Le retard pris dans les investissements et certaines décisions concernant l’énergie nucléaire devraient déboucher sur une diminution de la sécurité d’approvisionnement énergétique en Europe.
Selon une étude réalisée par Capgemini en collaboration avec Société Générale Global Research, en dépit de l’accident de Fukushima, le développement de l’énergie nucléaire devrait se poursuivre au cours de ces prochaines années. Et ce en dépit de la réduction du recours à l’énergie nucléaire par certains gouvernements et du lancement par les autorités de régulation nucléaire de tests de résistance sur toutes les installations nucléaires existantes et futures. La réalisation de ces tests a d’ailleurs engendré des délais pour la livraison de nouveaux projets.
Accroissement prévisible du prix de l'énergie
L’étude indique également que la croissance de la consommation énergétique des pays en développement, l’accident de Fukushima, ainsi que la décroissance des investissements dans les infrastructures énergétiques, auront des conséquences négatives sur la sécurité d’approvisionnement et les émissions de gaz à effet de serre en Europe.
Toujours selon cette étude, la continuité de la fourniture d’énergie pourrait être menacée si les autorités de régulation de l’énergie et les gouvernements ne mettent pas en place certaines mesures pour inciter à réaliser, d’ici à 2020, les 1100 milliards d’euros d’investissements nécessaires au sein de l’Union européenne. Cependant, si un nouveau ralentissement économique devait se produire, il atténuerait à court terme ces problèmes puisqu’il conduirait, comme en 2009, à une baisse des consommations d’électricité et de gaz.
Il est trop tôt pour évaluer de façon précise le nombre d’installations qui passeront avec succès les tests de résistance et se mettront en conformité avec les modifications requises tant sur la conception que pour l’exploitation. Cependant, à l’exception de tous les réacteurs allemands et peut-être japonais, il semble probable que la grande majorité des réacteurs sera autorisée à continuer de fonctionner.
Les réacteurs nucléaires vont redémarrer
Après l’accident de Fukushima, l’Italie et la Suisse ont imposé un moratoire sur l’énergie nucléaire, et l’Allemagne a décidé d’arrêter ses sept plus anciens réacteurs et de ne pas redémarrer le réacteur de Kruemmel. Le pays a aussi décidé de fermer progressivement ses neuf réacteurs restants (entre 2015 et 2022). Cependant, de nombreux pays ou régions comme la Chine, la Corée du Sud, la Russie, le Moyen-Orient, le Royaume-Uni, la France et la République tchèque ont réaffirmé leur engagement en faveur de l’énergie nucléaire.
Plus des trois quarts des 62 réacteurs actuellement en construction dans le monde sont situés en Asie (28 en Chine, 5 en Inde, 5 en Corée du Sud, 2 au Japon) et 10 en Russie. Ces pays étant confrontés à d’importants besoins en énergie, ils devraient tous poursuivre ces projets, probablement à l’exception du Japon. De plus, les Emirats Arabes Unis, d’autres pays du Moyen-Orient ainsi que des pays ayant déjà quelques centrales nucléaires ont déclaré vouloir poursuivre leurs programmes de construction de nouveaux réacteurs. C’est la raison pour laquelle, l’étude conclut que la grande majorité des réacteurs nucléaires programmés seront construits, mais seront sans doute livrés avec du retard par rapport au calendrier initial.
La sécurité d’approvisionnement remise en question
La fermeture immédiate d’une partie du parc nucléaire allemand constitue une menace pour la sécurité d’approvisionnement en électricité de l’Europe. Suite à l’arrêt de ses réacteurs, l’Allemagne a commencé à importer de l’électricité depuis ses pays voisins, y compris plus de 2000 MW par jour depuis la France qui, en raison d’une bonne performance de ses centrales nucléaires peut exporter une partie de sa production. Cependant, durant les périodes de pointe de consommation, la France importe de l’électricité principalement d’Allemagne; ce qui ne sera plus possible dans les années à venir. Il existe donc une menace sur la continuité de la fourniture électrique pendant l’hiver 2011/2012 et les hivers suivants car les pointes de consommation augmentent d’année en année. Ainsi en 2010, l’augmentation a été de 9,5% en Allemagne et de 4,7% en France.
En 2010, l’Europe a importé 113 milliards de mètres cubes de gaz par gazoduc depuis la Russie, soit 33% des importations totales de gaz. En 2030, le gaz acheminé par les gazoducs de Gazprom devrait représenter 50% de l’approvisionnement total de gaz de l’Europe. L’étude pointe un risque de dépendance qui constitue une source d’inquiétude pour la sécurité d’approvisionnement. De plus, la décision de l’Allemagne d’abandonner progressivement l’énergie nucléaire au cours des dix prochaines années devrait accroître sa dépendance vis-à-vis du gaz russe. La société allemande RWE a ainsi signé un partenariat mi-juillet 2011 avec la société russe Gazprom pour garantir à RWE des livraisons additionnelles de gaz à des prix compétitifs.
Une répartition qui évolue entre les différentes sources énergétiques
L’étude indique également que le mix énergétique devrait évoluer après l’accident de Fukushima. Cette conclusion est partagée par l’AIE6 qui prévoit que la consommation mondiale de gaz devrait augmenter de 50% entre 2011 et 2035, et sa part dans le mix énergétique atteindre 25% – contre 21% aujourd’hui – légèrement en dessous de celle du pétrole (27%). Les conséquences de l’accident de Fukushima devraient conduire au développement des énergies renouvelables mais, grâce à leur coût de production moins élevé, les centrales au gaz devraient accroître leur part dans la répartition des différents types d'énergie.
Pour atteindre une part de 20% d’énergies renouvelables dans la consommation finale d’énergie, les Etats membres de l’Union européenne, les gouvernements et les autorités de régulation devraient, selon l’étude, s’inspirer des mesures récemment votées au Royaume- Uni. En effet, pour faire face aux besoins d’investissements dans le secteur électrique (estimés à 110 milliards de livres d’ici à 2020) et aux objectifs contraignants de réduction des émissions de CO2, le gouvernement britannique a décidé de mettre en place des mesures votées en juillet 2011 suite aux recommandations du livre blanc intitulé «Planning our electricity future».
Ces mesures instituent un prix plancher pour les permis d’émission de CO2 et introduisent des contrats long terme à prix fixe pour toute forme de production d’électricité à faible émission de CO2. Elles apportent ainsi une incitation financière pour ce type d’investissements. En outre, elles prévoient le lancement d’un marché de capacités qui rémunérera la puissance électrique disponible. Enfin, ces mesures établissent aussi une norme sur les émissions de CO2 de sorte qu’aucune centrale à charbon ne puisse être construite sans système de capture et de stockage de CO2.





