Durant le mois d'août 2008, des précipitations abondantes ont eu des répercussions catastrophiques dans le Seeland et le Jura bernois, provoquant d'énormes dégâts dans la région de Bienne et de Moutier.
Depuis 1972, date à laquelle les premiers recensements des conséquences financières des inondations ont été systématiquement effectués par l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), on s'aperçoit que les dégâts dus aux crues ne cessent d'augmenter. Les intempéries d'août 2005, qui ont provoqué de graves inondations surtout en Suisse centrale et dans l'Oberland bernois, ont coûté plus cher qu'aucun événement précédent. Et celles déjà enregistrées cette année laissent présager que le montant global versé à titre de dédommagements en 2007 sera tout aussi conséquent.
Un phénomène inéluctable mais qui s'accélère
Pays de hautes montagnes enneigées d'où s'écoulent de très nombreux cours d'eau, la Suisse est située en première ligne pour ce qui est des risques d'inondations. L'eau ne peut pas être arrêtée uniquement par les simples mesures de précaution imaginées jusqu'ici par les hommes. C'est en effet elle qui, par sa force naturelle, a creusé des gorges de centaines de mètres de profondeur, sur des kilomètres de longueur. Et le réchauffement climatique accélère encore ce phénomène d'érosion en raison de la disparition en haute altitude du permafrost qui en bien des endroits maintenait des roches friables dans un état de magma compact.
Ces matériaux sont aujourd'hui précipités dans le bas des ravines et viennent renforcer les mouvements de sape de la nature sur les ouvrages - très souvent dérisoires - érigés par l'homme.
Vers de nouvelles solutions
Les premiers grands travaux d'aménagement visant à protéger les zones habitées ont surtout consisté à canaliser les flots de manière afin que les rivières ne puissent pas déborder. Aujourd'hui, avec une érosion accrue des rives et l'amplification des phénomènes naturels, d'autres mesures sont évaluées dans le but d'offrir un meilleur degré de protection à la population.
Jusqu'ici, les aménagements consistaient surtout à monter de hautes digues pour confiner les rivières susceptibles de sortir de leur lit dans une enceinte bien délimitée. Si de telles mesures sont fonctionnelles en cas de crues normales, elles accélèrent par contre fortement le débit des cours d'eau lors de précipitations importantes, avec les répercussions catastrophiques qui peuvent en résulter. Raison pour laquelle on envisage désormais de donner davantage de place aux rivières. Aux endroits qui s'y prêtent particulièrement bien, on prévoit dès lors de laisser le cours d'eau déborder naturellement. Ces zones inondables deviennent ainsi des réservoirs tampon, une manière efficace de ralentir le débit s'écoulant en aval le long des ouvrages existants.
Miser sur une politique durable
Cette nouvelle politique vise à inscrire toutes les précautions qui seront prises dans le cadre du développement durable. Deux mesures l'étayent: la première consiste à bannir toutes constructions dans les zones les plus exposées aux inondations et la seconde, à laisser les flots se déverser dans des zones sécurisées et bien délimitées, là où les ouvrages techniques sont impuissants à les endiguer. Cela exige pourtant de disposer de zones inondables sûres, capables d'accueillir ces excès d'eau, tout en offrant des volumes d'accumulation suffisants pour éviter que les flots se déversent trop rapidement en aval, au risque d'amplifier le phénomène d'inondation.
Un effort tout particulier est aussi à porter sur les ponts enjambant les rivières susceptibles de se transformer en flots impétueux en cas d'orages. Selon les cas, il faut prévoir d'en rehausser le tablier pour éviter que des gravats s'y accumulent et amplifient l'effet néfaste des intempéries. Une autre solution consiste à construire des ponts dont le tablier peut se relever pour laisser l'eau s'écouler librement, comme cela a été fait à Brigue.
Entre vouloir et pouvoir...
La deuxième correction du Rhône s'inscrit parfaitement dans cette nouvelle approche du développement durable. Elle prévoit d'élargir le lit du fleuve ainsi que les zones d'inondations naturelles où pourraient alors se créer de véritables lacs. Pour cela, il faut pourtant faire l'acquisition de parcelles, souvent très fertiles, dans la plaine du Rhône. Une procédure longue et coûteuse, surtout si, dans l'impossibilité d'acheter les terrains en question par le biais de préemption en cas de changement de propriétaire, l'Etat doit procéder à des expropriations.
«Cette nécessité d'expropriation ne devrait pourtant se présenter que dans des cas exceptionnels» rapporte en l'occurrence Michel Jaboyedoff, professeur à l'Institut de géographie de l'Université de Lausanne. Cela pourrait se produire dans des zones de renaturation ou dans celles exposées à des crues torrentielles, comme cela s'est produit à Brienz.
Réalisation de cartes des dangers naturels
Présentement, une tâche importante attendent les cantons: celle de réaliser les cartes de dangers naturels exigées par la Confédération. Face à la fréquence toujours plus marquée des crues, avalanches, glissements de terrain, chutes de blocs de pierre et, aussi, des coûts énormes qui s'en suivent, il devient effectivement urgent de prendre toutes les mesures possibles pour prévenir ces risques.
En raison de l'exiguïté du territoire qui a conduit les autorités à permettre des constructions sur des terrains qui se sont révélés ensuite trop exposés aux dangers naturels, il s'agit aussi de mieux planifier l'occupation du territoire. La réalisation des cartes - pour laquelle des subventions seront octroyées jusqu'en 2011 - doit se faire sur la base de critères scientifiques. Elles doivent concerner un territoire bien défini et comporter des indications détaillées sur le type de dangers, leur niveau et leur extension probable.
Les cantons se consacrent donc sérieusement au recensement systématique de leurs zones à risque et établissent la cartographie des endroits où la population et les biens de valeur sont menacés par des dangers naturels. Selon l'Office fédéral de l'environnement, c'est le risque d'avalanches qui est actuellement le mieux recensé, couvrant les deux tiers de la surface à traiter, alors que les risques de crues ne le serait qu'à raison d'un tiers des régions concernées.
«Dans le canton de Vaud, la réalisation des cartes va démarrer en 2008 et devrait être achevée dans les trois ans, soit à fin 2011» précise Michel Jaboyedoff. «A Fribourg, leur établissement est quasiment terminé alors qu'au Valais, on se montre très actif» ajoute-t-il. L'avancement est donc très variable selon les cantons.
Un exemple concret
Pour répondre aux exigences de la Confédération en ce qui concerne la réalisation des cartes des dangers, le canton de Vaud a déjà établi des cartes indicatives qui apportent une vue générale et renseignent sur des dangers identifiés, ce qui a permis de classer par ordre prioritaire les neuf bassins versants situés en trois régions distinctes qui présentaient des risques particulièrement importants. Il s'agit dès lors de les compléter et de les détailler en fonction des informations locales détenues par les communes. Dans le but d'unifier la réalisation des cartes et de réduire les coûts, le projet cantonal prévoit une organisation regroupant toutes les communes situées sur un même bassin versant. Son coût global est estimé à quelque 8,2 millions de francs partagés entre la Confédération, l'ECA, le canton et les communes.
L'établissement de ces cartes permettra une gestion pluridisciplinaire des dangers naturels, une politique préventive plutôt que réactive et l'intégration des données dans les plans d'affectation. Elles permettront aussi de définir les travaux à entreprendre en vue de protéger les constructions existantes.






