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Moins de calculs, plus de coeur!

La Confédération doit réaliser 4,5 milliards d'économies. Mais de quelle manière? Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger s'est exprimé à ce sujet lors du Congrès extraordinaire du 17 octobre 2009 à Schwyz.

 

Cette  question a été posée par la radio DRS, invitant les auditeurs à s'exprimer librement. Pour économiser rapidement et intelligemment ces 4,5 milliards de francs, les auditeurs ont proposé de renoncer à la course d'école du Conseil fédéral, à verser moins de bonus aux banquiers de l'UBS et à réduire les salaires des conseillers fédéraux.

Récemment, un journal a publié un baromètre des préoccupations des Suisses. Ils étaient, dans l'ordre des priorités, la nature, la santé, l'emploi et la crise financière. Ce classement diffère de celui enregistré il y a un mois qui diffère lui-même de celui obtenu il y a une année.

Interrogés par la même occasion sur le meilleur antidote, la majorité des personnes sondées a cité le sport et la remise en forme. Quelle leçon devons-nous en tirer? Nous allons donc arrêter le changement climatique en pratiquant le jogging et la marche nordique. Quant aux saunas et autres masques au concombre, ils constituent certainement le meilleur moyen de balayer la crise financière.

Les sondages prolifèrent à travers le paysage médiatique et politique. Il s'agit d'une véritable industrie et ils embrouillent la perception politique de la réalité.

Les médias réagissent à des tels sondages, en font leurs choux gras et leur accordent de l'importance en fonction de prétendues majorités. Les journaux comptabilisent le nombre de clics sur les articles en ligne et conçoivent leur édition imprimée en conséquence (même s'ils souhaiteraient résister à cette tendance). Les partis, les parlementaires, les membres du gouvernement et leurs conseillers sont obnubilés comme des lapins pris dans les phares de voitures par les sondages d'opinion et édifient toute leur tactique savamment étudiée en fonction de ces derniers.

Cette consultation permanente et névrosée des baromètres est une maladie et  revient finalement à penser en termes d'audimat politique et à se conformer à la moyenne.

Cela devient une vraie culture : la Télévision suisse alémanique diffuse une émission amusante, intitulée ,5 gegen 5" (pendant alémanique du jeu « Une famille en or »). Au cours de cette émission, des questions sont posées. La réponse exacte n'est pas la bonne réponse d'un point de vue objectif mais la réponse donnée spontanément par la plupart des personnes au cours d'un sondage effectué préalablement, même si cette réponse est totalement absurde. Les participants sont donc incités à penser comme la moyenne et à s'adapter à l'avis de la majorité. Et pourquoi pas, tant que c'est un jeu ? Mais il ne s'agit aucunement d'une incitation à penser de manière autonome et cela n'a rien à voir avec la démocratie, bien au contraire. Se faire son opinion politique au gré de l'avis de la majorité n'est qu'indifférence servile, l'exact contraire de la conviction intime et de l'autonomie politique.

Notre démocratie directe n'est pas une démocratie du sondage mais une démocratie participative. Elle  repose sur le fait que les citoyens se forgent une opinion (à travers des manifestations, les médias ou par le biais des consignes de vote). Ensuite, ils s'expriment à une occasion donnée,dans le cadre d'une Landsgemeinde, d'une votation ou lors d'un congrès de parti. Le corps électoral aspire à une décision raisonnable que la majorité peut justifier devant la minorité.

Lorsque l'opinion exprimée par le corps électoral se dilue dans le temps et dans l'espace, elle devient virtuelle. L'avis de la majorité n'est alors plus fondé sur la raison mais s'apparente à un cliché aléatoire d'un centième de seconde dans un long mouvement. Il ne répose que sur l'avis de quelques individus. En réalité,  la collectivité est loin d'être figée et monolithique. L'opinion supposée de la majorité a déjà beaucoup évolué au moment de sa publication et s'est en général positionnée ailleurs.

 

L'arrestation de Roman Polanski évoquée

L'arrestation de Roman Polanski illustre clairement ce phénomène. Les sondages ont tout d'abord révélé que la majorité était choquée et opposée à une telle arrestation. Par la suite, les résultats des sondages ont évolué et représentent actuellement 68% d'avis favorables et 28% d'avis défavorables, 4% n'ayant pas d'avis. L'ancien chef du DFJP, B., s'est également exprimé à ce sujet. Il a dit que s'il était encore en fonction, il aurait vite appelé Polanski. C'est très intéressant: une ancienne cheffe du DFJP, Mme E.K., avait aussi appelé rapidement son mari à l'époque pour l'avertir. Elle a dû démissionner.

Aujourd'hui, B. estime que l'actuelle cheffe du DFJP, Madame E.W.-S., aurait dû avoir un bref entretien téléphonique afin de soustraire à la poursuite pénale une personne soupçonnée d'atteinte à la pudeur sur une mineure.

 

Les temps changent

Les temps changent: à l'époque, l'UDC a toujours exigé l'arrestation systématique des criminels, aujourd'hui son président estime qu'il faudrait avertir à temps les délinquants sexuels afin qu'ils échappent à leur peine.

Les sondages sont une chose. Mais les prévisions sont encore plus problématiques. Il existe notamment parmi les observateurs de la conjoncture économique et de la Bourse, des spécialistes de l'administration et des médias qui lisent dans le marc de café et qui vivent de leur prédictions. Ils n'ont évidemment pas vu venir la crise financière parce que des «facteurs exogènes» ont joué un rôle déterminant, comme cela nous a été expliqué avec une naïveté désarmante. Il nous faut absolument nous émanciper de ces bonimenteurs. Parfois, nous pouvons tirer de bonnes leçons de l'Antiquité: l'empereur Constantin promettait la mort à de tels oracles considérés comme des ennemis du genre humain.

 

Il ne faut pas tenir trop compte des sondages d'opinion

Notre politique ne doit pas se baser sur ces sondages et prévisions. Notre travail politique s'effectue souvent à partir d'une position minoritaire qui ne tient pas compte des sondages. Energies renouvelables, protection de l'environnement, culture ont toujours été traités en priorité lors de nos congrès alors même qu'ils n'apparaissaient pas du tout dans les baromètres des préoccupations.

Les positions minoritaires peuvent devenir majoritaires si elles font preuve de persévérance. Il nous incombe de faire preuve de persévérance et de nous accrocher à notre propre conviction; telle a toujours été notre mission. Nous n'y sommes pas toujours parvenus du premier coup mais après un deuxième, voire un troisième essai, comme pour l'AVS ou le droit de vote des femmes.

A l'avenir également, tout ne nous réussira pas du premier coup, pas aujourd'hui mais peut-être demain ou après-demain. C'est cette politique crédible et courageuse que l'on attend de nous et que nous nous engageons à respecter et qui se reflète dans le nouveau slogan, le Oui. Il témoigne de notre volonté de changer le cours des évènements, de prendre influence.

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