens, Madame Berney a accompli un énorme travail pour un bien maigre résultat» conclut-il.

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