Construite entre 1969 et 1970, puis surélevée d’un étage deux ans plus tard, l’actuelle école secondaire de Marens, à Nyon (VD), vient de bénéficier d’une véritable cure de jouvence. Cette rénovation a vu l’irruption de la couleur sur toute la hauteur de ses façades.
Pierre-Henri Badel
Cela faisait déjà plusieurs années que l’école secondaire de Marens avait besoin d’une rénovation. Ses façades, fenêtres et toitures étaient en si mauvais état qu’il s’avérait urgent d’y remédier. Suite au lancement d’un concours basé sur une procédure conforme aux règles des marchés publics, c’est finalement le bureau CCHE Architecture de Lausanne qui a présenté le projet le plus séduisant aux yeux des membres de la commission des bâtiments de la ville de la Côte vaudoise. «Le concours était assez ouvert malgré un mandat portant essentiellement sur la rénovation du bâtiment» rapporte Hannes Ehrensperger, architecte associé du bureau CCHE Architecture SA de Lausanne en charge de ce projet.
En fait, même si, en principe, il aurait suffi de procéder à la décarbonatation des structures en béton et de changer les fenêtres, le bureau d’architecture a pris conscience de tout le potentiel que l’on pouvait tirer de ce bâtiment. «Il s’agissait d’un édifice d’une valeur incontestable, tant sur le plan de la construction que dans l’esprit des Nyonnais, même s’il se présentait sous la forme d’un cube en béton tout gris» relève l’architecte. De conception tout en rigueur, il comportait pourtant un hall central fort intéressant et une structure de béton de qualité.
L’irruption de la couleur
«L’utilisation de la couleur a été l’un des éléments marquants de cette rénovation» relève Hannes Ehrensperger. Une fracture indéniable avec l’aspect de la construction originale. La palette des teintes pastel (jaune, vert tendre, etc.) déclinée sur les murs intérieurs aux différents étages se rappelle selon les mêmes variations chromatiques apposées sur les parois des façades extérieures et qui se voient par transparence à travers les parois vitrées périphériques qui apportent une protection accrue à l’isolation. L’intervention du bureau d’architecture engloba naturellement la remise en état du béton et le changement des fenêtres. Ces dernières ont été remplacées également à l’intérieur pour les rendre conformes aux normes actuelles en matière de protection contre le feu.
Alors qu’auparavant l’école trônait au milieu d’un quartier de villas sous la forme d’un bloc massif à l’Ouest de la cité, elle est désormais nimbée de lumière grâce à ses façades de verre coloré dans lesquelles se reflètent harmonieusement les arbres et le ciel qui l’entourent.
Faire entrer la nature à l’intérieur d’un cadre austère
La révolution a été d’imposer aux enseignants le remplacement des anciennes portes par des modèles entièrement vitrés. De cette manière, la lumière et, plus généralement la nature, a fait brusquement irruption dans toutes les coursives de cet imposant navire. Où que l’on se trouve, le regard tombe sur le feuillage des arbres et le ciel environnants. On a ainsi une impression de légèreté dès que l’on gravit les escaliers menant au premier étage. Elle tranche avec la sensation perçue d’abord en pénétrant dans le hall du rez-de-chaussée dont les murs ont été étonnamment repeints en noir pour renforcer le contraste entre lumière et ombre. Deux puits de lumière débouchant dans le vaste hall d’entrée ont en outre été créés pour remplacer les anciennes coupoles en plastique originellement translucides, mais qui, avec le temps, s’étaient totalement été obscurcies et ne répondaient plus à leur fonction première. Celles-ci servent en même temps d’exhausteur de feu en cas d’incendie.
L’autre intervention majeure des architectes a été d’améliorer la qualité acoustique du hall d’entrée et des coursives. Les plafonds de ces dernières ont été insonorisés grâce à des faux-plafonds idoines. Là où se trouvaient auparavant les vastes dômes translucides conçus à l’origine pour faire entrer la lumière, trois grosses baffles insonorisantes ont été également montées dans le plafond du hall central pour atténuer les sons. Et les surfaces métalliques des armoires des élèves installées dans les coursives ont elles aussi été traitées afin qu’elles ne réverbèrent plus les bruits. Du coup, on évolue dans un environnement beaucoup plus feutré, ce qui contribue à atténuer le brouhaha général d’un établissement conçu pour y étudier en pleine sérénité.
Création originale en toiture
Dans le cadre du premier rehaussement du bâtiment, des salles de classes avaient été agencées sur la périphérie du toit, au troisième étage du bâtiment. Une cour intérieure avait subsisté au centre de la toiture. Les architectes ont alors imaginé d’exploiter cet espace laissé libre pour y installer une salle des maîtres. Par souci d’écologie, mais aussi pour ne pas surcharger la superstructure de la bâtisse, cette salle a été entièrement réalisée en bois. La toiture plate de la salle est constituée d’une structure porteuse en lamellé collé avec couverture en aluminium naturel. Un linoléum spécialement retenu pour ses qualités écologiques sert de revêtement de sol dans ce local. Celui des autres salles sera aussi remplacé par ce matériaux dans une phase ultérieure.
Une solution intéressante a été trouvée pour conserver le principe de l’intrusion de la lumière naturelle. Le local a été surélevé d’environ un demi-mètre, ce qui a effectivement permis d’avoir une vue sur l’extérieur. Le regard plonge ainsi sur les fenêtres en imposte situées en haut des cloisons entre le corridor et les salles de classes, elles-mêmes ouvertes sur de larges baies vitrées. Cette nouvelle salle comprend également d’astucieux lampadaires alliant une fonction de ventilation. Ils assurent un climat agréable à cet espace de vie et de détente pour le corps enseignant, tout en étant très esthétiques malgré leur sobriété.
Une option pas si aisée à faire passer
Hormis les questions liées à la réhabilitation des éléments détériorés par les affres du temps, la rénovation proprement dite avait été précédée d’une phase de réflexion dans le sens des économies d’énergie et du développement durable. «Nous avons proposé de rendre le bâtiment conforme aux normes Minergie mais, lors de la mise au concours, ce principe a eu de la peine à l’imposer» se remémore Hannes Ehrensperger. Lors du concours, il avait été prévu une isolation thermique intérieure. Le bureau d’architecture CCHE a demandé que l’isolation thermique soit dimensionnée en conséquence, justement pour répondre aux exigences de la norme Minergie. «Aujourd’hui, cette option semble évidente mais à l’époque, il n’a pas été aisé de convaincre le jury et les membres de la commission de construction de son bien-fondé» relève-t-il.
Pour y arriver, l’ensemble du concert de béton a été emmitouflé dans une couche isolante de laine de pierre à bidensité de 140 mm d’épaisseur offrant un indice d’isolation de 0,038 W/mK. Le tout a été bardé d’un survitrage en verre minéral qui crée ainsi une peau supplémentaire favorable en terme d’isolation périphérique.
Ne pas verser dans l’architecture spectaculaire
Dans le cadre de cette réhabilitation, le courage de la commission de construction a été payant, notamment en ce qui concerne le choix de la peinture foncée des murs du hall d’entrée et de l’escalier d’accès aux premier et deuxième étage. A l’époque, alors que le cœur du bâtiment ne présentait pas encore autant d’ouvertures, ce ne fut assurément pas évident d’accepter les options proposées par les architectes.
Ainsi, même enrichi par ailleurs de teintes très lumineuses, le bâtiment donne plutôt dans la sobriété et un dénuement très esthétique. «Nous avons cherché à réaliser une architecture fonctionnelle plutôt que spectaculaire et avons accordé beaucoup de soin à la réalisation des moindres détails des éléments architectoniques» résume Hannes Ehrensperger en guise de conclusion.






