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Patrimoine suisse: des rénovations qui font coup double

Mollards des AubertLa conservation d’anciens sites de valeur historique permet un retour aux sources. Dans ce sens, l’initiative de la fondation Vacances au cœur du patrimoine découle d’une approche résolument novatrice et originale. Elle répond à une demande de plus en plus souvent exprimée par ceux qui souhaitent vivre des sensations nouvelles pendant leurs vacances. Deux maisons typiques sont désormais à leur disposition.

 

Clairemonde Hirschmann

Après avoir séjourné dans des hôtels et bungalows très standardisés, on peut rêver d’un cadre plus original pour passer des vacances. Cela est possible, notamment en France, où certains châteaux, maisons patriciennes ou gîtes ruraux sont devenus des lieux d’accueil très appréciés. En Angleterre également, le Landmark Trust – créé en 1965 - rachète d’anciens manoirs, les réaménage en respectant leur architecture traditionnelle, puis les loue aux vacanciers avec grand succès. Séduit par ce concept, Patrimoine suisse a décidé de l’adopter par le biais de la fondation Vacances au cœur du patrimoine. Celle-ci prévoit de reprendre certains bâtiments historiques vides et de les rénover en douceur. Ce projet permettra non seulement de conserver des objets de valeur menacés de disparition, mais aussi de venir combler un réel manque au sein de notre offre touristique.

 

Des caractéristiques à conserver

Constituée à Zurich en novembre 2005, la fondation Vacances au cœur du patrimoine prévoyait de mettre en location une centaine de logements d’ici 10 à 15 ans. Tout en conservant leur aspect d’origine, les maisons seraient équipées d’un mobilier adéquat et complétées si nécessaire d’éléments modernes, notamment leurs cuisines et salles d’eau. Ces logements devraient comprendre entre 4 et 10 lits et leurs prix de locations se situer dans le segment moyen à élevé. La notion de simplicité doit primer pour que ces demeures donnent surtout l’occasion à leurs hôtes de se plonger dans un autre temps et de retrouver les modes de vie d’autrefois.

Les témoins de l’architecture de notre pays sont d’une variété infinie. Entre fermes traditionnelles et maisons bourgeoises du début de l’industrialisation, leurs toitures et façades sont très typées et propres à chaque région. Les premières ne répondant plus aux exigences d’une exploitation moderne, et les secondes se révélant généralement trop coûteuses à rénover pour des particuliers, elles finissent malheureusement très souvent par être démolies. On perd ainsi petit à petit tout ce qui constitue les éléments de notre culture. Pourtant, on constate que les touristes choisissent leur destination surtout en fonction de la beauté de la nature, de l’authenticité du paysage et de la qualité de préservation des sites.

 

Un large partenariat

Le concept défendu par la fondation Vacances au cœur du patrimoine vise à rénover des bâtiments anciens sans forcément appliquer des normes aussi sévères que s’il s’agissait d’habitats permanents, notamment en ce qui concerne la hauteur sous plafond et le chauffage. Comme il est prévu que le produit de location couvre les coûts d’entretien, de réparation et d’administration courants de chaque habitation, les coûts des séjours dans ces maisons de vacances devraient se situer dans une gamme de prix très accessibles.

En dehors des fermes et des maisons de maîtres, les logements qu’il est prévu de réaménager peuvent aussi comprendre des gares désaffectées, des écoles ou de simples chalets d’alpage. Ces bâtiments sont généralement donnés à la fondation, ou acquis par elle à un prix symbolique. Lors de sa constitution, cette dernière estimait qu’elle devrait investir quelque 45 millions de francs sur 10 ans pour restaurer les 100 maisons qu’elle envisageait de réhabiliter. Ce programme implique la collaboration et l’appui financier de nombreux acteurs issus respectivement de l’économie, d’associations touristiques nationales et régionales, des Monuments historiques, de l’administration fédérale, des cantons, communes et autres fondations.

 

L’idée séduit mais…

Bien que prometteur, ce projet ne se réalise pourtant pas aussi rapidement qu’escompté. A ce jour, seules deux maisons sont achevées et proposées à la location. Il s’agit de la Huberhaus à Bellwald, en Valais, qui fut construite en 1787, et la Nüw Hus, à Safiental dans les Grisons, datant du XVIe siècle. «Si notre liste d’objets à rénover est aujourd’hui complète, la récolte des fonds se révèle en revanche beaucoup plus ardue» reconnaît d’emblée Monika Suter, porte-parole de la Fondation. La concrétisation de ce programme risque donc de s’étendre sur un laps de temps beaucoup plus étendu qu’envisagé à son lancement.

«D’une façon générale, les propositions de rénovation sont parvenues à la fondation par des sources très variées. Elles proviennent souvent des propriétaires eux-mêmes qui n’ont pas des moyens suffisants pour se lancer dans de telles réfections. Il peut s’agir aussi de voisins, de membres de Patrimoine Suisse souhaitant voir survivre certaines belles bâtisses, ou encore de communes désireuses de se défaire de bâtiments dont elles n’ont plus l’usage ou qui nécessiteraient trop de transformation pour répondre aux normes actuelles» ajoute encore Monika Suter.

S’agissant d’objets bien spécifiques, les plans et les travaux de rénovation en cours ou exécutés jusqu’ici ont été confiés à des architectes expérimentés dans la rénovation des maisons historiques. «Nous mandatons des professionnels qui connaissent bien les caractéristiques architecturales de la région. Ils engagent à leur tour des artisans capables de travailler selon les traditions locales» spécifie encore Monika Suter. «Les deux maisons de vacances mises en location cette année sont d’ores et déjà réservées pour 20 semaines chacune, un succès qui a dépassé nos attentes» se réjouit-elle, une preuve aussi que la formule fait des adeptes.

 

La maison des Mollards-des-Aubert

Une des seules demeures de la liste située en Suisse romande, la maison des Mollards-des-Aubert est une ferme jurassienne typique de la vallée de Joux ayant toujours appartenu à la même famille. Située à 1300 m d’altitude et construite en 1710 sur un pâturage de 17 ha, elle fut acquise en 2004 par la Fondation Les Mollards-des-Aubert constituée de Pro Natura Vaud, Patrimoine suisse, la Société d’Art public, la section vaudoise de Patrimoine suisse et la Fondation Pierre Aubert. Très peu remaniée, cette magnifique bâtisse a conservé toute son authenticité.

Selon la volonté des différents partenaires, la division des locaux restera inchangée, un nouvel escalier permettant cependant d’accéder directement à l’étage supérieur où se situent les ateliers du graveur et peintre Pierre Aubert qui seront ouverts au public. Ainsi, on respectera l’objectif de la Fondation de maintenir à la fois un paysage naturel pittoresque, un bâtiment témoin d’une exploitation rurale à l’ancienne et le berceau de l’œuvre de Pierre Aubert. Il ne reste plus qu’à trouver les fonds nécessaires qui permettront de passer aux études de détail et à la réalisation concrète du projet.

L’Association pour le développement économique de la Vallée a été informée de cette initiative qu’elle juge intéressante pour la région. «Nous pourrions y donner notre appui pour autant que ce projet s’insère dans une stratégie touristique comme celle développée dans le cadre du Parc jurassien» estime Eric Duruz, directeur. «Pour que des fonds publics puissent y être investis, le dossier devrait reposer sur des bases légales et entrer dans le cadre d’une vision régionale» insiste-t-il. Quant à la commune du Chenit, comptant sur son territoire les agglomérations Le Brassus, Le Sentier, Le Lieu et L’Orient, si elle a bien été mise au courant des intentions de la Fondation Les Mollards-des-Aubert, elle n’a pas été sollicitée jusqu’à ce jour pour contribuer financièrement à la concrétisation de cette rénovation.

Pour en savoir plus: www.patrimoinesuisse.ch

 

 


Trois maisons de vacances en devenir

  • La Türalihus est une imposante maison de maîtres du XVIIIe siècle, vide depuis longtemps. Elle se prêterait très bien à une réaffectation au sens de Vacances au cœur du patrimoine et pourrait contenir trois logements. Les chambres aux boiseries peintes leur conféreraient une atmosphère hors du commun.
  • La Casa Döbeli, une maison tessinoise bourgeoise des XVIIe et XVIIIe siècles, est un bâtiment haut et étroit comprenant de longues suites de chambres toutes reliées entre elles par un balcon extérieur. Simples et sobres, elle sont dotées d’élégantes armoires encastrées et cheminées originales. La maison appartient à la section tessinoise de Patrimoine suisse (STAN) qui l’a héritée de son ancien propriétaire. Il est prévu d’y aménager deux logements de vacances dans les étages supérieurs alors qu’au rez-de-chaussée seront conservées la grande bibliothèque et la collection de compositions musicales de feu M. Döbeli.
  • La Casa Avanzini date du XIXe siècle, les Avanzini ayant appartenu à la bourgeoisie rurale du Malcantone. Propriété de la commune, elle se situe au coeur historique du village de Curio (TI). Relativement bien conservée, elle contient encore de nombreux meubles datant des siècles derniers. On envisage de l’exploiter en collaboration avec la commune avec, au rez-de-chaussée, des locaux publics comme un café, et des logements locatifs et de vacances aux étages.
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