Trop à l’étroit dans ses frontières, le canton de Genève rêve d’un espace à la mesure de ses ambitions. L’occasion lui en est donnée dans le cadre de la concrétisation du schéma d’agglomération franco-valdo-genevois au sein duquel s’inscrivent huit périmètres d’aménagement coordonné d’agglomération. Ceux-ci sont articulés de manière rayonnante, avec le centre ville de Genève pour noyau de développement. Plusieurs équipes pluridisciplinaires pilotées par un architecte urbaniste sont chargées d’élaborer des propositions, sous la forme de scénarios, visant à nourrir la réflexion en vue de concrétiser à terme une vision prospective coordonnée du territoire en tenant compte de ses différentes composantes urbanistiques économiques, sociales et environnementales.
Pierre-Henri Badel
Après le lancement, en juin 2008, des périmètres d’aménagement coordonné d’agglomération (Paca) de Bernex, de St-Julien-Plaine de l’Aire, et Nyon-St-Cergue-Morez, quatre nouveaux périmètres ont vu le jour en 2009: celui de Genève-Eaux-Vives-Annemasse, de Genève-Meyrin-St-Genis, de Genève-Ferney-Gex et de Genève-Nyon-Rolle. Sur les huit Paca définis dans le Projet d’agglomération, deux d’entre eux touchent plus particulièrement le périmètre de développement situé autour de l’aéroport et en s’étendant plus avant en direction du pied du Jura. Au fil des discussions et observations du collège et des différentes instances impliquées dans ce projet, ces deux pénétrantes ont été de plus en plus analysées en tenant compte des enjeux respectifs en terme de complémentarité à cette zone de développement.
Les concepts évoluent au fil des débats
Ce qui ressort principalement de cette vision prospective de l’agglomération franco-genevoise au travers des Paca Genève-Meyrin-St-Genis et Genève-Ferney-Gex, c’est que, sur le plan des transports ainsi que du développement des activités économiques, la gare de l’aéroport constitue un pôle de convergence important, avec un bouclage de la ligne ferroviaire de l’aéroport à Cornavin et ses extensions possibles côté pays de Gex, en complément du Ceva côté Haute-Savoie) ainsi que les nouvelles pénétrantes que constituent les prolongements des lignes de tramway jusqu’aux pôles régionaux de Saint-Genix-Pouilly et Ferney-Volaire, complétées par les lignes de bus de rabattement explique Delphine Pressevot, cheffe de projet Paca au sein de l’équipe du projet d’agglomération franco-valdo-genevois à la Direction générale de l’aménagement du territoire. «On parle aujourd’hui plus d’un binôme de Paca» précise-t-elle à ce sujet.
Les idées émergent des réflexions communes
D’autres réflexions sont intervenues dans le cadre de l’avancement des travaux des groupes impliqués dans leur mandat visant à faire émerger une vision cohérente de l’agglomération. A l’issue de plusieurs tables rondes - la dernière s’étant déroulée le 12 février 2010 – au cours desquelles les différentes collectivités locales, départementales, cantonales et nationales ainsi que les représentants de la société civile ont pu confronter leurs idées et espoirs, le comité de pilotage (Copil) dispose désormais d’un dossier qui devrait conduire à un développement coordonné.
Ce dossier tient naturellement compte des infrastructures de transport public, du réseau de mobilités douces, mais aussi des axes de circulation individuelle sans lesquels les déplacements coordonnés de toute la population de l’agglomération ne seraient pas possibles, de même que des corridors agricoles et des zones de détente et de verdure, indispensables à la sauvegarde de la qualité de la vie dans l’agglomération. La préservation d’une vaste zone verte est prévue en particulier au nord de l’aéroport.
«Il s’agit de déboucher sur de véritables projets stratégiques de développement, avec des périmètres situés du côté suisse et du côté français qui soient en interaction» résume Delphine Pressevot. Certains ont même avancé l’idée de créer un bouclage des deux lignes de tramway à travers l’urbanisation existante sur France. Une telle réflexion démontre bien l’importance qu’il y a à prendre en compte l’interopérabilité d’un développement coordonné et le caractère multipolaire de l’agglomération.
Les politiques reprennent les rênes
Une fois les grandes lignes du projet définies, ce sera alors au tour du comité de pilotage de prendre le relais. Constitué uniquement de représentants du monde politique - à l’exception des deux présidents issus du collège d’experts, des architectes urbanistes assistants à la maîtrise d’ouvrages, ainsi que d’un expert en mobilité et un autre en environnement - ce comité de pilotage devra extraire de ce projet une vue synthétique (appelée plan de synthèse) en ne perdant pas de vue l’élément principal de cet exercice, à savoir plus particulièrement le critère démographique, avec son rééquilibrage au niveau de l’agglomération et la stratégie à mettre en place. C’est lui qui insufflera les composantes essentielles du plan directeur cantonal dès 2010 et du schéma d’agglomération, dès 2012.
D’importants points d’interrogation persistent pourtant, en particulier en ce qui concerne le rôle (ou la fonction) de Gex mais aussi de la région de Chambéry-Colovrey–Bellevue-Genthod qui est aussi déterminant pour l’équilibre du Paca Genève-Ferney-Gex. Ils trouveront probablement des réponses plus pertinentes au fur et à mesure de l’avancement des cogitations et des projets qui démarreront de part et d’autre de ce projet d’aménagement.
Des études nécessaires mais encore insuffisantes
Cette démarche de réaménagement et de développement coordonné a aussi eu des répercussions par effet domino sur les réflexions engagées au Cern qui désirait ouvrir le site sur l’extérieur en raison de l’augmentation du nombre de visiteurs et d’usagers, afin de désenclaver le site du Cern sur Prévessin. Il se peut dès lors que de nouvelles centralités se créent en lien avec les infrastructures de transport collectif (TCMC, ligne du bus structurante). Par ailleurs, maintenant que le projet de traversée de la rade (appelée désormais traversée du lac) revient sur le tapis tout en étant englobé dans le futur projet d’agglomération (Projet d’agglomération 2), il ne fait pas de doute qu’il faudra prendre en compte cette nouvelle liaison.
Quoi qu’il en soit, en planifiant son espace vital de manière coordonnée, la région franco-valdo-genevoise inscrit un jalon dans le développement de son avenir. Il marque aussi d’une pierre blanche un destin commun qui n’a pas toujours été imprégné par une compréhension et un respect des identités et des spécificités d’une population finalement pas énormément différente des deux côtés de la frontière.
Un ambitieux projet franco-valdo-genevois
Lancé le 1er janvier 2005, le projet d’agglomération franco-valdo-genevois a pour objectif de trouver les moyens de donner vie à une agglomération transnationale partageant le destin de 770 000 habitants, 204 communes et 50 000 travailleurs étrangers. Il consiste à dresser un inventaire de son patrimoine socio-économique et d’élaborer une politique de développement coordonnée sur le plan de l’urbanisation, de la mobilité, du logement, de l’économie, de la formation, de l’environnement, de l’agriculture, de la santé, du social et de la culture.
Les 18 partenaires de cette aventure hors du commun ont signé officiellement la Charte d’engagement du projet le 5 décembre 2007.
La stratégie de développement proposée par le partenariat franco-valdo-genevois consiste à construire une agglomération compacte, multipolaire et verte assurant un développement équilibré de la région en vue d’accueillir 200 000 habitats et 100 000 emplois supplémentaires à l’horizon 2030.






