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Mobilier urbain: l’objet de toutes les convoitises

Poubelle requinL’image de marque d’une ville ou d’une commune est intimement liée à l’aspect de ses espaces publics, à ses infrastructures ainsi qu’à tout ce qui les accompagne. Ces équipements annexes, connus sous le nom de mobilier urbain, représentent aujourd’hui un secteur en plein essor. D’autant plus qu’ils peuvent servir aussi de supports publicitaires. Un marché qui s’avère très lucratif.

Pierre-Henri Badel

Le mobilier urbain est apparu de manière insidieuse dans le paysage citadin. Il visait d’abord à répondre à un besoin purement fonctionnel. Bancs et candélabres – à l’origine au gaz – puis poubelles et abris de bus firent petit à petit partie du décor.

Aujourd’hui, le nombre d’éléments servant de mobilier urbain s’est multiplié parallèlement au développement des nécessités liées à la canalisation des flux de personnes. Il a fallu contenir l’envahissement des automobiles en posant des limites afin qu’elles n’empiètent pas, pour des raisons de sécurité, sur les trottoirs et les zones dédiées aux piétons. Elles prirent la forme de potelets, puis de barrières et enfin de boules en fonte résistant aux chocs des véhicules.

 

Un vaste éventail d’objets les plus divers

Le mobilier urbain est varié car il répond à de très nombreuses exigences. On peut les classer grosso modo en quatre catégories: ceux voués à la sécurité et à la protection (abri-bus, candélabres, barrières, garde-fou, embarcadères, bornes, etc.); ceux dédiés à la propreté (poubelles, containeurs, abris pour containeurs, toilettes publiques, etc.); la signalétique (indicateurs directionnels, panneaux d’information, bornes interactives, etc.) et les dispositifs de services (cabines téléphoniques, boîtes aux lettres, etc.). L’irruption des nouvelles technologies a encore renforcé le rôle du mobilier urbain qui s’est modernisé fortement au cours de ces dernières années. Les panneaux d’information sont devenus animés, tout comme ceux, placés aux arrêts de bus, indiquant la destination des véhicules des transports publics. Mieux encore, les abri-bus son bardés de panneaux qui sont désormais rehaussés par de la publicité qui défile ou même qui s’anime quand on s’approche. Comme ces abris sont souvent financés par des sociétés chargées de l’affichage de la publicité et qu’elles doivent être toujours plus novatrices, on peut s’attendre à d’autres évolutions encore ces prochaines années.

 

Autarcie énergétique toujours plus grande

Le mobilier urbain dans toute sa diversité profite désormais pleinement des nouvelles techniques en matière d’éclairage et de captage de l’énergie solaire. De plus en plus d’abri-bus, d’abris pour vélos, de panneaux de signalisation et plus récemment encore de lampadaires sont en effet alimentés au moyen de panneaux photovoltaïques, ménageant la facture d’électricité des collectivités locales tout en éclairant et animant ces objets.

L’arrivée des écrans plats et la réduction croissante de leurs coûts et de leur consommation ouvrent naturellement des perspectives sans limites pour rendre ces éléments de mobilier encore plus attirants. Désormais, les événements majeurs de la culture et certaines séquences vidéo vont se retrouver dans la rue, plus particulièrement ceux destinés aux jeunes. On peut aussi imaginer que le contenu des programmes diffusés sur la voie publique pourrait être un jour déclenché et piloté par des puces RFID apposées sur les objets (canettes de bières, sandwiches ou achats divers) en mains des personnes qui s’en approchent.

 

Un incontestable manque de cohérence

Les éléments du mobilier urbain ont fait irruption les uns après les autres. Les responsables de la circulation, de l’aménagement et de l’urbanisme en ont souvent rajouté une catégorie en fonction des besoins pressants ou au gré des opportunités qui se présentaient. Les abri-bus sont apparus souvent à l’instigation des compagnies de transports publics; la signalétique, à celle des offices du tourisme et les poubelles, de la voirie. Ces différentes initiatives engendrent une disparité flagrante dans l’esthétique des objets qui jalonnent le parcours des piétons, cyclistes, automobilistes et usagers des transports publics.

Si les collectivités locales – peut-être sous la pression des organismes chargés du tourisme – ne prennent pas des mesures pour tenter de mettre en cohérence ces divers éléments de mobilier urbain, et elles seules ont pouvoir de le faire par le biais de la législation, on risque de se trouver dans une gabegie totale. Ces derniers se multipliant tout autant que la publicité qu’ils véhiculent, la situation ne manquera pas de devenir très compliquée. Car chaque acteur souhaite naturellement que la prépondérance soit donnée aux objets dont il a la charge afin ceux-ci soient les plus visibles dans l’espace public, d’où une pagaille quasi programmée.

 

Entrer de plain-pied dans la modernité

Les pouvoirs publics ne devront plus se limiter à élaborer des règlements mais réfléchir en terme d’image de marque d’une cité. Il faudra définir des normes ou des modèles standard qui devront être impérativement utilisés par tous les services et acteurs de ce marché, car c’est bien de cela dont il est question désormais, tant les enjeux économiques sont importants dans l’exploitation de l’espace public.

Définir des standards présente pourtant le risque de figer l’esthétique des objets de manière définitive. Pour l’éviter, il faudra repenser régulièrement leur fonction et leur aspect dans le but d’adapter de façon dynamique l’âme d’une ville aux impératifs contemporains. Une cité qui veut cultiver le luxe devra définir ses standards tout différemment de celle qui souhaite être perçue comme novatrice, moderne et avant-gardiste. Quitte à lancer des concours de création de mobilier urbain afin de renouveler l’image dont elle souhaite se donner. Ce n’est qu’à ce pris que les centres urbains entreront de plain-pied dans la modernité et la cohérence.

 

Accroître la protection et la durabilité du matériel

On est aujourd’hui en droit de se demander si l’augmentation du vandalisme ne risque pas d’avoir une influence négative sur l’essor du mobilier urbain dans l’espace public. Il est en tout cas certain que ce phénomène doit absolument entrer en ligne de compte dans les critères de sélection des objets. Laissés sous la seule protection de la population, les contrôles policiers étant rares, ils sont toujours plus victimes de déprédations de la part de ceux qui font preuve d’incivilité.

Accroître les contrôles peut être une solution mais, pour des questions de coût, munir ces éléments de dispositifs de protection électronique (alarmes, caméras, etc.) permettrait plus facilement de repérer les auteurs d’actes délictueux. C’est malheureusement le côté contraignant d’une politique ambitieuse d’embellissement de nos centres urbains.

 


 

Poubelles: entre fonctionnalisme et esthétisme

L’exemple des poubelles démontre bien la complexité inhérente au choix d’une pièce de mobilier urbain somme toute assez banale. Leur utilité est totalement démontrée dans le cadre de la lutte contre la prolifération des détritus dans les rues, parcs et jardins publics. Elles doivent être vidées régulièrement pour éviter que les ordures jonchent le sol. Mais leur ouverture doit empêcher aussi que les gens y déposent des sacs contenant des déchets ménagers, fait malheureusement souvent constaté par les responsables de la voirie… ou que d’autres viennent les fouiller en les vidant de leur contenu dont, après investigations, la moitié restera sur le sol.

Comme parallèlement il faut accroître leur contenance pour ne pas avoir à les vider trop souvent, l’option de conteneurs de grande taille mais à ouverture réduite semble la bonne. Encore faut-il qu’elles ne s’ouvrent ni sur les côtés pour ne pas attirer les animaux (renards, chats, chiens et autres oiseaux), ni sur le dessus afin qu’elles ne s’alourdissent pas quand il pleut! Il ne s’avère donc pas si simple de répondre au cahier des charges de la poubelle idéale. Sans oublier qu’elle doit pouvoir se vider facilement, donc ne pas être trop lourde quand elle est pleine, et d’entretien aisé pour ne pas être trop onéreux. Etant donné que le coût de ramassage des ordures peut facilement s’avérer très élevé, le prix d’achat d’une poubelle ne compte pas outre mesure dans la problématique de propreté de la voie publique.

La ville de Lausanne a ainsi installé 300 poubelles de type Requin dont le prix atteint quelque 2500 francs l’unité. Elle suit en cela l’exemple d’autres villes telles que Vienne, Zurich, Montreux, Zermatt et Berlin.

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