Offrir de nouvelles classes secondaires au cœur de Lausanne, allier le moderne et l’ancien, appliquer scrupuleusement les normes Minergie + Eco, c’est ce triple défi que s’apprêtent à relever les concepteurs du projet de rénovation et d’extension du collège de Villamont. Les travaux ont démarré en juin dernier et se poursuivront jusqu’en 2011, une durée plus longue que la norme du fait que l’activité scolaire ne doit jamais être interrompue et que l’emplacement du chantier est exigu.
Clairemonde Hirschmann
Le nombre des écoliers lausannois n’a cessé d’augmenter depuis la fin des années 80, passant de 11 242 en 1990 à quelque 13 000 aujourd’hui. Et cette tendance ne va pas s’inverser puisque les autorités politiques de la capitale vaudoise souhaitent poursuivre encore la densification de ses zones urbaines en créant 5000 nouveaux logements durant la prochaine décennie. Par conséquent, accroître la capacité d’accueil des élèves du secondaire au centre-ville devenait une priorité.
Dernière pierre à l’édifice
La rénovation, transformation et extension du collège de Villamont constitue la dernière phase du plan d’assainissement et d’agrandissement du parc immobilier scolaire entrepris depuis bientôt 20 ans par la Ville de Lausanne. Associé au collège de St-Roch tout proche, cet établissement viendra ainsi s’ajouter aux six autres destinés à accueillir la totalité des élèves de la 5e à la 9e année. De plus, l’exploitation du M2 permettra au collège de Villamont de jouer un rôle de régulateur apte à absorber si nécessaire ceux en provenance de certaines zones périphériques de la ville. Pour pouvoir réaliser ce projet, la Municipalité présenta en 2005 un premier préavis demandant l’extension à 1,9 million de francs du compte d’attente destiné à l’étude de cette rénovation et extension.
La dernière intervention sur cet ancien bâtiment, limitée essentiellement à sa façade, datait de 1930, lors de son rehaussement d’un étage. Et depuis l’introduction en 1956 du cycle d’orientation et de la mixité dans les collèges secondaires, la priorité avait plutôt été donnée à de nouvelles constructions. On avait ainsi réalisé le collège du Belvédère, l’agrandissement de Béthusy et le collège de l’Elysée. Quant au collège de Villamont, on s’était limité à le doter d’une annexe en 1960, repoussant à plus tard la rénovation de son corps principal. Pourtant, depuis 1992, l’état de vétusté de ce dernier posait véritablement problème.
Un concours d’architecture fut donc lancé, le projet de l’atelier Architram de Renens retenu, et une demande de crédit d’ouvrage de 38,85 millions, déposée en juin 2007. Les travaux ont démarré ce printemps et devraient se terminer pour la rentrée 2011.
Des contraintes précises
Construit en 1888, le collège de Villamont nécessite un complet assainissement comprenant la rénovation des façades et toiture, le remplacement des vitrages et installations électriques, la mise en place d’un réseau informatique, le remplacement de la distribution de chaleur, la création d’une ventilation ainsi que la réfection des installations sanitaires, couloirs et salles de classe. «De plus, la Ville de Lausanne demandait que le projet réponde au standard Minergie + Eco» rappelle Bernard Matthey, architecte auprès d’Architram dont le dossier fut choisi parmi les cinq ayant participé au concours. «Il fallait aussi trouver le moyen d’offrir le plus grand nombre possible de nouvelles classes sur un emplacement relativement restreint» ajoute-t-il.
Dans ce contexte, l’idée d’ériger un porte-à-faux en dessus de l’annexe –elle-même reliée à l’ancien bâtiment par la construction d’un nouveau volume - s’est avérée une solution judicieuse. «Cela évite de surcharger cette construction de 1960 qui n’aurait pu supporter un rehaussement, le porte-à-faux créant pour sa part un espace vide très utile en tant que préau couvert. De plus, le fait de supprimer l’ancienne salle de gymnastique et de prévoir à la place une cafétéria et un réfectoire apportera davantage d’animation. Ce sont probablement deux des éléments qui ont contribué à faire pencher la balance du côté du projet Architram. «Quant aux empochements en verre qui prendront place sur la façade nord de l’école, ils offriront également de nouveaux volumes, sans pour autant masquer les anciennes façades en molasse du bâtiment qui, il faut le savoir, figure à l’inventaire des monuments historiques» relève encore Bernard Matthey.
Le collège répondra à l'ensemble des besoins
Le nouveau bâtiment, construit entre l’annexe et l’ancienne école, sera aussi accessible de l’extérieur, ce qui l’ouvrira à d’autres utilisateurs. Il comprendra notamment une aula de 180 places et, dans le soubassement, une seconde salle de gymnastique, indispensable pour un collège qui, une fois achevé, devrait accueillir quelque 600 élèves. Cette nouvelle partie comptera également cinq nouvelles salles de classes polyvalentes.
Outre ses locaux de fonctionnement - tels que des salles des maîtres, bureaux pour l’assistant social, le médiateur, les intervenants PPLS (psychologie et logopédie) et le conseiller d’orientation, une infirmerie, un appartement de concierge et d’autres espaces de travail encore - le collège de Villamont disposera ainsi de 33 salles de classes polyvalentes, deux salles de dessin, deux d’activités créatrices sur textile, trois de sciences et de physique, une d’informatique, une d’histoire et géographie, une de musique, un atelier de travaux manuels avec atelier bois, une salle d’économie familiale et une de projection.
Une activité scolaire sans interruption
«L’emplacement de ce chantier, sur le plan géologique et urbanistique, en fait un site délicat qui a nécessité la collaboration d’ingénieurs lors de l’élaboration du projet» souligne Bernard Matthey. «De plus, la contrainte imposée de ne jamais interrompre l’activité scolaire pendant toute la durée des travaux exige d’établir des contacts étroits avec la direction de l’école» poursuit-il. C’est ainsi que des séances de commissions se tiennent régulièrement.
Dans une volonté commune, on y parle des mesures à prendre, qu’il s’agisse de limiter les nuisances sonores ou de garantir la sécurité des élèves. «Ainsi, certains travaux en profondeur s’effectuent pendant les vacances ou à certaines heures, par exemple tôt le matin, ou sont carrément stoppés, comme pendant les examens. Vu l’exiguïté des lieux, cela demande beaucoup de coordination» reconnaît-il. Il faut par ailleurs agir avec beaucoup de précautions lors des travaux en profondeur pour éviter de provoquer des fissures dans la molasse des anciennes façades.
Ces conditions n’entament pourtant en rien l’enthousiasme de l’architecte pour ce projet qui fait jouer de manière intéressante le vieux et le neuf. «L’ajout de ce porte-à-faux de conception tout à fait hardie donne un caractère spectaculaire à cette réalisation mais respecte néanmoins pleinement le style originel de la partie ancienne. Le collège de Villamont deviendra un bâtiment moderne qui, à travers le temps, aura su conserver son utilité première» conclut-il.
Cet établissement représente, pour les autorités de Lausanne, un objet sensible qui demandait à être préserver. La rénovation en cours lui garantira longue vie. De plus, il constituera un exemple très illustratif de ce qu’il est possible de faire, avec la collaboration d’experts, en ce qui concerne la rénovation d’un bâtiment faisant partie du patrimoine en appliquant les normes Minergie + Eco voulues par la capitale vaudoise.






