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Des bâtiments publics de moins en moins gourmands en énergie

Les recommandations faites aux cantons dans le but d’améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et d’encourager l’utilisation des énergies renouvelables sont largement entendues par les différents responsables romands. Dans la mesure de leurs moyens, les responsables romands du parc immobilier de l’Etat tentent de les appliquer tout en instaurant parallèlement des mesures incitatives pour que les propriétaire privés s’engagent dans des efforts similaires.

A l’heure où l’on dresse des bilans énergétiques dans presque tous les domaines, il n’y a pas de raison que le secteur de la construction y échappe. Toutes les analyses montrent en effet combien les bâtiments sont d’énormes consommateurs, tant pour leur chauffage, éclairage, aération que production d’eau chaude. Pendant des années, le mazout et l’électricité ne représentaient qu’une part relativement modeste des coûts d’entretien, et en réduire la consommation ne constituait pas une priorité. Désormais, le vent a tourné. Les efforts entrepris pour économiser de l’énergie passent par un choix judicieux des matériaux, par des isolations efficaces et par des installations performantes. Dans cette optique, le label Minergie est hautement recommandé et largement adopté dans la construction des bâtiments publics, notamment dans les nouveaux établissements scolaires. Les propos de quelques responsables romands le confirment.

 

A Genève, des critères systématiquement pris en compte

«Il est évident qu’aujourd’hui, toute nouvelle construction doit intégrer de hauts standards en matière d’efficience énergétique, de choix des matériaux et de système d’exploitation» relève d’emblée Laurent Forestier, responsable de la communication au Département des constructions et technologies de l’information à l’Etat de Genève (DCTI). Il en a été ainsi pour chacune des réalisations les plus récentes, dont le cycle d’orientation de la Seymaz et l’extension de la prison de Champ-Dollon dernièrement inaugurée.

Parmi les préoccupations du DCTI, la résolution de la crise du logement qui sévit depuis de nombreuses années dans le canton demeure pourtant essentielle. Cette problématique touche également le Département du territoire car, pour construire de nouvelles habitations, il faut que certains périmètres puissent être urbanisés. Malheureusement, les autorisations ne sont pas simples à obtenir, nécessitant de très longues négociations avec les propriétaires de terrain.

 

Beaucoup de logements en devenir

Certains projets parviendront pourtant à se concrétiser comme celui de La Chapelle-Les Sciers, sur les communes de Lancy et de Plan-les-Ouates, dont le plan de quartier a été accepté en juin dernier et qui prévoit l’implantation de 1500 logements. Quant au site des Vergers, situé partiellement sur la commune de Meyrin, son plan directeur a été approuvé par le Conseil municipal en octobre 2006 et par le Conseil d’Etat en mars 2007. Il pourrait recevoir environ 2300 habitants dans quelque 1000 logements. Un dernier projet enfin, du nom de Mon Idée – Communaux d’Ambilly (MICA), concerne la commune de Thônex, avec la construction d’environ 2500 nouveaux logements.

Pour l’aider dans sa mission, l’Etat a créé quatre fondations immobilières de droit public ayant pour vocation de construire et de gérer les habitations. Celles-ci veillent à leur qualité et au respect de l’environnement, à l’économie des coûts de production et d’exploitation, favorisent les produits et les matériaux de construction respectueux de l’environnement ainsi que ceux présentant une aptitude maximale au recyclage. Christian Freudiger, du service cantonal de l’énergie, tente pour sa part d’intégrer le standard Minergie dès la conception des projets et l’élaboration des plans financiers.

 

Des directives déjà appliquées

Pour réduire les impacts négatifs sur l’environnement et la santé, le Conseil d’Etat genevois a adopté en juin 2006 une nouvelle directive relative au choix des matériaux de construction pour les ouvrages publics. Le canton entend ainsi limiter l’usage de produits polluants comme les composés organiques volatils (COV) dont les effets négatifs sont avérés.

L’Etat a également publié une brochure et élaboré plusieurs sites Internet de référence facilitant la tâche des architectes et ingénieurs, répertoriant entre autres les matériaux les plus écologiques et ceux à proscrire. Parmi les choix recommandés: privilégier le béton fabriqué avec du gravier recyclé et concevoir des ouvrages aisément modulables et peu producteurs de nuisances et de déchets. «En ce qui concerne les bâtiments publics, tout est entrepris pour respecter ces multiples recommandations» affirme en l’occurrence Philippe Bürgisser, de la direction du logement. Quant à Vladan Schloeter, du Service technique des bâtiments, il s’attèle à un véritable travail de fond en suivant de très près la consommation d’une centaine de bâtiments – essentiellement des écoles, cycles d’orientation et collèges - dans le but de déceler les gaspillages d’énergie. «Le coût nécessaire pour effectuer cette tâche est relativement important mais, à terme, les économies qui en résulteront compenseront largement les dépenses, représentant même un retour sur investissement non négligeable» affirme-t-il.

 

A Neuchâtel, quelques réalisations exemplaires

«En matière de construction durable, nous n’appliquons pas de politique au niveau cantonal, mais des mesures incitatives ont été élaborées en ce qui concerne la ville de Neuchâtel» rapporte Philippe Donner, responsable du service des bâtiments. «Sous forme de subventions, elles visent à encourager le solaire et le thermique» ajoute-t-il.

Au nombre des réalisations exemplaires les plus récentes, il se plaît à citer le Conservatoire de musique, la Haute école de gestion, la transformation de l’ancienne université ainsi que celle d’un home pour alcooliques. Dans tous ces bâtiments, qu’il s’agisse de nouvelles constructions ou de rénovations, on tente d’approcher le standard Minergie, en privilégiant notamment une bonne isolation périphérique, le chauffage au bois, en tirant profit du solaire passif et en posant un maximum de vannes thermostatiques et de capteurs solaires photovoltaïques.

«En ce qui concerne l’assainissement des bâtiments, la volonté politique du canton est clairement affirmée dans le programme de législature de Fernand Cuche, conseiller d’Etat» souligne Philippe Donner.

 

D’autres outils en préparation

Malgré certaines restrictions budgétaires, plusieurs écoles ont été construites ou rénovées selon le label Minergie, obligatoire désormais pour les bâtiments publics sur territoire neuchâtelois. Il s’agit par exemple du Centre professionnel des métiers et du bâtiment de Colombier, de l’Ecole supérieure de droguerie de Neuchâtel, de l’Ecole technique du Locle ainsi que d’une école primaire à La Chaux-de-Fonds. «Quant au Musée cantonal d’archéologie, le Laténium, il est le premier musée de Suisse à répondre aux critères de ce standard» relève avec satisfaction Jean-Luc Juvet, responsable des bâtiments et travaux. En ce qui concerne les immeubles locatifs, qu’ils soient privés ou subventionnés, des subsides supplémentaires devraient encourager les propriétaires à entreprendre des travaux d’assainissement, comme envisagé dans ceux appartenant à la caisse de pension de l’Etat.

«D’autres outils encore sont actuellement en préparation et devraient déclencher une grande vague d’innovations» espère Jean-Luc Juvet. Et de mentionner le certificat énergétique des bâtiments, basé sur les critères européens, mais que chaque pays peut aménager en fonction de ses propres réglementations. En Suisse, il prendra en compte les normes SIA. «Comme cela se fait pour les voitures, les bâtiments seront étiquetés selon une échelle A, B, C, etc. Cette classification présentera notamment un grand avantage lors des achats et des ventes d’immeubles de même que pour recevoir des subventions» assure le responsable neuchâtelois.

 

Les Vaudois bougent dans le bon sens

«Cité de l’énergie», la Ville de Lausanne est engagée depuis longtemps dans un processus de développement durable. Sa politique énergétique favorise autant la production d’énergies renouvelables, l’extension du chauffage à distance que la rénovation des bâtiments. Son projet d’écoquartier «Métamorphose» en est un illustre exemple. En ce qui concerne la mobilité, la stratégie menée va dans le même sens, encourageant le report modal sur les transports publics et soutenant les carburants alternatifs.

Cette volonté marquée a débouché sur une collaboration régulière entre la commune de Lausanne et le canton pour élaborer de nouveaux projets. Deux d’entre eux viennent justement de franchir le stade des pré-études: celui de géothermie à Lavey qui devrait permettre de produire de l’électricité et de fournir de la chaleur au complexe thermal et aux communes de St-Maurice et de Lavey; celui de biométhanisation pour la valorisation des déchets verts de l’agglomération, prévu sur un site proche de l’hôpital de Cery, qui produira du biogaz, transformable en électricité et chaleur, ainsi que du compost et de l’engrais liquide.

Autres résultats encourageants de la stratégie adoptée, la multiplication des demandes de subventions enregistrées durant l’année 2007. Elles ont en effet quadruplé pour le solaire et triplé pour le bois et la géothermie, avec pas moins de 800 autorisations de forages délivrées. On voit donc que, dans l’esprit des citoyens vaudois, l’idée de recourir aux énergies douces a fait résolument son chemin.

 

Il y a encore du pain sur la planche

En décembre dernier, le Conseil d’Etat publiait d’ailleurs un rapport au Grand Conseil au sujet de six postulats. Ils souhaitaient que l’Etat encourage l’écologie industrielle, entreprenne une étude de production d’énergie hydraulique sur les réseaux d’eau; prenne toutes les mesures utiles au développement de la biomasse; mette en œuvre des projets de parcs éoliens; favorise le recours à la géothermie pour la production domestique de chaleur et étudie la réalisation d’une usine de couplage chaleur-force utilisant la géothermie profonde et, enfin, utilise des carburants végétaux et d’autres énergies non fossiles.

Même si, de prime abord, ces demandes ne semblent pas concerner directement la construction durable, leurs répercussions, si elles étaient concrétisées, pourraient influencer les projets dès leur conception, notamment en ce qui concerne le choix de l’énergie.

 

Au Valais, les efforts sont probants

«Dans le canton, les bâtiments publics ou subventionnés doivent satisfaire le standard Minergie depuis 1999» rapporte pour sa part Olivier Galletti, architecte cantonal à l’Etat du Valais. Ce standard limite la consommation d’énergie à 40 kWh/an m2, soit la moitié de la consommation stipulée dans la loi. Pour les bâtiments publics, la législation cantonale comprend des exigences précises concernant l’emploi rationnel de l’énergie et de l’eau. Ces derniers doivent notamment comporter une isolation thermique renforcée et exemplaire. La puissance électrique installée est également limitée selon le même principe.

«Le Service des bâtiments améliore depuis 1981 l’efficacité énergétique de ses installations. Il poursuit une politique d’assainissement de ses bâtiments en suivant un catalogue d’actions préétabli, ceci à la vitesse de ses disponibilités» poursuit Olivier Galletti. Ainsi, la consommation électrique des bâtiments qui existaient en 1985 n’a pas augmenté, et leur consommation thermique a chuté de plus de 20%.

 

Label Minergie et mesures de promotion

Les bâtiments n’appartenant pas à l’Etat du Valais ou non subventionnés, qu’ils soient anciens ou nouveaux, peuvent obtenir une subvention s’ils satisfont au standard Minergie. Dans le canton, près de 480 bâtiments ont ainsi reçu le label Minergie grâce à cet encouragement. Par ailleurs, le canton encourage par des mesures de promotion le chauffage au bois centralisé et le solaire thermique. Actuellement, entre 20 et 30 projets de l’Etat ou subventionnés sont concernés chaque année par ces exigences.

«Deux projets importants sont particulièrement représentatifs de cette politique de l’Etat, d’une part la HEV de Sierre terminée en 2004 et, d’autre part, le collège de Brigue, terminé en 2006» relève Olivier Galletti. Et d’ajouter encore le projet encore en chantier de la nouvelle école professionnelle de Viège qui répond à ces critères, comme l’ensemble des projets communaux pouvant obtenir des subventions de l’Etat du Valais. Au nombre de ces constructions communales, il cite également l’école primaire de Fully qui, construite en 2001, enregistre une consommation ne dépassant pas 25 kWh/m2 an pour son chauffage, système de refroidissement, éclairage et production d’eau chaude.

On constate donc avec satisfaction que, dans chaque canton, les réalisations les plus récentes répondent dans une large mesure aux nouvelles exigences de la protection de notre environnement. Pour ce qui est des immeubles locatifs plus anciens, leur rénovation selon les critères souhaités représente en revanche une tâche de plus longue haleine. Ces améliorations ne se réalisent qu’en fonction des moyens financiers de leurs propriétaires et, à n’en pas douter, des incitations financières que l’Etat sera d’accord de leur allouer, même si la justification de tels travaux est largement reconnue sur un plan écologique et environnemental.

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